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Manuels scolaires coloniaux (Congo-Belge) Un Florilège Table des matières *** INTRODUCTION GÉNÉRALE I. HISTOIRE DU CONGO-BELGE (et) La Traite II. AUTORITE Les origines de l'autorité L'Etat Le roi Les corvées et les impôts L'armée Le drapeau III. LES HABITANTS Vue globale Quelques groupes spécifiques La patrie. Le village Le Noir et le Blanc La langue maternelle IV.CHRISTIANISME Essence et histoire de la mission chrétienne Education et civilisation Catholicisme et protestantisme INTRODUCTION GÉNÉRALE L'importance des textes des livrets scolaires coloniaux se laisse résumer par ces quelques idées: Le livret scolaire (de l'école primaire) a influencé les premières connaissances des personnes qui ont forcé l'indépendance et en ont pris par après les rênes. Ces textes sont d'accès difficiles, car pour 80% ils ont été écrits en un grand nombre de langues africaines dont peu peuvent être maîtrisées par un seul individu. D'où l'importance de la traduction en une langue de niveau mondial, entreprise exécutée dans le cadre d'un projet de traduction de 50 livrets, patronnée par le professeur Bogumil Jewsiéwicki de l'Université Laval au Quebec. Nous le remercions ici pour ses encouragements et son soutien qui a permis de finir une première étape d'un plus grand projet qui attend encore une subvention. Il n'était pas question de les publier intégralement. Ainsi nous avons pensé faire oeuvre utile en publiant un florilège des textes les plus caractéristiques. La région couverte par nos textes se limite aux Provinces de l'Équateur et Orientale et la ville de Kinshasa en République Démocratique du Congo. Ces limites ont été imposées par la collection en notre possession et par la disponibilité de traducteurs. Mais je pense que, vu l'origine commune des éducateurs de ce temps et leur dépendance du système éducatif des Eglises et des instructions de l'Administration coloniale, peu de variantes fondamentales devraient être enregistrées dans la partie restante du pays. Du point de vue de 1'approche diachronique, l'échantillon est assez bien équilibré, allant du début de la colonisation (le plus ancien texte cité est de 1908) jusqu'en 1959. La plupart des livrets appartiennent à des collections produites par des Congrégations religieuses catholiques ou protestantes, lesquels livrets étaient conçus en première instance pour leurs propres écoles. Je n'ai pas toujours pu reconstituer les séries complètes des livrets d'un même éditeur, ce qui m'aurait permis de suivre l'évolution idéologique de certaines idées (justification de la colonisation, concept d'autorité, but de l'enseignement, etc... ) Mais en quelques cas, cela a été bien possible et je l'ai mis en exergue dans des études de détail publiées ailleurs (voir bibliographie; certaines sur le web). J'ai avancé quatre grandes sections dont on trouve les titres et sous-titres dans les pages suivantes. *** Les traductions ont été faites par différentes personnes, locuteurs natif ou ayant la langue de référence comme deuxième langue, et qui ont travaillé au Centre Aequatoria de Bamanya (1994-1996) ayant à leur disposition les dictionnaires se rapprochant le plus possible de la langue du livret. A plusieurs reprises cette traduction à été revue et discutée pour les parties publiées ici. La présentation technique de chaque livret reste très incomplète et donc insatisfaisante. Elle ne peut être complétée et ajustée qu'avec beaucoup de recherches de détails à des endroits très diversifiés. C'est un travail de longue haleine, mais je viens de terminer l'étude du Buku ea Mbaanda (Livre de lecture) de 1935. Elle sera publiée dans Annales quatoria 23(2002). *** Règles d'édition 1. Les originaux en langues africaines se trouvent tous dans les Archives Aequatoria à Bamanya, Mbandaka (RDC). Une copie dactylographiée ou d'autres exemplaires d'originaux se trouvent dans les Archives MSC à Borgerhout (B) et chez M. le professeur Bogumil Jewsiewicki à l'Université Laval au Quebec. 2. Nous renvoyons chaque fois au numéro du document dans le projet Jewsiewicki. 3. En note, après chaque extrait, nous ne notons que les éclaircissements jugés opportuns pour la bonne compréhension du texte même et nous ne donnons pas d'explication, de corrections, d'ajustement des faits ou personnes évoquées dans le texte, le but de cette publication n'étant pas d'écrire l'histoire du Congo colonial. Ainsi nous ne corrigeons pas les erreurs de dates, de graphie de noms et de localités etc... 4. La bibliographie qui accompagne l'étude ne porte pas sur le problème de l'éducation coloniale en Afrique, mais exclusivement sur l'édition, l'existence et le rôle des manuels scolaires des écoles primaires en Afrique Coloniale, principalement dans l'ex Congo-Belge. *** Quelques abréviations Dict./D. = G. Hulstaert, Dictionnaire Lomongo-français, Tervuren 1957 Ann.Aeq. /A.A. = Annales Aequatoria *** Ce texte a été publié une première fois dans les Annales Aequatoria 19(1998)4-166. Quelques corrections et ajoutes (à la bibliographie et aux notes) ont été effectuées à l'occasion de leur publication sur le site http: //www.abbol.com *** TEXTES I. HISTOIRE DU CONGO-BELGE PRESENTATION Les leçons d'histoire de la colonisation peuvent être rangées en 5 catégories 1. Des leçons d'une certaine technicité: abondance de dates plus ou moins exactes, des noms et des événements multiples se rapportant à une historiographie plus ou moins globale de l'Afrique coloniale à partir de la découverte par Diego Cao. 2. Des leçons à caractère mythique dont un premier objectif est la glorification de la nation colonisatrice et de ses héros. 3. Des leçons à caractère apologétique qui ont le souci de répondre d'avance à un certain nombre d'objections réellement exprimées ou supposées chez les colonisés. 4. Des leçons retravaillées suivant l'évolution de l'idéologie coloniale en opposition aux textes maintenant archaïques. 5. Des leçons romantiques avec une description des faits historiques en formes littéraires comme nouvelles, épopées, théâtre, etc. Quant à l'orientation idéologique, il y a peu de différences entre les manuels protestants et catholiques ou neutres. On remarque pourtant une plus grande ouverture à l'histoire africaine générale chez les protestants. La traite des Noirs par les Arabes reste un élément essentiel dans la présentation de l'histoire coloniale. Elle est néanmoins moins accentuée dans les livrets protestants. Un seul texte fait allusion au "caoutchouc rouge" de Léopold II C'est dans l'histoire que les arguments pour la justification de la colonisation sont trouvés: invariablement jusqu'en 1960, la libération par les Blancs des guerres intestines et de la traite des Arabes est avancée dans cette perspective. L'apport de la civilisation dans ses expressions matérielles et spirituelles y est également présenté, mais souvent incorporé dans d'autres leçons. A part l'insertion de quelques faits récents, l'interprétation de l'histoire coloniale et la fonction de son enseignement n'ont pas évolué durant toute la période sous regard. L'histoire détaillée de l'œuvre missionnaire est insérée dans 1'histoire générale dans les livrets protestants, et réservée à un manuel d'instruction religieux chez les catholiques. *** J.32: LES CONGOLAIS, leçon 5, n 4 (Bonkanda wa baoci b'anto, C.B.M., Bongandanga, 1925, p.23-30). 1. Le Congo est votre pays. C'est un grand pays, mais les habitants de ce pays ne sont pas nombreux, il y en a presque 10.000.000. Votre pays s'appelle Congo en ce que les habitants de l'embouchure du grand fleuve s'appellent Bakongo. 2. Les premiers qui sont arrivés au Congo étaient des Portugais. Jadis, les Portugais étaient de véritables voyageurs, et ils ont voyagé à travers le monde à la recherche des terres que d'autres Blancs n'avaient pas encore découvertes. Le premier Blanc qui a fait le tour du monde est un Portugais; son nom Magellan. Il est mort pendant ce voyage avant de rejoindre son pays, mais certaines personnes qui 1'accompagnaient sont retournés au Portugal. La première personne à atteindre le sud de l'Afrique fut un Portugais; son nom est Gama. Celui qui a indiqué aux Blancs le chemin de 1'Amérique, c'est celui qui accompagnait le premier les Portugais dans leurs voyages: son nom Colombe. Lui-même n'était pas Portugais, mais n'eut été ses renseignements reçus des Portugais, les Blancs n'auraient pas cherché des terres habitables de ce côté-là. A cette époque-là, les Portugais dépassaient tous les Blancs dans le goût des voyages, et ils sont arrivés dans votre pays il y a bien longtemps. 3. Les Portugais résidaient du côté de l'aval près de l'embouchure du fleuve Congo, environ pendant trois cent ans, mais ils ne sont pas arrivés au pays profond du fait que des gens sauvages les ont arrêtés. 4. Jadis, il y a environ cinquante ans, un certain Blanc d'Angleterre arriva à votre pays, tout à fait en amont, à Tanganyika. Le nom de cette personne, c'est Livingstone, et tous les Blancs le respectent, car il fut un homme affable et persévérant. Il fut le pasteur de Dieu le plus honoré. Il a apaisé les populations de ce côté-là de laisser entrer d'autres pasteurs dans tout votre pays. 5. Livingstone est mort près de la source du fleuve Congo, et après sa mort un autre Blanc appelé Stanley traversa le continent africain de l'est à l'ouest. Il a passé trois ans dans cette exploration, et beaucoup de Blancs pensaient qu'il était mort étant donné cette longue durée. C'est lui qu'on appelait au début Bula-Matadi, qui descendit le fleuve à partir de Zingitingi (1) à Kintambo (2). 6. Lorsque Stanley arriva aux pays des Blancs, toutes les personnes étaient étonnées profondément de son histoire. Il voulait que les Anglais viennent vous coloniser, mais ils n'ont pas voulu. Par la suite, il transmis au Roi des Belges l'histoire de votre pays, le Congo, et il accepta d'envoyer ses quelques agents vous apprendre le travail et les bonnes manières. Certaines personnes qu'il envoya étaient de mauvaises gens, et se sont mal comportés pendant la campagne du caoutchouc. Vous n'ignorez pas, vous-mêmes, comment les premiers Blancs ont agi (3). 7. Nous ne connaissons pas assez sur l'histoire de votre pays. Nous savons que les Arabes étaient venus à la recherche des esclaves, et ils avaient capturé beaucoup de Congolais en amont. Ils avaient tué beaucoup de gens, et en avaient emporté d'autres en esclavage. Les Blancs du gouvernement avaient arrêté leur progression en amont, près de Zingitingi. 8. Et nous savons qu'avant que les Blancs n'arrivent chez vous, il y avait des guerres à tout moment. Il y a très longtemps, beaucoup de personnes sont mortes pendant la guerre des Lokele (4). Cette guerre fut meurtrière à certains endroits, et les milliers des gens étaient exterminés. Nous pensons que cette guerre trouve son origine dans le fait que les Arabes ont combattu les gens de l'amont, et que ces derniers ont déferlé leur colère sur les gens de l'aval. Les Blancs du Gouvernement et ceux des Compagnies avaient mis fin à cette guerre, à leur arrivée dans les zones de combat. Ces Blancs vous aident fréquemment. 9. Souvent, les enfants me demandent: "Pourquoi ne sommes-nous pas aussi intelligents que vous autres Blancs"? 10. Les Blancs sont en train de chercher avec forte persévérance des connaissances qui ne sont pas encore découvertes.. Raison pour laquelle leur intelligence ne fait que s'accroître, et que les gens leur rendent beaucoup d'honneur. Par contre ceux de vos contrées, qui étaient plus intelligents que les autres, furent objets de jalousie par certaines personnes, et quelques-uns furent tués soit après avoir été obligés d'avaler du poison soit autrement. Beaucoup des gens de chez vous sont morts à cause de fétiches, car les féticheurs trompaient beaucoup vos ancêtres. Ils détruisaient les meilleures personnes, et sauvegardaient ceux qui étaient d'accord avec leurs mauvaises pratiques. Voilà une raison pour laquelle l'intelligence ne s'accroît pas dans vos pays. Une autre raison c'est l'indolence. Certains la considèrent comme la raison la plus importante. NOTES 1. Zingitini: à l'endroit de l'actuel Kisangani. Autres graphies: Singitini, Singetini, Tingitingi. 2. Kintao = Kintambo 3. Allusion aux abus du régime léopoldien. C'est l'unique allusion à cette époque dans tous les livrets scolaires, à l'exception du Bosako wa Mongo de 1957. 4. Le livret était utilisé là où les Lokele étaient passés ou s'étaient installés. Ailleurs ces guerres ont d'autres noms. Ainsi Hulstaert, dans Buku ea Mbaanda (1935, p.80-81), parle de etumb'eki Lofembe *** J.28: L'ARRIVEE DES BLANCS, leçon 3 (J. and E.E. Carpenter, Banto ba monde, C.B.M., Bongandanga, 1929, p. 36-38). Les premiers Européens qui étaient venus au Congo furent des Portugais, mais ils se limitèrent au bord de la mer. Après, les autres qui étaient venus, essayèrent de faire entrer leur bateau dans le fleuve Congo pour atteindre l'amont, mais ils ne l'avaient pas atteint à cause des dénivellements de la hauteur du fleuve, et l'eau coulait trop vite et la grande chute était devant. Mais après, un Blanc nommé Stanley était sortit du côté de l'Afrique de l'Est, et atteint le Congo, il navigua sur le fleuve Congo jusqu'à ce qu'il atteigne 1'Océan Atlantique dans l'ouest puis il rentra en Europe. Il raconta aux gens l'histoire du Congo, rentra de nouveau au Congo accompagné de quinze personnes; ils arrivèrent en bateau sur le fleuve. Lorsqu'ils sont arrivés aux chutes, ils accostèrent et prirent les routes pour traverser l'endroit difficile. Lorsqu'ils finirent par franchir cette route, ils ramassèrent à mains leur bateau et le transportèrent jusqu'à des endroits navigables, là ils rassemblèrent les pièces de bateau et embarquèrent et partirent du côté de l'amont. D'autres côtés les marchands arabes étaient là; ils interdirent les Européens et ces européens se perdirent dans la forêt. Actuellement, le chemin de fer remplace la route franchie par les Européens du côté des chutes et les hommes bénéficient d'un bon passage. Nombreux sont des européens venus au Congo chercher les produits qui sont là comme: copal, huile, hévéa, les noix de palme, l'or, l'ivoire et le cuivre. (Le cuivre est un minerais comme vos anneaux de cuivre). Actuellement le pays du Congo est pour la Belgique, la France ou le Portugal. Vous qui lisez ce livre, vous êtes des Belges, et votre administrateur de l'Etat est belge. Votre Roi est aussi Roi de la Belgique, son nom c'est Albert. Lui-même est en Belgique, il envoie ses gens ici Pour conserver ce beau pays et organiser les affaires qui sont là et aussi pour en juger d'autres. Au début vous appeliez ces gens Bula Matadi. Il est bon de respecter les autorités de l'Etat, et leur arrivée chez vous, vous apporte le calme et ils sont vos maîtres. Ils interdisent les guerres et les tueries des hommes et d'autres cas semblables. Les pasteurs de Dieu ont fait cinquante ans au Congo. Les premiers à venir furent les Anglais et il n'y avait que deux missions. Les deux missions se nommaient Palabala et San Salvador. Maintenant, il y a multitude de missions et elles dépassent même la centaine, et les disciples de Jésus sont des milliers et des milliers. Les Evangélistes sont venus de plusieurs pays surtout de la Belgique, de l'Angleterre, de la France, du Suède et de 1'Amérique. Les Congolais ont accès aux écoles pour étudier ce problème. Les Blancs de l'enseignement et d'autres, enseignèrent des travaux durs et de sagesse et maintenant certains Noirs se sont habitués à d'autres travaux et deviennent imprimeurs, charpentiers, même ingénieurs, mécanicien, infirmiers, menuisiers et nombreux sont les catéchistes et les enseignants et ils sont aussi dans n'importe quel genre de travail. *** J-30: QUELQUES RECITS SUR LE CONGO-BELGE (Bonkanda wa nsango, C.B.M., Bongandanga, 1930, p.141-149). Introduction Congo-Belge est le nom de tout notre pays. Le Congo-Belge est situé en Afrique. Ce qui est raconté ici dans ce livre, n'est pas de l'imagination. C'est de l'histoire vraie. Il existe plusieurs récits sur le Congo-Belge. Une infime portion en figure ici. Le but de l'auteur est de faire connaître aux habitants du Congo-Belge certains épisodes de l'histoire de leur propre pays, car nous tous qui habitons ici, nous sommes sous l'autorité de la Belgique, et le roi de la Belgique, c.à.d. Albert, est aussi notre Roi. Il convient que nous soyons au courant des évènements qui ont eu lieu ici, afin de comprendre ce qui se passe actuellement. Certains récits racontés ici se sont déroulés il y a très longtemps; certains autres tout récemment. L'auteur espère éditer un autre livre avec plus d'épisodes ultérieurement (1). Ceci n'est qu'une introduction, un volume complémentaire suivra. En 1482 ou 1484, un Portugais nommé Dom Diego Cao, parcourut le fleuve Congo à la recherche des débouchés et de 1'ivoire. Il fut informé de l'existence du Roi de Kongo, dont le chef-lieux était à Mbanza Kongo. Il n'y est pas arrivé, mais en a seulement été informé, puis il rentra au Portugal, accompagné de quelques Congolais. Après avoir écouté le rapport de Diego, le Roi du Portugal envoya un émissaire appelé Roderigo de Souza, auprès du Roi de Kongo, en 1490. il était accompagné de missionnaires catholiques pour y prêcher la parole de Yahvé-Dieu auprès des Congolais. En 1492, le Roi de Kongo agréa leur religion, et en devint adepte. Ces gens s'associèrent à lui dans cette foi, mais leur foi en Dieu n'était que l'effet d'un mouvement de masse, sans profondeur. En 1534 une cathédrale fut construite à leur chef-lieu qui porta désormais un autre nom San Salvador. Et en 1549, d'autres missionnaires appelés Jésuites vinrent y créer un poste de mission. 21 ans plus tard, un peuple redoutable vint combattre les habitants de San Salvador. C'étaient des Jaggas. Ils habitant sur les bords du Kwango, un affluent de Kwa. Ils mirent à feu la cathédrale et les églises, et délogèrent les autochtones. Les habitants de San Salvador prirent fuite avec leur Roi et allèrent se réfugier sur une Île. Lorsque la nouvelle parvint au Portugal, on envoya une expédition de 600 soldats bien armés pour chasser les Jaggas des terres du Roi du Congo. Peu de temps après, on construisit une nouvelle cathédrale et restaurèrent la capitale. A cette époque les Portugais n'avaient pas de possibilités pour aller en amont. Ils s'arrêtaient à Manyanga. Les informations sur l'amont ne leur étaient pas bien connues. Toutes les contrées vers le Stanley Pool étaient appelées le village de Makoko. Les Portugais apprirent les échos selon lesquels en amont vivait un grand chef, mais ils ne pouvaient y arriver étant donné que des grands rapides y étaient situés. Ils ont cependant pénétré le pays par l'est de San Salvador et atteignirent les rivières Kwango et Kasai. Ils se sont arrêtés là-bas. Puis un autre Blanc nommé David Livingstone, d'origine écossaise, arriva pour parcourir l'Afrique à cette époque, C'était un Missionnaire du Seigneur Jésus. Ils étaient venus explorer des contrées moins connues de l'intérieur de 1'Afrique. Puis les Blancs lui assignèrent la mission d'explorateur des terres. Lors de ses explorations en 1867, il atteignit la source du Congo appelée Luapula, et en 1871, il découvra un affluent appelé Lualaba. Lui-même pensait que la Lualaba était la source du Nil, le fleuve de l'Egypte. Livingstone est décédé à Ilala, chez Chitambo, une contrée au bord du lac Bangwelo. Mais lui-même ne savait pas que la rivière qui part de ce lac est la source du Congo. Les gens de l'Europe ne l'ont su qu'après sa mort. Celui qui avait bien présenté le Congo aux Blancs de l'Europe, c'était Stanley. C'est le premier Blanc qui parcouru en descente le fleuve Congo. Stanley était auparavant venu en Afrique à la recherche de Livingstone que les Blancs croyaient perdu dans la grande forêt. Stanley le rencontra à Udjidji, au lac Tanganyika en 1872. Lors de sa visite suivante, Stanley voulait traverser l'Afrique par l'Est. Et il accosta à Zanzibar (au bord de l'Océan Indien) en novembre 1874, et commença ainsi un long voyage. Il traversa toutes les contrées et toutes les très grandes forêts, marchant continuellement, jusqu'à déboucher de nouveau sur Udjidji en mai 1876. De là, Stanley traversa l'ouest et arriva à Nyangwe. C'est une contrée au bord de la rivière Lualaba. A son arrivée, il était en face de nombreuses personnes redoutables et anthropophages. Il se rendit compte de la présence des Arabes dans les environs.. Et il remarqua qu'ils prenaient des Congolais en esclavage. Après deux ans d'exploration, Stanley découvrit le vrai fleuve Congo. Personne n'était allé au-delà de Nyangwe pour descendre ce fleuve. A son arrivée, il prit connaissance des nouvelles effroyables en provenance de l'aval. S'il était un couard, il resterait là en amont. Mais il avait envie de découvrir tous les aspects du Congo, et n'avait pas eu peur des gens féroces. Il décida de descendre le fleuve. Il essaya d'abord de passer par les sentiers, mais ce fut ardu. Il arriva au Maniema, et abandonna les sentiers. Il prit une pirogue, et décida de descendre aussi loin que possible jusqu'à atteindre l'Océan. Aucun Blanc n'avait emprunté cette voie avant lui, et cette exploration fut terrifiante pour lui. Stanley était un homme courageux. La descente du fleuve dura 4.mois. Il passa par plus de 20 embouchures de rivières, et arriva jusqu'au. grand lac appelé actuellement Stanley Pool. Arrivé à cet endroit, la voie fluviale devenait impossible étant donné des tourbillons. La descente du fleuve lui a failli coûter la vie. Certains peuples l'avaient combattu et chassé en l'insultant: "Bête, bête". Ils voulaient le tuer et le manger carrément. Parfois Stanley allait se cacher dans les creux d'arbres. Les gens du Congo n'avaient pas encore vu un Blanc et comme ils le voyaient traverser leur fleuve, ils voulaient le tuer Ce n'est qu'à son arrivée à Stanley Pool qu'il retrouva la paix. Mais il avait beaucoup souffert à cause de la non-navigabilité du fleuve. Il abandonna le fleuve et traîna derrière lui les pirogues jusqu'à arriver aux endroits sans rapides où il prit de nouveau les pirogues. C'était toujours ainsi jusqu'au moment où il termina les tronçons non navigables. Les Noirs qui l'accompagnaient s'étaient bien comportés. D'autres se sont noyés au cours du voyage. Tous étaient terriblement affamés. Quelques-uns tellement amaigris qu'ils ne pouvaient plus travailler. Stanley pensait qu'il ne s'en sortirait jamais, mais il arriva à Isangila en juillet 1877 après beaucoup d'efforts et de persévérance. De là, il abandonna les pirogues car ses hommes devenaient affaiblis par les maladies. Ils prirent un sentier et atteignirent Boma sans difficultés. Il s'y reposa. Puis et lui et ses hommes reprirent force. L'exploration s'est déroulé sur une distance de 11.200 kilomètres pendant 3 ans. Et Stanley retourna en Europe raconter l'odyssée du Congo. Les Blancs de l'Europe étaient impressionnés par son récit et envoyèrent des gens travailler ici. Depuis lors, les Blancs sont venus nombreux. Stanley est revenu ici plusieurs fois, travaillant énormément. En 1891, deux Blancs sont venus construire le chemin de fer, de Matadi à Stanley Pool. Leurs noms: Cambier et Thys. C'était un travail très dangeureux, et mortel. Les blancs ont importé des travailleurs de Chine, car eux-mêmes ne le supportaient pas à cause de la chaleur, et les Noirs n'en étaient pas encore habitués. Le travail du chemin de fer a commencé en 1891 et pris fin en 1898. Plusieurs Blancs et leurs travailleurs en sont morts. Tracer des jalons, aplanir les collines, et casser les pierres, telles des taches très ardues. Malgré tout, on y persévéra et on termina le travail. L'argent des Blancs était investi dans ce travail de chemin de fer, car sans chemin de fer les Blancs n'auraient pas pu apporter leur intelligence et leur culture à l'intérieur du Congo. Nous félicitons ces gens très persévérants. Ils ont accompli une oeuvre impressionnante. Ce chemin mesure 400 kilomètres de longueur. A leur arrivée au Congo, les blancs ont trouvé des Arabes Batambatamba. Leur objectif: arrêter des esclaves. Les Congolais d'amont ont beaucoup souffert des Arabes. Ils sont venus de l'est et en 1830, ils avaient créé leur grande station à Tabora, et de là ils entrèrent au Congo. Ils ont détruit plusieurs villages et arrêté les Congolais en esclavage, Ils les ont déportés à l'est. Lors d'une exploration, Livingstone avait vu des esclaves capturés par les Arabes, et appris que 40.000 esclaves étaient déportés à Zanzibar. Sur son chemin, il voyait des squelettes et des ossements des esclaves morts lors de la marche, et cela dans chaque village qu'il parcourait. En 1870, les Blancs de l'Europe se réunissaient pour une grande Conférence et décidaient la fin de l'esclavage à la côte orientale de l'Afrique comme ce fut le cas à la côte occidentale. Ces Blancs envoyèrent leurs bateaux de guerre pour l'application de cette décision au bord de l'océan. Mais l'esclavage ne prit pas fin en Afrique et les Arabes continuaient à capturer des esclaves à leur guise. En 1879, un Blanc, le Capitaine Storms tenta d'arrêter les Arabes à Tanganyika. Et les Blancs de l'Etat Indépendant du Congo décidaient aussi de mettre fin à l'esclavage au Congo. C'est pourquoi en 1888 une autre Conférence, dite Société Antiesclavagiste, se tenait à Bruxelles. Elle traita de l'esclavage au Congo et chargea des Blancs pour collaborer avec les Blancs de l'Etat pour combattre l'esclavage. Tippo Tip est l'Arabe que les Blancs avaient institué Gouverneur de la région près des Chutes de Stanley. Au début, les Arabes voulaient se soumettre à l'autorité des Blancs. Mais voyant qu'il n'y avait plus moyen de continuer avec 1'esclavage, à cause des Blancs, ils firent volte-face et voulaient combattre les Blancs. Tippo Tip usant de ruse, alla acheter armes et munitions avec l'argent même de l'Etat. Les Blancs s'engagèrent à cette guerre contre les Arabes et créaient des stations pour ce faire: une près des Chutes de Stanley, une autre à Basoko, et une autre encore à Lusambo, au Sankuru. Cette guerre s'est déroulé de mai 1892 en janvier 1894. Un Blanc célèbre lors de cette époque, c'est le Baron Dhanis. Lui et ses soldats attaquèrent le domaine d'un Arabe nommé Gongo Lutete. Et lorsque Sefu, le fils de Tippo Tip, essaya de traverser la Lomami avec ses soldats, Dhanis le neutralisa. Le Baron Dhanis ne disposait que 400 soldats. Il poursuivit les Arabes jusqu'à leur dernier retranchement à Nyangwe qu'il occupa. Il les combattit et les repoussèrent jusqu'à Albertville. Les Blancs ont gagné cette guerre et depuis lors les Arabes ont cessé avec leur méchanceté et vivent tranquillement. D'autres guerres ont eu lieu entre les gens d'amont eux-mêmes. Il y en une qui partait chez les Lokele, vers le grand fleuve (2). Puis un village se vengeait sur un autre. La guerre se répandait jusqu'aux contrées lointaines. Les gens d'amont avaient fui cette guerre et abandonnaient leurs habitations habituelles. Cette guerre n'a pas atteint les villages des Ngombe. Elle les a contournés. Ailleurs eut lieu une guerre appelée "Guerre du chien"(3). Mais elle ne dura pas longtemps. Les anciennes guerres ont causé une extermination grave de la population du Congo. Avant l'arrivée des Blancs les habitants du Congo se combattaient pour rien. Ils étaient belliqueux. Mais à présent, les Blancs ont mis fin aux guerres et quiconque ose faire la guerre aura des palabres. Notre souverain, c'est le Roi Albert. Bien avant son investiture il avait conscience des réalités d'ici. Et il souhaitait voir le Congo de ses propres yeux afin qu'une fois au trône, il traite le dossier du Congo en connaissance de cause, et améliore ainsi la situation. C'est pourquoi, en 1909, il se rendit partout pour se rendre compte de la marche des choses. Actuellement il n'oublie plus le Congo. Il dispose de personnes qui font rapport sur ce qui se passe ici, et il essaye de faire du bien aux Congolais. Beaucoup de Blancs sont venus travailler ici, et les autochtones, nous obtenons de l'argent d'eux par ce travail (4). Les écoles sont devenues nombreuses. Les enfants qui veulent acquérir l'intelligence peuvent aller y étudier. Nous remarquons que nos fétiches (5) ne sont pas bons, et les Blancs nous ont apporté leurs médicaments pour nous guérir de nos maladies. Ils ont d'ailleurs construit de nombreux hôpitaux partout dans les grands centres pour y soigner ceux qui souffrent de maladies graves. Lorsque les Blancs ont remarqué que les gens mouraient nombreux de la maladie du sommeil (6), ils se sont attelés à lui trouver un médicament. Actuellement, ils sont en train d'arrêter cette maladie, et de nombreuses personnes qui en souffraient commencent à être guéries. En 1914, une grande guerre éclata dans plusieurs pays d'Europe, et cette guerre est arrivée même ici chez nous. Cette guerre était très affligeante. Nos gens y ont participé en combattant ou en exerçant d'autres fonctions relatives à une guerre. Cette guerre s'est limitée à l'amont, elle n'est pas arrivée chez nous, mais en réalité nous en avons entendu les échos, et avons remarqué que les Blancs ne venaient plus nombreux au Congo, car ils allaient à la guerre. Les militaires blancs étaient très violents lors de cette guerre. Et ils ont gagné la guerre. Et notre pays n'a pas été agité. Nos hommes du Congo en sont morts beaucoup. Beaucoup d'autres ont été blessés par balles et d'autres encore atteints de maladies graves. Maintenant les Blancs de l'Etat viennent d'ériger un grand monument en mémoire de ceux qui sont tombés pendant la guerre. Le Blanc de l'Etat qui est au-dessus de tous les hommes du Congo, c'est le Gouverneur Général. Son siège est à Léopoldville. Et ceux qui sont adjoints à lui sont appelés Gouverneurs. Chaque gouverneur a une grande juridiction appelée province. L'Etat a divisé le Congo-Belge en 5 provinces. En voici les noms: Province de l'Équateur, Province Orientale, Province du Katanga, Province du Congo-Kasaï, Province du Ruanda-Urundi. Ces provinces sont subdivisées en Districts. Il y a 21 Districts. Les Districts sont composés de Territoires. Il y a 179 Territoires. (La juridiction de notre mission est dans la province de l'Équateur). Chaque gouverneur est assisté d'un Blanc appelé Commissaire-général. Chaque District est dirigé par un Commissaire. Ceux qui sont proches du Commissaire sont des Administrateurs. Ces derniers dirigent des Territoires. Les Blancs qui font observer la loi sont appelés Juges et Suppléants. Tous ces Blancs ont été investis: dans leurs fonctions par le Roi Albert et son Gouvernement en Belgique. Chaque Blanc de 1'Etat doit honorer le Roi, et il convient de même à chacun de nous- L'Etat a apporté des écoles de toutes sortes au Congo. Les médecins de l'Etat sont au nombre de 83, et ils enseignent à quelques Congolais le fonctionnement des médicaments et la manière de soigner les maladies. Et il existe 29 hôpitaux de l'Etat. On trouve 7 écoles de charpentiers, de maçons; et de clercs, à Boma, Léopoldville, Buta, Stanleyville, Elisabethville, Lusambo et Kabinda. Il existe aussi des écoles primaires pour des enfants. Il y a aussi des écoles pour former les soldats. Des Blancs enseignent des matières suivantes dans les écoles pour soldats. Dans certains endroits où on ne peut pas donner cours la journée on organise des cours du soir. Et lorsque les enfants des Blancs sont devenus nombreux on a construit des écoles pour eux à Stanleyville, Elisabethville, et Panda-Likasi. (Panda-Likasi est un grand centre où on creuse des mines). En 1925, le fils aîné du Roi, appelé Prince Léopold, effectua un voyage au Congo pour se rendre compte de ce qui s'u passait. Il est encore jeune: il vient d'épouser une femme avec laquelle ils ont eu une première fille appelée Joséphine Charlotte. Prince Léopold a voyagé partout et a apprécié les choses merveilleuses rencontrées. C'est lui qui succède à son père comme Roi. (7) NOTES 1. Il n'a pas été possible de vérifier si ce livre a été effectivement composé et publié. Une leçon d'histoire proche de celle-ci dans: Géographie à l'usage du second degré des écoles primaires. Afrique-Europe, D.C.C.M., Bolenge, 1945, p.29-31 2. Voir note 4 et J-32 3. Etumb'ea mbwa = " Guerre du chien ", associée aux migrations des Ngombe dont les effets se sont laissés sentir dans la région où le livret était utilisé. Jusqu'à présent ces appellations continuent à être utilisées. Voir leçon 126 du Buku ea mbaanda. 4. Le thème de l'argent gagné par le travail chez les Blancs est omniprésent dans les manuels scolaires. C'est l'appât pour attirer les Noirs à la nouvelle civilisation- 5. Il y a un important problème, de traduction ici. En lomongo, le mot bote peut avoir une multitude de significations d'après le contexte: Voire G. Hulstaert, Dictionnaire Lomongo-Français, p.334: médicament (aussi dans le sens occidental), talisman, pratique magique et même "arbre" (vu l'origine des médicaments traditionnels) L'auteur réserve le mot bote au sens traditionnel, et introduit le mot français "médicament" pour le sens occidental. 6. La version lomongo écrit nkangi e'aisilo, ce qui est une traduction littérale du français ou de l'anglais (maladie du sommeil), mais le terme populaire (encore aujourd'hui) est mpongi. (D, 378) du verbe -onga dormir (D.1555). 7. Nous avons transféré la suite de cette leçon à la section " Christianisme ", car elle traite exclusivement de l'histoire des Missions protestantes. *** J.51 MAMBI MA TANGA NDENGE NA NDENGE. BUKU YS BABALE YA EKOLA BOTANGI, Mpombu (Nieuw Antwerpen), 1920, 109 pages. Imprimerie H. Proost, Turnhout, Belgie Leçon 73 : A propos du Congo. Enfant, dans votre pays appelé Congo, Vous remarquez actuellement la présence de nombreux Blancs, tant de l'administration que de l'église (5). A présent, vous vivez des réalités qu'ignoraient vos ancêtres. Vous voyez des maisons en matériaux durables, de grands bateaux, naviguant sur le fleuve, et des bateaux qui importent dans ce pays les produits de l'europe. Vous voyez que les hommes noirs portent de beaux. vêtements comme les Blancs. Actuellement les Noirs lisent et écrivent des lettres; il y en a qui parlent même la langue des Blancs. Vos ancêtres, morts il y a longtemps, n' avaient pas connu ces réalités Au début, les Blancs et les prêtres n'étaient pas dans votre pays. Mais jadis, seuls les Portugais étaient arrivés au pays de, Bakongo, à Boma et aux environs. Les gens d'en haut n'avaient pas encore vu aucun Blanc. L'homme qui arriva le premier chez vous fut Stanley. Il y a 40 ans (6), il entrait dans ce pays non pas par Boma, mais par Tanganyika; d'abord d'un bateau moins grand que ceux qui circulent sur le fleuve; il descendit le fleuve à bord d'une barge; il le fit en passant par Kasongo, Nyangwe, Singetini (7), Basoko, le pays des Bangala, Wangata et Bobangi; il arriva à Kintambo et 'arrêta à Boma. Dans toutes ces localités, personne n'avait jamais vu pareil homme; on le contemplait, on était étonné de lui, on se disait beaucoup de choses sur lui. Les uns le considéraient comme sorti de l'eau et le surnommèrent " I'homme sorti de l'eau"; les autres le combattaient. Stanley est un homme qui a bien observé toutes les choses, qu'il s'agisse des villages, de la foret, des cultures ou des hommes. Il a aussi remarqué beaucoup d'affres et de misères des Noirs à cause des Arabes. Les Arabes sont de mauvaises gens ne s'intéressant que au commerce. Ils sont venus aux villages des Noirs avec des soldats et de nombreux fusils pour la guerre; ils ont arrêté des gens, hommes, femmes et enfants, et sont partis avec eux, les faisant marcher en caravane. Si quelqu'un ne peut plus bien marcher, on le frappe; et s'il est fatigué à cause de la longue distance parcourue, on le tue. Les survivants étaient vendus en esclavage dans les pays très éloignés du lac Tanganyika. Ecoutez une histoire effroyable: Sur ces longues routes où sont passés les Arabes, on ne voyait que cadavres et ossements. Stanley rencontra beaucoup d'arabes à Kisongoi, Nyangwe, Singetini et les environs. Il remarqua tous ces actes de provocations, et il en eut compassion. Après avoir parcouru tout le fleuve, il rentra en Europe faire rapport aux chefs des Blancs sur tous ces faits horribles. Après l'audition, les autorités de l'Europe prirent la décision de délivrer les Noirs de l'esclavage des Arabes Stanley retourna encore dans ce pays avec d'autres Blancs et des soldats (8). Certains, les commandants et les soldats noirs venus du côté de l'océan, ont livré la guerre aux Arabes. Les Arabes avaient aussi des soldats et nombreux fusils; ils étaient forts. Les commandants de l'Europe ont livré beaucoup de batailles, quelque,>s-uns en moururent. Après quelques années, les Blancs ont chassé les Arabes de toutes les contrées du pays appelé au Congo; cet esclavage effroyable et les tracasseries des Arabes prenaient fin. Si l'état n'était jamais venu ici, ils seraient restés jusqu'à présent les maîtres de tout le Congo, et tous les Noirs leurs esclaves. Les autorités de l'Europe ont élu Léopold II souverain Du Congo, en même temps qu'il était roi des Belges. Depuis lors, les Blancs viennent nombreux au pays des Noirs, leur apprenant toutes sortes, de choses; les Noirs commencent à devenir des gens intelligents. A I'an 1888, il Y a 30 ans, les premiers féticheurs de Dieu (9) ou des prêtres arrivèrent pour la première fois dans votre pays. Avant de monter au ciel après sa résurrection, Jésus-Christ dit à des apôtres: "Allez par toute la terre, proclamez la bonne nouvelle". 1900 ans se sont écoulés depuis lors 1 les ap8tres ainsi que leurs successeurs, Les évêques et les prêtres proclament Dieu aux hommes. Actuellement, la rédemption qu'avait apportée Jésus est arrivée dans votre pays. Comme vous étiez les esclaves du démon (10), Dieu a eu pitié de vous en envoyant chez vous ses ministres, et il a fait de vous ses enfants. Jadis il n'y avait aucun chrétien ici. Actuellement on rencontre des chrétiens partout. Jadis on croyait aux fétiches, à l'envoûtement et à la sorcellerie (11); actuellement on croit en un seul Dieu, le Seigneur si grand et si aimable;. au début on pratiquait des vertus sataniques@, actuellement beaucoup de gens observent des vertus chrétiennes. Soyez tous de vrais chrétiens pour que les païens, en voyant vos bonnes oeuvres, se convertissent; ainsi prendra fin un jour le règne de Satan dans votre pays. J. 60: NOTES HISTORIQUES SUR LE CONGO-BELGE (Petite Géographie, F.E.C., Kinshasa, +/- 1930, 7e éd. p.13 14) 1482. Dom Diego Cao, navigateur Portugais arrive à l'embouchure du Zaïre (nzadi) ou le fleuve Congo. Il élève en face de Banana, c'est-à-dire à la pointe San-Antonio, un padro ou grande croix en pierre et une statue de St Georges pour rappeler le souvenir de son passage. Après lui, d'autres Portugais visitent la région des chutes jusqu'à Isangila. Les missionnaires fondent dans le Bas-Congo un royaume chrétien et donnant à la capitale Mbanza-Congo le nom de San-Salvador.. 1491. Le 1 mai, baptême du roi de San-Salvador, Jean 1. 1866. Livingstone arrive au Katanga et parcourt cette région. Il découvre le lac Bangwelo, Moero et Tanganyika. Il voyage sur les rivières Luapula et Lualaba jusqu'à Nyangwe. 1871- Stanley, envoyé à la recherche de Livingstone, le retrouve à Udjidji, sur les bords du lac Tanganyika. Livingstone affaibli et malade, refuse cependant de retourner en Europe et meurt quelques temps après au sud du lac Bangwelo. 1873. Cameron part de Zanzibar et traverse toute l'Afrique de l'Est à l'ouest et après 2 ans arrive à St Philippe de Bengwuela, sur la côte de l'Océan Atlantique. 1874, Stanley fait une deuxième expédition en Afrique. Il part de Bagamoyo et arrive à Nyangwe; ensuite il descend le fleuve Congo. Après un voyage de trois ans, il arrive à Boma. Ses compagnons anglais, Parker et les deux frères Pocock, meurent en route, ainsi que plus de 250 Noirs de leur escorte. 1876. Le Roi Léopold II réunit dans son palais à Bruxelles un grand nombre d'explorateurs et des savants géographes. Ils fondent avec eux une société appelée Association Internationale Africaine (A.I.A.). Le but de cette société est surtout de d'apporter au centre de l'Afrique les bienfaits de la civilisation et d'y favoriser le commerce. 1897. A la demande du roi Léopold II, Stanley retourne au Congo. Cette fois, il part de Banane; il fait transporter le long des chutes jusqu'au Stanley-Pool, trois petits steamers avec lesquels il explore le fleuve jusqu'à Stanleyville. A partir de ce moment, les expéditions se multiplient. Grâce à la vaillance des officiers belges Hanssens, Van Gele, Coquilhat et bien d'autres, cinq années ont suffi pour faire jusqu'au centre de l'Afrique de brillantes reconnaissances, obtenir des chefs indigènes plus de 500 traités de souveraineté et fonder 40 stations. 1885. Le Congo est proclamé " Etat Indépendant " ayant comme souverain Léopold Il. Le roi s'occupa avec une incessante activité de l'organisation du nouvel Etat qui prit bientôt un rapide développement. 1894. Inauguration du chemin de fer Matadi-Léopoldville, lui avait demandé 10 années de travaux et des dépenses considérables. 1908. Le 8 octobre, l'Etat Indépendant devient colonie belge; son drapeau à l'étoile d'or est remplacé par le drapeau de la Belgique: rouge, jaune et noir. 1914 à 1918. Nos soldats luttent héroïquement et victorieusement contre les Allemands. Depuis la guerre, la Belgique a reçu un mandat sur les territoires du Ruanda et de l'Urundi qui sont unis administrativement au Congo-Belge. *** BOSAKO WA MONGO, [Histoire des Mongo], Boteka, Flandria, 1957, 65 pages (ronéotypées) (Le texte suivant vient de l'essai Iso la Bendele (Nous et les Blancs) de Paul Ngoi (de 1938) sur la vie traditionnelle des mongo et leur confrontation avec la colonisation belge. Voir le texte intégral sur http://www.aequatoria.be/archives_project.) Chapitre VII: Arrivée Des Blancs 1. Les Guerres Pendant que nos ancêtres vaquaient normalement à leurs occupations surgirent des étrangers blancs; ce fut un spectacle effroyable au début, car jamais on avait vu des gens pareils auparavant. La plupart des gens ne supportaient les regarder, mais ceux qui étaient courageux n'avaient pas pris la fuite. Le fait qu'ils étaient accompagnés de noirs comme nous motivait le courage de ceux qui n'avaient pas peur d'eux. Lorsque les Blancs sont arrivés au début, nos gens ne leur ont pas déclaré la guerre, mais les Blancs, eux-mêmes, après avoir séduit le pays, ont commencé à introduire la guerre petit à petit. Ce fut une guerre très meurtrière. Cependant, elle fut de courte durée. Nos gens n'avaient pas d'armes puissantes pour les combattre. Les Blancs ont pris le dessus à cause de leurs armes puissantes, et à cause de la présence dans leur rang d'auxiliaires noires. Voilà pourquoi nos gens n'ont pas pu repousser l'envahisseur. Mêmes les téméraires parmi nous n'ont pas résisté aux Blancs, et ont finalement capitulé. Ils ont par la suite vécu en paix, mais c'était une paix superficielle. 2. Le caoutchouc. Les Blancs s'installent enfin dans notre pays. Ils introduisent ensuite le commerce avec les produits de notre pays. Ils ont abord demandé à nos gens d'apporter du copal et de la chikwangue. On échangeait ces produits contre des laitons de fer, des perles et des pièces d'étoffes. Des tracasseries ont commencé avec des chikwangues. Ceux qui apportaient des quantités jugées insuffisantes étaient alignés et tués à coup de fusil. C'était très dégouttant. Ces tueries ont provoqué la disparition de plusieurs personnes. Un certain jour, les soldats qui accompagnent les Blancs sont allés patrouiller dans la forêt. Ils y cueillirent les fruits de bosenja, [Landolphia jumellei Pichon.], et ceux de la bondongo [liane Clitandra cymulosa BenthApocynac]. Ils sortent de la forêt et les présentent aux Blancs. Les Blancs leur posent la question de savoir si ces fruits sont abondants dans la forêt. ne sachant pas pourquoi ils posent cette question, et ne se doutant pas de leur bonne foi, les soldats y répondent par l'affirmative. Le Blanc les renvoie dans la forêt avec mission d'apporter le latex de ces lianes. Ils exécutèrent la mission des Blancs. Ayant vu ce premier latex, le Blanc ordonne à tout le monde de procéder à la récolte du caoutchouc. La corvée devint par la suite tracassant pour au pays. Elle fut accompagnée de misères et d'extermination. Les piquèrent à la cour extérieure le tronc de l'arbre bonjolo [arbre Combretodendron africanum Ex.Lechitydac.500]). Un village qui n'accomplissait pas sa tâche, eh bien, et le chef et les villageois étaient tous attachés à tour de rôle à ce bois, puis fusillés. On présentait les cadavres aux indigènes et on les invitait à les manger ou à les incinérer. On continue ainsi avec la récolte du caoutchouc. A ce moment, chaque village avait son chef. Les chefs déclarèrent: "Monsieur, ceux qui récoltent le caoutchouc pour vous, vous les avez exterminés; les villages qui étaient populeux deviennent presque éteints; alors q'il n'y a plus personne, qui récoltera encor le caoutchouc pour vous?" Ayant appris cela, le Blanc supprime la récolte du caoutchouc. Mais somme toute, il a fait tuer les gens sans pitié et avec témérité. La plupart de nos gens s'en plaignent encore extrêmement encore aujourd'hui, car leurs parents ont été tués à cause du caoutchouc. Par conséquent, ils n'aiment pas que quelqu'un vienne encore leur rappeler se souvenir. Car ils en ont été très humiliés et peinés. 3. Les dommages causes aux villages 3.1. La destruction des villages Avec l'arrivée des Blancs commença le bouleversement de nos villages. C'est à dire que beaucoup de gens ont abandonné leurs familles pour aller vivre ailleurs. Les autres étaient travailleurs chez les Blancs ou devenaient ses soldats. Ils s'installèrent dans les postes créés par eux. Là, ils n'ont plus observé la vraie coutume; ils ont fini par adopter la mentalité des soldats que les Blancs avaient amenés de l'aval. Ces soldats avaient montré de mauvais exemples de comportement. Et nos gens n'ont fait qu'imiter leurs camarades. C'est alors qu'ils commencèrent avoir des talismans pour tirer le fusil, et pour se protéger contre toute attaque. 3.2. Destruction de l'autorité Nos ancêtres avaient l'habitude d'exposer la dépouille mortelle d'un léopard chez le chef du village. A leur arrivée, les Blancs n'ont pas reconnu l'autorité des chefs qu'ils ont trouvés. Ils investissaient les non ayant droit ou des étrangers. La raison en est que ces gens-ci s'entendaient avec les Blancs et qu'ils savaient un peu lire et écrire. Lis n'ont plus suivi la succession telle prévue par la tradition. Le village s'en plaignait et cette autorité n'a plus été respectée. On accepte ces gens par crainte d'être fusillé. L'organisation administrative telle que conçue par les Blancs a vraiment bafoué nos villages. Cependant la plupart des gens le respectent quand-même. 4. La négation de nos coutumes 4.1. La destruction de la famille. Depuis ces bouleversements, tout est devenu très mauvais. Nous n'en connaissons pas encore l'issue. Les vieux ne savent plus quoi dire, même nous aussi les jeunes. Jadis, il se passait cinq mois ou six, et parfois une année entière sans qu'il y ait un décès. A ces temps là, nos gens avaient vraiment en vie de voir un cadavre. C'est pourquoi, lorsqu'on apprend un décès quelque part, tous y affluaient pour voir ce que devient quelqu'un qui est mort. C'était la période d'une fécondité spectaculaire. Les femmes avaient beaucoup d'enfants. La stérilité était rarissime. Actuellement la fécondité est perturbée. Les femmes font de l'avortement et nombreuses deviennent stériles. Nous ne savons pas comment agence cette affaire. 4.2. La destruction des ménages. La conduite consciencieuse qu'avaient les femmes dans leurs mariages et ménages n'existe plus. A l'époque des ancêtres, les mariages n'étaient pas rompus caille que vaille. Les désertions du toit conjugal étaient inexistantes et les divorces rares. La pire des choses survenues avec l'arrivée des Blancs concernant les ménages, ce sont les adultères sans bornes. Jadis les femmes avaient peur des entraves et des fourches. Mais actuellement, il n'y a rien de contraignant lorsqu'elles abandonnent leurs maris. Y a-t-il encore une coercition concernant le mariage? Les femmes elles-mêmes rassemblent l'argent nécessaire et remboursent la dot. Le montant accompli, elle présente chez les juges pour rembourser à son mari l'argent de la dot. Le mari a beau s'expliquer, les juges le contraignent à reprendre son argent. On reste pantois devant ce spectacle. On est comme en extase. Un peu de bonheur est constaté peut-être chez les gens qui vivent près de la mission (catholique ou protestante). Même-là aussi, il y a encore quelques rares femmes qui désertent leurs maris ou qui leur cherchent noise. 4.3. L'irruption des maladies. Nos ancêtres racontaient que chaque village avait une maladie spécifique, dont les villageois connaissent les procédés de guérison. Il n'existait pas de maladies graves chez nous. Il n'y avait que quelques rares maladies seulement. Mais avec l'arrivée des Blancs, c'est la prolifération et l'irruption des maladies d'une contrée à l'autre. Auparavant, lorsqu'on était malade, cette maladie était visible au grand jour. Mais actuellement de graves maladies sont cachées par des vêtements. Untel couche-t-elle avec une femme la nuit que cette maladie se propage. Même aujourd'hui ces maladies sont répandues chez nous et nous ne savons pas comment éviter ces maladies qui pillent. 5. Le refus de notre culture 5.1. La langue. Depuis ce chambardement, tout est devenu chancelant. L'arrivée est devenue la source de toutes les perturbations. Ici chez nous, en effet, on commence à refuser la langue maternelle. Ils aiment la langue des étrangers. Ils ont même fabriqué une, qu'ils utilisent avec la langue des Blancs dans les villes. Aux villages, on n'est pas content de cette situation, on n'est pas d'accord que les enfants parlent ces langues étrangères, surtout lorsque ces enfants participent dans les assemblées des adultes. Mais ceux qui habitent les villes, même les vieux, n'ont plus de considération pour la langue maternelle. Venez-vous du village et vous continuez à parler la langue maternelle, les citadins vont vous interpeller en ces termes: "toi, avec ta langue maternelle, ne sais-tu pas l'abandonner dans la cité européenne?" D'ailleurs certaines personnes apprennent ces langues étrangères malgré eux. 5.2. Nos préceptes. Le blanc ne croit pas qu'il existe quelque chose de positif dans notre culture. Tout est mauvais selon lui. Il fait table rase des préceptes nous légués par nos ancêtres, auxquels préceptes il a fait substituer ses préceptes européens. Les uns comme les autres ont bons, et nous lui sommes reconnaissants. Mais nous remarquons qu'il (le Blanc) est sans pitié. Il punit sans pitié. Jamais il donne à quelqu'un le temps de s'amender par persuasion. Lorsqu'on lui présente des palabres, il ne pense pas à renvoyer les parties en conflit chez les vieux pour les juger. Malgré cela, nos lois avaient bien régi la société. Les vieux n'ont plus rien à dire. Ils n'osent pas tenir tête aux blancs par peur de représailles. Ils ont observé un mutisme total. Le Blanc n'accepte pas que les vieux l'interpellent. Partout et en tout, il n'y a pas moine de respirer. La population se lamente de ce bouleversement, de cette déconfiture, et de cet esclavage. 5.3. La foi. Personne ne se plaint en ce qui concerne la foi. Exception faite de quelques vieux qui ont refusé de se faire baptiser. Malgré cela, on ne s'en plaint pas comme on le fait avec ces autres importations des Blancs. Les uns refusent de se faire baptiser avant la mort, les autres l'acceptent. Les lois de la foi sont plus contraignantes que les nôtres; d'où le refus de se faire baptiser. Mais, tout compte fait, nous remercions les Blancs pour nous avoir apporté la foi. Et nous estimons si tout ce que le Blanc avait apporté était comme la foi, notre pays vivait en paix comme à l'époque de nos ancêtres. Surtout le fait que la foi prône la fidélité conjugale/. Beaucoup de gens s'y sont attachés pour en connaître le fondement. Mais il est regrettable de constater que la foi ne s'est pas encore enracinée dans notre pays. Peut-être qu'il y a un obstacle, nous n'en savons pas grand-chose. A vrai dire, dans notre pays personne ne se plaint que les Blancs ont apporté la foi. Nous remercions vivement les Blancs pour cela. 6. Les penchants vers la richesse et la luxure 6.1. Penchant pour la richesse. L'émulation est la base de la recherche chez tout homme de chez nous. Même jadis au temps de nos ancêtres, l'émulation existait entre eux, car entre les vieux, ils étaient guidés par le désir de se faire connaître les uns aux autres, et de se rendre visite. A l'époque actuelle, tout le monde, vieux et jeunes sont-ils en amitié, si un d'entre eux possède ce que les autres n'ont pas, leurs cœurs auront un grand désir pour que chacun ait le bien que possède ce compagnon. Cette émulation a engendré l'orgueil et le penchant pour la richesse. L'orgueil conjugué avec le penchant pour la richesse n'épargne plus personne. Il a envahi tout le pays, et ne peut s'arrêter. 6.2. Les rapports sexuels. Il n'y a pas a raconter des nouveautés dans ce domaine. Jadis, à l'époque de nos ancêtres, il n'y avait d'interdiction formelle à passer des rapports sexuels. Toutes personnes, surtout les jeunes, le faisaient avec discrétion et dignité. A l'époque actuelle, les rapports sexuels sont pris à la légère comme du sport. Ce n'est plus discret comme au temps de nos ancêtres qui maudissaient quiconque parmi les jeunes osait se frelater devant eux. La dignité qui entourait les rapports sexuels n'existe plus. Nous remarquons aussi que la plupart des gens n'ont pas peur de leurs parents dans ce domaine. Ailleurs ils agissent avec pudeur. Les étrangers, ceux qui ont abandonné leurs villages, ne se soucient de rien. Ce sont eux qui ont excité notre peuple à se comporter ainsi. Dans notre coutume, on ne passait pas des relations sexuelles la journée. Actuellement, il n'y a plus de restriction: n'importe quand et n'importe où on se rencontre. A l'époque de nos ancêtres, les femmes avaient beaucoup de retenue devant les hommes. Il n'en est plus question maintenant. Elles n'ont plus de pudeur, et d'ailleurs elles font des avances aux hommes. On prononce et on chante des obscénités comme s'il s'agissait des chansons populaires. D'ailleurs ce sont les seuls chants obscènes qu'on exécute pendant qu'on travaille. Les femmes n'ont plus de pudeur comme jadis, et surtout lorsqu'elles prononcent des obscénités. Tout le monde a renié sa responsabilité de parent. Lorsqu'une femme appelle quelqu'un "papa", celui-ci lui répond: "Ne t'ai-je jamais mis au monde?" Et lorsqu'un jeune homme appelle une femme "maman", en voici la réplique: "Ne t'ai-je jamais mis au monde? Depuis quand es-tu mon fils?". Devant un pareil spectacle, tout le monde est interloqué. Tout homme, Blanc comme Noir, ici chez nous, affiche un comportement déréglé vis-à-vis des rapports sexuels, et nous ne savons pas pourquoi cela est ainsi. Nos femmes sont devenues plutôt les leurs. 7. Notre dépeuplement Le blanc introduit beaucoup d'innovations dans notre mode de vie. Il a aboli de nos ancêtres et y a substitué les siens. D'après les Blancs, il y a égalité entre jeunes et vieux: ils souhaitent même que les jeunes désobéissent aux vieux. Les vieux en deviennent donc mécontents. Leur mécontentement conjugué avec leur pouvoir inné a entraîné le dépeuplement de notre pays. La violation de notre coutume, le ravalement des vieux, et le reniement de nos sources ont rendu le dépeuplement de notre pays très profond. Nous assistons fréquemment à la mort des vieux, mais il n'y a plus de natalité. Il n'y a pas que le Blanc qui soit à l'origine de ce fléau. Et le Blanc et le Noir en sont responsables. La responsabilité du Blanc est dans le fait qu'il a brouillé notre coutume. Nous avons accepté cela en refusant la mentalité de nos ancêtres, en dégradant et en reniant les fondements de notre vie. Voilà cassé l'alliance avec les ancêtres dans notre société. Et le dépeuplement ne fait que commencer. La plupart des gens commencent à s'en rendre compte, à l'exception des jeunes filles et de jeunes gens obnubilés qu'ils sont par le beau spectacle à la mode. Et si la terre vient à se dépeupler complètement, qui restera perpétuer le patrimoine ancestral? Si le Blanc ne nous concède pas une partie des principes coutumiers, et s'il ne reconnaît pas les prérogatives des vieux comme jadis, la terre manquera des habitants. Et si nous-mêmes, les autochtones, n'abandonnons pas le reniement de notre culture en bannissant d'imiter les autres, notamment les étrangers; si nous ne renonçons pas à dénigrer notre pays, il ne restera ici que des terres vides. Certaines personnes de race noire ont quitté leurs contrées dans un état de grande fécondité. Ils sont venu ici nous leurrer en nous incitant à abandonner notre culture. Eux, ils vont rentre chez eux et quand nous serons exterminés, qui restera encore chez nous? Conclusion A l'issu de la lecture de mon histoire, je comprends maintenant que - et les ancêtres et les Blancs - tous ont des qualités et des richesses. Maintenant que j'ai compris cela, puissent ces enseignement me conduire dans ma vie, dans tout ce qui ennoblit ou n'ennoblit pas. Et moi qui suis né chez les Mongo, je veux mourir fort de ce qui suit: essayer de vivre en conformité avec ce que Dieu veut. Je serai fier du fait que: -ma mère m'a mis au monde et m'a appris à parler avec finesse; -mon père m'a appris à chercher les richesses de Dieu dans les champs et dans les rivières; -mon pays m'offre gracieusement ses plantes, ses animaux, ses poissons; Somme toute, j'aime profondément et j'apprécie beaucoup: 1° La langue que ma mère m'a apprise; 2° Le travail auquel mon père m'a initié; 3° La terre où ont vécu mes ancêtres, cette terre pour laquelle je m'armerai de flèches pour la défendre et devant les autochtones et devant les étrangers pour la gloire de son divin Créateur. J-.55: LE GOUVERNEMENT DE LEOPOLD II, 4e partie, 1. Les origines (Les Abandia, Frères de Saint Gabriel, Bondo, 1936, p .31-34) 1. LES ORIGINES. Vers la seconde moitié du XIXe siècle des explorateurs européens pénètrent de plus en plus vers l'Afrique Centrale. Témoins des infamies dont se rendent coupables les Arabes esclavagistes, ils émeuvent l'Europe chrétienne par leurs récits macabres. Léopold II, le roi des Belges, prend 1'affaire à cœur et envoie les premiers Blancs pour combattre ces marchands d'esclaves et libérer les Noirs (1876) Dès l'année suivante un fait inattendu survient. Un explorateur, Henri Stanley, découvre le cours du Fleuve-Congo alors inconnu. Répondant à l'invitation de Léopold II, cet homme se met à la tête des Blancs qui vont combattre les Arabes et établir des traités pacifiques avec les Noirs. Pensée: Léopold II est un grand bienfaiteur des peuples Noirs. 2. L'OCCUPATION La pénétration est rendue difficile par l'absence de routes ou de quelque autre moyen de transport pratique (1879). Beaucoup de compagnons de Stanley succombent par suite de ces difficultés jointes au climat excessif du Congo. Qu'importe 1'intrépide chef avance, fidèle à sa double mission: la lutte antiesclavagiste, puis la conclusion des traités de paix et de commerce avec les indigènes. Longeant le fleuve et remontant Itimbiri, les premiers blancs, Roget et Milz, atteignent 1'Uële où règne Djabir, au milieu de février 1890. Le puissant maître des Abandia leur réserve un accueil favorable, et grâce aux nombreux avantages de protection et de commerce que les Européens lui assurent, il leur présente sa soumission. Pensée: Aujourd'hui, les routes, les cours d'eau navigables, les voies ferrées... contribueront à rendre le Congo riche et prospère. 3. LE POSTE DE DJABIR Dès le début Djabir est un auxiliaire précieux pour les Blancs. Il leur livre de grandes quantités d'ivoire et de caoutchouc, moyennant paiement. Il les aide à s'établir le long de l'Uele et ainsi se crée le "Poste de Djabir", qui en 1905 devient le Poste de Bondo. Malheureusement d'autres explorateurs pénètrent de différents côtés dans les terres de Djabir. Ces nouveaux venus ignorent tout de l'histoire des Abandia... Ainsi des notables ou même de simples indigènes se présentent comme chefs légitimes et concluent sans trop de difficultés des traités avec les envoyés de Léopold II *** J.57: AFRIQUE, leçon 32 et leçon 33: Livingstone et Stanley, (Histoire du monde, II, D.C.C.M., Bolenge, 1940, p.98-103. Depuis très longtemps, les gens ont toujours vécu au centre de l'Afrique. Les Blancs pensaient que tous les autochtones du Congo étaient des Pygmées. Et à cette époque là, non précisément connue, certaines tribus d'Afrique, appelées Bantous, combattaient les Pygmées, et les ont délogés de quelques endroits du Congo, afin qu'ils les remplacent. Les Bantous étaient plus intelligents que les Pygmées, et à cause de cela ils ont construit définitivement leurs domiciles au Congo, et on les trouve installé comme autochtones. Au 14e siècle, quelques-uns se sont regroupés en un royaume au Bas-Congo (c'est-à-dire en aval) et ils n'avaient qu'un seul roi. Ils vivaient au bord du fleuve Congo, au sud, et ils étaient comme supérieurs, comme supérieurs, comme chefs des tribus qui étaient proches d'eux au Bas-Congo. Les Blancs de l'Europe qui étaient d'abord arrivés au Congo étaient des Portugais, et cherchaient des marchés. C'étaient des gens de Compagnies Commerciales. A cette époque les Portugais plus que d'autres Blancs, étaient passionnés de voyager partout dans le monde. Et en 1492, certains missionnaires catholiques arrivèrent en Angola. Le roi de 1'Angola crut en leur religion, et devint disciple.. Quelques-uns de ses sujets croyaient en Jésus par pure moutonnerie. En 1534, une cathédrale a été construite dans leur chef-lieu, qu'ils appelèrent San Salvador. Et en 1549, d'autres missionnaires, Jésuites, c'est-à-dire une congrégation catholique, y créèrent leur poste. Et en 1574 les Portugais décidèrent de prendre l'Angola pour qu'il soit pour toujours sous sa colonisation. Là, c'est au sud du fleuve Congo. En 1642, les Portugais gagnèrent la guerre qu'ils avaient livrée aux Hollandais à propos de l'Angola, et à cette époque ils intensifièrent l'œuvre d'arrêter des esclaves en Angola (1) et ils avaient gagné beaucoup d'argent avec cela. A ce moment, la civilisation portugaise n'est pas arrivée du côté de Stanley Pool (Léopoldville). Quelques autres choses que les Portugais apportèrent furent: des vaches, des cochons, des canards, du poivre, de l'ananas, des patates douces, des tomates, des cannes à sucre et bien d'autres encore. 33. DAVID LIVINGSTONE ET STANLEY En l'an 1867, David Livingstone, originaire d'Ecosse, voyagea en Afrique. Il était missionnaire et était à la recherche des contrées pas bien connues à l'intérieur de 1'Afrique, et il est mort ici en Afrique. Après la mort de Livingstone, quelques personnes d'Angleterre sont venues pour chercher l'endroit où succomba Livingstone au bord du Lac. L'homme qui a communiqué aux Blancs la nature du Congo fut Stanley. Il fut envoyé en Afrique pour cette expédition par des personnes journalistes, pour qu'il explore des contrées qui ne sont pas encore bien connues. Il y était venu auparavant, recherchant Livingstone car les Blancs pensaient qu'il était égaré, et il le rencontra à Ujiji, au lac Tanganyika en l'an 1872. Stanley a préparé sa deuxième expédition de traverser l'Afrique à partir de l'est, raison pour laquelle il débarqua à Zanzibar (au bord de l'Océan Indien) en novembre 1874. Après que Stanley a effectué deux ans de voyage, il découvrit le fleuve Congo même. Bien qu'il ait beaucoup souffert lors de cette expédition, il ne se décourageait pas. Les Congolais, n'ayant pas encore vu des Blancs, et l'ayant vu naviguer sur leur fleuve, ont eu envie de le tuer. Stanley a livré 32 combats contre ces gens sauvages qui ont voulu le contrecarrer. Il arriva à Boma en 1877 ayant ainsi accompli 11.200 kilomètres. Stanley traversa l'Afrique de l'Est à l'ouest, et il était le premier Blanc qui arriva au centre du Congo. Puis Stanley rentra en Europe raconter l'histoire du Congo. Stanley rentra de nouveau avec 12 Blancs. Ils étaient envoyés par le Comité d'Etudes du Haut Congo que Léopold II avait réuni. Stanley était venu au Congo sur ordre spécifique de Léopold II et d'autres Blancs d'Europe dans le but d'apaiser les cœurs des gens du Congo pour qu'ils donnent aux Blancs accès à leur grand pays. A cette époque ils arrivèrent par l'ouest, et débarquèrent, puis créèrent une station appelée Vivi en 1879. Cette station n'était pas assez intéressante, ils démontèrent leurs deux bateaux au bord desquels ils étaient venus, et avec d'autres biens à eux, ils allèrent plus à l'intérieur. Ils n'ont pas pu naviguer sur le Congo à cet endroit à cause de beaucoup de pierres et des rapides. Ils atteignirent Stanley Pool en juillet 1881 et y créèrent une station qu'ils nommèrent Léopoldville. L'œuvre de construire la route de Vivi à Stanley Pool était une oeuvre gigantesque, et il créa d'autres stations chemin faisant, mais il attrapa la fièvre et était au bord de la mort. Il retourna de nouveau en Europe. Il en revint avec deux autres personnes qu'il avait encouragées de construire un chemin de fer au Bas-Congo entre Matadi et Léopoldville, pour que les gens passent facilement. En 1882, Stanley retourne encore au Congo avec 14 Blancs, et en mai 1883 leur bateau accosta à Stanley Pool. Ils ont dépassé Bolobo, un village créé par les Blancs venus avant Stanley, au moment où Stanley était en Europe. Ils arrivèrent à Wangata en juin 1883, et créèrent une station qu'ils nommèrent Equateurville. Le Blanc que Stanley y affecta était appelé Coquilhat. Lui et un autre Blanc Vangele partirent pour Mbandaka, qu'on a nommé Coquilhatville pour honorer le premier Blanc qui y a vécu (2). Stanley rentra en Europe en 1884. Dès lors des Anglais, des Portugais, des Français et 1'Allemagne étaient au courant de l'histoire du Congo, et quelques-uns y arrivèrent. Lés Blancs instituèrent Léopold II roi du Congo en 1885. De 1891 à 1895, on construisait le chemin de fer. Quelle oeuvre forte! Les Congolais n'avaient pas encore appris des métiers, et les Blancs ne pouvaient exécuter tous ces travaux à cause de la chaleur. Ils recrutèrent des travailleurs en Chine pour exécuter tous ces travaux, et la plupart des Blancs et des travailleurs en étaient morts. N'eut été ce chemin, les Blancs ne pouvaient pas apporter leur intelligence et leurs oeuvres au milieu du Congo. Ce chemin est long d'à peu près 400 km, Les Belges ont dépensé beaucoup d'argent pour développer le Congo. Cet argent a été utilisé pour créer des routes, des bateaux et des stations de l'Etat. N'eut été cet argent des Blancs, les hommes Noirs n'auraient pas eu de bonnes choses ni l'accès aux connaissances. A leur arrivée au Congo, les Blancs ont trouvé des Arabes Batambatamba. Leur travail était de capturer des esclaves. Les Congolais d'en amont avaient beaucoup souffert des Arabes. Les Blancs de l'Etat livraient de véritables guerres aux Arabes partout, et quelques-uns en mouraient. Ces guerres ont duré à peu près deux ans; c'est-à-dire de mai 1892. en janvier 1894.. Depuis lors les Arabes n'ont plus fait du mal. Avant l'arrivée des Blancs les gens se faisaient inutilement la guerre par plaisir de faire la guerre. Les Blancs ont mis fin à ces guerres, et actuellement celui qui s'y adonne à des palabres. Lorsque les Blancs de l'Etat ont vu ces mœurs des Congolais, ils ont décidé d'instaurer leurs propres coutumes pour qu'ils puissent aider les Congolais, afin qu'ils terminent la misère, que la joie et la santé aient multipliées. C'est pourquoi on confia ce pays le Congo aux mains des Belges en 1908, acte qui a été posé selon un ordre du Roi des Belges et depuis lors ce pays s'appelle Congo-Belge. Les Blancs continuent à travailler avec persévérance pour développer ce pays. L'Etat a des écoles de toutes sortes. Beaucoup de médecins de l'Etat sont au Congo, et ils enseignent à quelques Congolais le travail des médicaments, la guérison des hommes malades. Ils ont des écoles qui enseignent aux hommes cette façon là, et il y a de très bons hôpitaux de l'Etat. Remarquez de nombreux soldats, et actuellement au Congo-Belge il n'y a plus de guerres entre groupes ethniques. Les missionnaires catholiques et protestants ont commencé à venir ici au Congo en 1878, et ils ont créé leurs stations partout. Ils donnent cours dans leurs écoles. Ils soignent les malades dans les hôpitaux. Ils prêchent la nouvelle de Jésus le Messie. C'est pourquoi la joie et les bonnes choses commencent à être nombreuses au Congo. NOTES 1. Exceptionnellement la traite occidentale menée par les Blancs est mentionnée ici. 2. Ce n'est qu'en 1891 que Charles Lemaire a déplacé le Poste de l'Etat à Mbandaka et que le nom Coquilhatville a été donné. *** J.21: QUELQUES FAITS QUI ONT EU LIEU AU CONGO, V, leçon 31, Van Hullebusch Botondoli mambi ma nse, Mobu bwa mitano, Lisala, 1944, p.27-29. Enfants, écoutez les faits qui ont eu lieu au Congo-Belge jusqu'aujourd'hui. 1. En 1489, les Portugais atteignaient l'embouchure du fleuve Congo. Ils l'appelaient Zaïre. Depuis près de 415 ans (1), les commerçants et les prêtres venaient près de l'embouchure. Ils n'ont pas remonté jusqu'ici. Ils avaient peur des rapides, des pierres et des montagnes. 2. Près de 100 ans plus tard, d'autres Portugais exploraient le Congo, au sud et à l'est. 3. Ceux qui arrivèrent les premiers au Congo, au cœur de 1'Afrique, sont les trois suivants: Livingstone, un Anglais, de 1866 à 1868; il découvrit les grands lacs Tanganyika, et les autres. En 1871, il découvrit de notre fleuve à Nyangwe. Il mourut à Tabora en 1873. A la mort de Livingstone, Cameron prit la relève. Il découvrit Tanganyika, Eyangwe et l'Océan Indien de 1873 à 1875. Stanley descendit le Fleuve à partir de Nyangwe jusqu'à Boma pendant 82 jours en 1877. Il y avait 4 Blancs et 356 Noirs. A Boma il n'y avait plus que Stanley et 115 Noirs, les autres morts en chemin à cause des guerres et des maladies. 4. De là Stanley retourna en Europe. Il y resta pendant deux ans. Il revint ici, accompagné d'autres Blancs. Ils remontèrent le fleuve. Ils concluaient des pactes avec des chefs et créaient des postes de l'Etat. En août 1879, Stanley arriva au port du fleuve, près de Matadi. Là, ils cherchaient des gens. Ils avaient amené des tôles suffisantes pour monter trois embarcations. On les transporta jusqu'à Kitambo (Léopoldville). Là, on les assembla. Stanley et 4 Blancs exploraient plusieurs contrées et conclurent des alliances avec 500 chefs coutumiers, créant ainsi 40 postes de l'Etat. Ils avaient passé cinq ans à ce travail. 5 Ils venaient de découvrir ainsi une nouvelle terre pour la rendre meilleure. Quelques souverains de l'Europe choisirent Léopold II, roi des Belges, pour devenir aussi le roi du Congo. Léopold II, est un grand civilisateur, un homme intelligent. 6. En 1885, Léopold II donna au Congo un premier Gouverneur. Il l'affecta à Boma. Il affecta aussi des Blancs partout. Le Katanga se soumit à l'autorité de l'Etat 1890. A cette époque les Noirs de l'est et les Budja (2) éprouvaient des souffrances et des sévices à cause des Arabes (la traite des Noirs). Les commandants qui ont combattu les Arabes sont les suivants: Dhanis, Lippens, Debruyne, Ponthier, Jacques. Les Blancs n'ont pu chasser les Arabes qu'en 1894. Ils mirent fin à leur pillage. 7. Après ces guerres de nombreux prêtres sont arrivés pour civiliser les Noirs du Congo. Au début, de Matadi à Léopoldville, ils voyageaient à pied. Quelles souffrances! Puis on créa un chemin de fer. Depuis 1898, ils venaient par train. Le train transporte hommes et bagages. 8. Léopold II régna sur le Congo à partir de l'Europe pendant 24 ans avec une grande sagesse. Le monde entier l'en félicite. En 1908, Léopold II offrit à ses compatriotes belges la terre du Congo. Dès lors on appelle le Congo Congo-Belge. C'est pourquoi tous les Belges mettent leur cœur à l'œuvre civilisatrice des Noirs: le corps, l'intelligence et le cœur. 9. En 1909, Albert, fils de Léopold II, vint rendre visite au Congo. A la fin de cette année-là mourut Léopold II Tous le pleurèrent. Albert fut investi Roi des Belges et du Congo. Albert nous gouverna aussi avec sagesse pendant 25 ans. Il mourut en 1934. Le fils d'Albert monta au trône: Léopold III, notre Roi bien-aimé. 10. (3) Enfants, si ce n'étaient pas les Blancs, on ne connaîtrait pas un Congo plus prospère que jadis. On ne livre plus ces grands combats entre villages. On ne se tue plus. On met des vêtements. Les Blancs font construire de belles maisons. L'Etat a créé des routes, de grands chemins partout pour des véhicules et des vélos. On ne porte plus de lourds fardeaux. Les Blancs donnent du travail, et les Noirs les y aident. A ce jour, de nombreux Noirs effectuent les travaux des Blancs. Les prêtres soignent l'âme et le corps. Ils ont construit des hôpitaux et des écoles. Ils ont aussi construit de nombreuses Missions pour enseigner aux gens la vraie religion de Dieu. Ils ont fait apprendre aux enfants toutes sortes de métiers: charpentier, maçon, enseignant, clerc, etc. Le commerce est devenu rentable. Les médecins guérissent les malades. Les juges tranchant les palabres. L'Etat gouverne et commande le pays. A présent nous remarquons que le pays est prospère! L'église appelle les gens à la prière. Tout est en ordre. Rendons grâces à Dieu pour ces grands et nombreux bienfaits. NOTES 1. Les points 1 à 4 sont tout proches de la Petite Géographie (J.60) de 1930 2. Les missions de Scheut de cette région comptaient beaucoup de Buja. 3. Ce numéro est tout proche de Mpo ya Kongo de Mambi ma Tanga (J.51). C'est un parfait résumé de l'idéologie coloniale le progrès du bien-être général, " l'Etat commande ( ) ", " le commerce est devenu rentable " (... ), " l'Eglise appelle à la prière, tout est en ordre. " *** J.24: LA FETE DES ROIS DE LA BELGIQUE, leçon 12 (Mambi ma botangi, II, Lisala, 1950, p. 31-34). La journée du 15 novembre, c'est la fête des Rois de Belgique. Pendant cette journée, nous expliquons tous les bienfaits reçus clans notre pays de la part des Rois de la Belgique. Il y a 75 ans, le premier Blanc, Stanley, traversa l'Afrique entière depuis Zanzibar jusqu'à Boma. En cours de route, il trouva que les Arabes se fâchaient pour qu'ils puissent prendre le Congo en entier... Ils brûlaient les villages, tuaient les hommes et arrêtaient les esclaves. C'était triste... Tous les villages ainsi que les hommes avaient les cœurs serrés, la peur des esprits, les fétiches et la sorcellerie. Seulement la peur des adversaires: souvenez-vous qu'à cette époque, on partait dans la forêt mais on vous mangeait là. Les guerres entre les villages partout. De l'obscurité totale, sans joie, seulement la peur au coeur. Stanley informa au Roi Léopold ce problème. Le chef ressentit la tristesse dans cette causerie. Depuis ce jour, il commença à appeler les Belges de bonne foi pour qu'ils aillent sauver les Noirs du Congo. Nombreux de Blancs étaient d'accord. Les prêtres enseignant les bienfaits de Dieu et la route vers le ciel. Les autres livrèrent des guerres contre les Arabes durant 10 ans jusqu'à y mettre fin. Ces Blancs ensemble avec les prêtres interdirent les guerres entre les villages. Le monde commença à devenir calme. Voici plusieurs bienfaits qu'ils les ont apportés. Au début, les hommes se mangeaient: actuellement nous remarquons que tous passent et se promènent comme ils veulent. Ils travaillent ensemble, ils prennent des divers travaux correspondant à la nutrition et au bon développement. Le commerce intervient, articles de tout genre, produits alimentaires, produits d'habillement. Au début il n'y avait pas de gens qui pouvaient soigner d'autres personnes. Les autorités de la Belgique nous envoyèrent plusieurs Médecins. Les Sœurs ensuite. L'Etat construisit des hôpitaux partout. A ce temps, personne ne savait lire ni écrire. Actuellement les missions au Congo entier ont des écoles. Maintenant les Noirs font la menuiserie, construisent des maisons en briques, des chauffeurs conduisant des véhicules, réparent les appareils et machines, les uns enseignent dans les écoles, les autres travaillent dans des bureaux; aux postes, dans la télécommunication, dans le secrétariat enfin d'autres deviennent des prêtres. Tous ces travaux sont financés par la Belgique pour le pays du Congo. Le grand conducteur des travaux fut le Roi Léopold II. Il mit son cœur, son intelligence et son argent dans les travaux d'entretien du Congo, là les uns mirent le doute s'il pouvait tout réaliser. Après le Roi Albert le Roi Léopold III fit de la même façon. Ceci dit quant à la fête de l'Etat, honorons Dieu car il nous a donne de bons chefs: nous voulons qu'il les garde, les bénissent dans leurs travaux. J.62: JADIS-ACTUELLEMENT, leçon 3 (Buku na botangi mpe boyebi) II-1, Apostolisch Vicariaat Niangara Paters Dominicanen, 1951, p.11, (1) Jadis, les Batambatamba, c.à.d. les Arabes, maltraitaient beaucoup les Noirs; ils capturaient les femmes et les enfants et les vendaient comme on vend des bamokobe(2). Ils ont brûlé beaucoup de maisons. Le grand chef de l'Europe, appelé Léopold II, envoya des soldats pour combattre ces mauvaises gens. Et la guerre des Arabes prit fin surtout 1'est du Congo. Il n'y a pas longtemps, nos pères étaient des païens; ils ne connaissaient pas Dieu, ils croyaient aux superstitions; ils étaient paresseux, se jalousaient et se méfiaient. Les maladies sont venues de l'est (3) Lorsque Léopold II apprit cette grande misère, il demanda et aux Pères et aux Sœurs de venir ici nous aider. Actuellement, nous voyons partout des églises, des écoles, des hôpitaux, des maternités. Beaucoup de gens connaissent Dieu et croient en lui. Les autochtones deviennent petit à petit chrétien; certains Noirs sont même devenus prêtres, certaines autres religieuses. Les ignorants sont délivrés et guéris de maladies à cause des médecins et des Sœurs. Actuellement, l'inimitié et la jalousie ont cessé parmi les Noirs, car le Royaume de Dieu est déjà arrivé au Congo. Glorifions beaucoup le Roi, car il a instauré la paix dans notre pays. NOTES 1. Leçon proche de "Mpo ya Kongo" (Scheut 1920), (J.51). Voir pages 171-173 dans ce volume. 2. Le poisson mokobe = Alestes liebrechtsii Blgr. Characidae.Voir le Dictionnaire Lingala de Van Everbroeck, p.124 "poisson carnivore". En lomongo: bokoe (D.172). Pendant les eaux basses, ces poissons sont vendus à vil prix, parce que trop nombreux, et sans goût. 3. Tout mouvement des peuples a apporte de nouvelles maladies, mais il était devenu classique d'attribuer l'origine de mauvaises situations aux ennemis, dans le cas, les Arabes venus de l'est. *** J-34.:LES BLANCS AU CONGO, leçon 21 (Bosako w'oyengwa, III, Coquilhatville, 1955, p.243-244 (1) Les autorités de l'Europe apprirent les informations sur le Congo. Ils savaient que c'était un pays immense avec beaucoup d'habitants. Mais ce sont des gens sauvages, et le mal excelle en eux. Ils se font la guerre sans cesse, arrêtent des prisonniers, et tuent beaucoup de gens. Les Arabes sont venus au Congo par l'Est, c.à.d. de Tanganyika et par les rivières Tsingitini et Lualaba. Ils ont vaincu les autochtones; ils ont capturé beaucoup d'esclaves, et les ont amenés dans leurs propres pays où ils les vendaient. Les autorités de l'Europe s'affligèrent à l'annonce de ces informations. Ils ont conféré au Roi de la Belgique, Léopold II, l'autorité de gouverner la terre du Congo, qu'il arrête les guerres, qu'il chasse les Arabes, qu'il délivre les gens de l'esclavage, qu'il apprenne aux Noirs la science des Blancs, qu'il accroisse leur bonheur par le commerce. Léopold envoya ses agents sur la terre du Congo. Mais les autochtones n'ont pas été d'accord avec l'arrivée des Blancs ni de leurs enseignements; ils les ont combattus et les ont pillés (2). A partir de cela, les Blancs ont fait la guerre aux autochtones, et les ont vaincus. Les guerres étaient atroces contre les Arabes et d'autres personnes, car ils étaient plus féroces. Mais les Blancs ont annihilé leur force. Lorsque les guerres prirent fin, ils délivrèrent les esclaves et commencèrent à prendre soin du pays. NOTES 1. Ce livret anonyme est édité par le Vicariat Apostolique de Coquilhatville. Gustaaf Hulstaert s'en dit l'auteur (cfr fiche J.34). De fait, c'est une adaptation de J.54. Mais il reste étonnant de trouver sous la plume de Hulstaert des expressions comme "ce sont des gens sauvages; le mal excelle en eux" et "qu'il apprenne aux Noirs la science des Blancs ". 2. Il est rare de voir mentionner la résistance contre l'occupation par les Blancs. Cette phrase ne se trouve pas dans le texte source tiré Buka ya Nzambe (J.54) *** J.59: A PROPOS DU- CONGO, leçon n°2 (A. Feys, Mateya ma 1okota, II, Lisala, 1959, p.10-11) Jadis les Blancs n'étaient pas au Congo. Un Blanc, nommé Henry Stanley, traversa le Congo tout entier. Il remarqua le commerce effroyable des Arabes: on arrêtait les Noirs en esclavage. Il remarqua aussi les guerres que les hommes du Congo se livraient entre eux-mêmes. Il retourna en Europe. Il fit rapport au chef Léopold de tout ce qu'il avait observé. Après cette audition, le chef Léopold en eut pitié. Il envoya ses soldats combattre les Arabes. Il supplia les prêtres qu'ils aillent enseigner aux Noirs les enseignements de Dieu, que les Noirs cessent de s'entretuer. Il envoya Henry Stanley et quelques Belges pour aller construire beaucoup de postes de l'Etat, qu'ils organisent tout le pays. Les soldats sont arrivés; ils ont combattu beaucoup de combats avec les Arabes. Les prêtres et les Sœurs sont arrivés; ils ont construit des églises, des écoles, des pharmacies et des hôpitaux. Ils ont enseigné aux gens les choses de Dieu, et d'autres enseignements. Les gens de l'Etat sont arrivés; ils ont construit des postes et des routes; ils ont organisé le pays Congo. L'Etat a construit un chemin de fer de Matadi à Kinshasa. Ils y ont taillé d'énormes rocs. Les Noirs les appellent Bula Matari du fait de "casser les pierres". Rendons grâces aux Belges, car ils ont organisé notre pays. (1) NOTE 1. Cette leçon reste proche de celle de 1920 (J.51). LA TRAITE J. 2. CONGO, RÉJOUIS-TOI, Chant 36 (Njembo nda nkundo, Soeur du Précieux Sang, PP. Trappistes, Bamanya, Westmalle, 1911, p.21). 1. Réjouis-toi, toi notre pays Congo Et chante à gorge déployée Réjouis-toi par la bouche et du fond de ton cœur, Avec gratitude chante-toi son fils De l'esclavage (1), toi maintenant, tu es libéré, De l'esclavage terrible du diable et de mauvaises gens. A tes pleurs justice a été faite Par Dieu et, Il t'a libéré 2. Maudits par notre père Noé, (2) Regarde-nous tous les Noirs de ce pays; Opprimés à cause de sa terrible insulte, Avec larmes nous avons pleuré sur la terre. Le salut est venu du ciel pour nous, Maintenant la lumière est venue, Les ténèbres ont quitté les yeux, Et d'en haut par Dieu nous sommes vus. 3. Grande joie ! Un Roi fort Est envoyé par Dieu dans ce pays; Et ses familiers(3) par pitié, Ils quittent dans un juste élan l'Europe et, Qu'ils nous libèrent de l'esclavage avec ardeur, Qu'ils se liguent à nous dans ce combat sur la terre? Remercie-les, toi, notre pays Congo, Remercie-les, toi, fils de ce pays 4. O pays élu par Dieu, Pour libérer tes frères et sœurs, Par sa bénédiction qu'il bénisse tes hommes Toi qui nous as adoptés comme tes propres enfants, Et la Belgique et nous, nous sommes unis Réjouis-toi, notre pays, Congo Agréez nos remerciements tous les jours NOTES 1. L'esclavage évoqué dans ce chant est en premier lieu celui du diable et ensuite celui des Arabes, tous les deux " 'justifiés " par la malédiction de Cham par Noé. 2. Lire H. Vinck, La malédiction de Cham, (à paraître) 3. Les familiers du " Roi fort " Tous les collaborateurs (tous les Belges) sont considérés comme les enfants de Léopold II *** J.52. L'ESCLAVAGE AU CONGO, leçon 15 (Exercices de langage. Lingala-français et français-lingala, Collection des Frères Maristes, Liège, H. Dessain imprimeur-éditeur, 1925, p.108-110) Il n'y a pas beaucoup d'années, l'esclavage a causé une grande misère aux Congolais. De nombreux Arabes sont arrivés à Zanzibar en 1817; à Ujiji en 1845, et à Nyangwe sur les bords de Lualaba en 1868. Chercher les esclaves, les capturer ou les acheter, et les vendre, telle est leur première préoccupation. Quelle honte ! Certains mauvais chefs les ont aidés dans cette besogne. Les Arabes ont pénétré dans les coins et recoins des contrées suivantes: Kirundu, Nyangwe, Kasongo, et Kambambare. Ils font irruption dans un village la nuit; ils mettent du feu aux huttes et tuent tous ceux qui veulent prendre fuite ou qui tentent de défendre leurs familles. Ils capturent certaines personnes et en épousent des femmes et des filles. On les tirait, on les bousculait, comme des bêtes, aux marchés d'esclaves à Ujiji, Tabora, Zanzibar. En route, les esclaves avaient faim et soif; ils étaient fatigués. Les Arabes n'avaient pas compassion. Ils frappaient des esclaves qui ne savaient pas marcher. Apprenant cette pratique ignoble de l'esclavage, Léopold II envoya des Blancs pour venir nous en délivrer (1). NOTE 1. D'autres éditions de ce texte et de ce livret e.a. en 1936. *** J.60. LA TRAITE DES ESCLAVES (Petite géographie, F.E.C., 1930, p.15-16.) Les Arabes venus de Zanzibar vers 1840, avaient pénétré au Congo-Belge et exerçaient dans toute la partie orientale leur domination. Ils vendaient les hommes et les femmes comme des animaux. Ils faisaient prisonniers des caravanes des Noirs chargés d'ivoire. Les Arabes avaient des chefs puissants qui commandaient plus de 30.000 hommes. La campagne arabe. 1886. Les Arabes brû1ent le poste de Falls. 1888. Fondation en Belgique de la Société Antiesclavagiste belge. Elle envoya au Tanganyika quatre expéditions dans le but d'y ériger une barrière infranchissable aux traitants arabes venant de l'est. Leur action combinée avec celle de l'Etat contribua à anéantir l'influence arabe. 1890. Ngongo-Lutete marche sut Lusambo à la tête de 500 guerriers; il est mis en déroute par Dhanis, Michaux et Lagat avec 200 soldats Noirs. 1892. Commencement de la campagne contre les Arabes. Une seconde attaque de Ngongo-Lutete est repoussée par Dhanis et Michaux. Les chefs Ngongo-Lutete, Lupungu, et Pania-Mutombo se soumettent. Les Arabes massacrent Hodister et cinq autres Belges à Riba-Riba. De Bruyne et Lippens sont assassinés par Sefu à Kasongo. Sefu marche ensuite à la tête de 10.000 hommes contre Ngongo-Lutete., Michaux l'écrase au passage de la Lomami. 4000 hommes sont tués. Dhanis poursuit l'ennemi, mais se heurte à une armée de 10.000 guerriers commandés par Munie Moharna. Celui-ci tombe dès le début de l'action. La déroute des Arabes est complète. 1893. Prise de Nyangwe. Sefu s'enfuit à Kasongo. Dhanis fait l'attaque de Kasongo à la baïonnette et s'en empare. La victoire fut complète. Entre-temps Chaltin vient au secours du poste des Falls, assiégé par Rachid. Il culbute les Arabes et fait 1.500 prisonniers. Ponthier, aide de Lothaire, met en pièces les troupes de Kibonge à Kirundu, fait 1.000 prisonniers et poursuit les Arabes, jusqu'à la Lowa; il s'empare de 25 chefs arabes, parmi lesquels Saîd qui est aussitôt fusillé. Ensuite Ponthier rejoint Dhanis à Kasongo. A ce moment, Rimaliza, sultan de Udjidji, arrive au secours des Arabes à Kasongo, Dhanis l'attaque, mais la position arabe est trop forte. Dans une contre-attaque arabe Ponthier est tué. Rumaliza se replie et se maintient dans trois enceintes fortifiées. Après 2 mois de combats journaliers, au cours de l'un desquels Sefu reste parmi les morts, Dhanis attaque le camp arabe avec trois canons qui y mettent le feu. Aussitôt Dhanis fait donner l'assaut et remporte une victoire complète. Lothaire poursuit l'armée de Rumaliza en fuite et s'empare de Kabambare. Descamps continue à combattre les Arabes dans les environs du lac Tanganyika; il assiège pendant 50 jours le boma du chef Masala; après un violent bombardement il en fait l'assaut à la baïonnette; le 22 septembre 1894 il s'empare du dernier boma arabe et rend la liberté à des milliers d'esclaves. *** J. 65. BESAKO BIA EKELESIA (Histoire de l'Eglise) de W.D. Armstrong, Congo Balolo Mission, 1930, ch 29, p. 86-87. Autrefois, cent et quelques années passées, les Anglais avaient des esclaves Noirs. Ceux-ci étaient vendus et achetés au prix d'argent. Mais Javhé Dieu éleva un certain homme, William Wilberforce, pour démontrer aux gens que l'esclavage était une mauvaise pratique. Cet homme avait travaillé avec ardeur pour délivrer les esclaves et pour purifier le nom de l'Angleterre à partir de cette pratique honteuse (1838). Il avait ses ennemis, ces derniers voulaient arrêter son projet mais après tout il sortit vainqueur et l'Angleterre trouva un dédommagement aux maîtres d'esclaves moyennant une forte comme d'argent pour que les esclaves soient libérés et les Anglais, de leur côté, ne firent plus cas sur cette affaire. L'Amérique connut une grande guerre à cause de l'esclavage des Noirs, et après ils délivrèrent tous les esclaves de leur esclavage. C'est ainsi que l'Esprit de Dieu avait conduit les pères des Blancs en leur disant d'avoir pitié des enfants et de haïr la cruauté. Depuis le début du Protestantisme les lois de l'Europe avaient changé de face. Autrefois, les peines infligées aux gens furent cruelles, mais de nos jours, les Blancs ont appris à enseigner les gens avec tendresse et ne massacrent que les gens qui tuent certaines personnes avec préméditation; et s'il y a des gens qui tuent des hommes avec cette détermination, ils les tuent sans les faire souffrir. Les Blancs ont pitié de gens, ils le démontrent à l'endroit des enfants, des malades, des invalides, de ceux qui ont la folie; et aussi envers les animaux. Toutes ces choses ont eu lieu grâce à l'enseignement de Jésus à travers la lumière de la Réformation. *** J.12: LES CONGOLAIS, leçon 3 (Tokoyekola lingala, Frères de Saint Gabriel, Bondo, 1937, p.11-13) LECTURE: Au Congo, Jadis... Jadis le Congo n'était pas comme actuellement. Les Noirs vivaient dans la grande misère à cause de la méchanceté des Arabes. Ils avaient capturé des Noirs en esclavage. A peu près 200 Arabes se sont ligués en parcourant les rivières. Ils naviguaient même la nuit. Ils débarquaient sur la rive, et entraient dans un village où ils mettaient du feu à toutes les maisons, tuant les uns, et capturant les autres comme esclaves. Ainsi, au cours d'un raid, ils capturaient des milliers et des milliers de gens. Ils capturaient femmes et enfants aussi. Ils amenaient des esclaves très loin. Là, ils vendaient des esclaves aux autres Arabes. Un homme adulte était vendu à plus au moins 20 francs et un enfant 2 demi francs. Quelle grande honte sur les Arabes! Mais le Roi envoya ses soldats au Congo pour délivrer les esclaves. Les Blancs ont livré plusieurs combats. Ils ont anéanti les Arabes et actuellement les Noirs vivent en liberté. LECTURE: Les Congolais Au Congo on voit des Blancs. Eux, ils sont venus de l'Europe. Les Blancs ont anéanti les Arabes dans notre pays. Jadis les Arabes capturaient des Noirs vaille que vaille Ils les vendaient en esclavage. Vraiment, le Roi nous a beaucoup secouru *** J.24: LES ARABES: MARCHE DES NOIRS, leçon 11 (Mambi ma botangi II, Lisala, 19-50; 27-3l) I. Les Arabes. A l'époque, le Congo avait beaucoup d'habitants. Les hommes sont réduits par les maladies et par les guerres entre-eux. Un autre aspect étant à la base de cette diminution des Congolais était les guerres arabes, l'arrestation des Noirs pour les vendre ailleurs. Les hommes que nous croyons Arabes ici au Congo n'étaient pas venus de l'Arabie, ce sont des Noirs d'Afrique qui ont adhérés aux croyances des Arabes. Quelles sont les raisons de l'arrivée des Arabes en Afrique? Ils sont venus pour chercher les esclaves et aussi pour la soif exagérée de l'ivoire Un jour où ils inaugurèrent un marché, les marchands étaient au nombre de 32.700. Autrefois, les Arabes détruirent 110 villages, ils rentrèrent avec 2.300 esclaves et 2.000 pointes d'ivoires. Dans ce départ plusieurs Noirs étaient mort par peur des Arabes. Lorsqu'ils arrêtèrent ces hommes, pour les emmener avec eux, c'était effroyable. L'on ne pouvait pas voir à deux reprises. Ecoute! Au début de leur arrivée c'est la guerre, ils surgissent soudainement devant les gens, ils sont à peu près 300 ou 500, avec des fusils. Durant la nuit, ils tirent, de l'autre côté, ils brûlent les maisons. Les gens étaient remplis de la peur. Ils voient partout étaler leurs frères. Ils prennent des lances pour essayer de résister mais en vain. Quelques veinards s'échappaient et se cachaient dans la forêt, là les cartouches percent les feuilles de part et d'autres. Les hommes attrapés par les Arabes, sont liés par des ceintures: hommes, femmes et enfants. Une affaire terrible. Le bruit des rames coupe le souffle, les lances filent dans le ciel jusqu'à ce que le village soit fatigué. Après les Arabes viendront apaiser leur colère auprès des esclaves en les frappant et en les piétinant. Ils les mettent ensemble, ils appellent cinq personnes ou six, les mettrent en colonne selon leur taille. Ils prennent la longueur d'un géant, ils les ajoutent au-dessus de l'éclat de la main droite, ils ajoutent aussi l'autre dans l'éclat de la main gauche: Ils lient les ceintures à leur cou. Après le travail de ligoter des Noirs vinrent les fouets: Marchez, esclaves, marchez. II. La route triste La colonne s'allonge, sept à sept, ligotés à la palanche. Le soleil, la pluie, les bêtes marchent. Certaines mères avaient des enfants, les transportent au dos, là les cous sont ligotés. Les enfants ne font que pleurer. La colonne marche... des jours et des jours. A leur arrivée, ils dorment comme tels avec des cordes au cou. Lorsqu'on est fatigué d'un côté, on ne peut jamais changer de l'autre côté, peut-être si les amis se réveillent et se jettent avec les cordes ensemble de 1'autre côté. Le matin, la marche recommence. Personne ne pleure, ni se fatigue. Celui qui se plaint ou tombe syncope ou perd connaissance, un Arabe viendra, prendra celui qui est évanouit, le jettera en bas. Prendra le genoux, montera sur son cordon, fera sortir sa machette puis fera comme l'on fait à un agneau. Les esclaves qui étaient vivants observent la scène et tremblent à cause de la situation qui les attend. Partis, ils sont sortis dans la ville d'Uzizi au port de l'Océan Indien, ou au milieu du fleuve Nil ou encore ils passent par voie de l'Océan Indien pour la ville de Zanzibar. Le marché débute, les acheteurs surgissent, ils observent ces Noirs à l'endroit où ils achètent des produits. Ils verront si leurs poitrines sont grosses et fortes. Ils ouvriront leurs bouches pour voir comment sont leurs dentures. Ils feront un coup au dos, pour voir si le bruit dégage un bon renflement. Ils leur initieront à la marche, courir, savoir si leurs corps sont encore endurants etc. A la fin, ils commenceront l'achat. " Oh il n'a plus des dents, il a vieilli, son corps est fatigué, il n'est pas jeune ", etc. Comme ils achètent les chiens ou les chèvres. L'homme du village lointain les acheté et s'en va, là ils deviendront ses esclaves. III. Dans le bateau (1) Fini le marché, c'est l'entrée au bateau. Ils les jetteront dans les cabines, ils seront pleins là. Le triste bateau débarque. Où est-ce qu'ils vont avec eux? Qu'est ce qu'ils feront d'eux? Ils ne le savent pas. Vous avez déjà entendu que l'océan a de grandes vagues. Le bateau place prou devant, disparaît derrière, se penche vers la droite, tourne de l'autre côté. Dans tous ces basculades du bateau, les esclaves tombent du haut en bas sur les autres. Dans ces chutes, ils ressentent la nausée. Ils vomissent, fatigués et, ils meurent un à un au-dessus des autres. Pour le manger, ils ne demandent rien. Ils leurs préparent dans des grandes marmites un peu de maïs avec les haricots puis on leur en apporte. Ceci leur rapporte la force dans le corps, ils en prennent et puis ils en mangent. Autrefois, l'épidémie surgit et ils meurent tous comme des poules. Parfois des vents provoquent des ondulations et le bateau risque de chavirer. Les Arabes et les hommes de l'équipage vont dans les barges, les esclaves restent dans le bateau, peu après le bateau coule, l'océan les engloutit ensemble avec le bateau. Si un bateau attaque les acheteurs, vite, ils font sortir les esclaves, les tuent. Ils attachent des pierres aux pieds et les jettent vivant dans l'océan (2). Personne ne sait justifier les peines qu'ils ressentent. Stanley voyant ceci, avertit l'Europe. Lavigerie, Cardinal français, organisa une union de prêtres pour mettre fin à 1'esclavagisme. La Belgique aussi met fin à l'esclavagisme. NOTES. 1. Tout en continuant le récit de la traite par les Arabes, l'auteur utilise une description qui s'applique plutôt à la traite occidentale et le transfert des Noirs en bateau vers les Amériques (bien qu'aussi d'application pour le transport vers les Indes et d'autres pays asiatiques à partir de Zanzibar) 2. Allusion à la surveillance par les Anglais après l'abolition de l'esclavage. *** J-58: JEUNES DU CONGO, N'OUBLIEZ PAS ! Leçon 44 (Mambi ma botangi, II, Lisala, 1955, p.90-93). I. LA TERREUR DES ARABES La pluie tombe, sans arrêt... Les eaux descendent sur le fleuve. La nuit commence à pointer. Au ciel, la lune avance, elle brille comme de lumière vive. Là, dans les forêts, tout est calme. Seul le touraco géant qui crie, il s'est perché au faîte des arbres de la rive, il chante. Pas de circulation, le froid a fait entrer tout le monde dans sa maison. Yiobundi, lui, le pêcheur, reste à l'extérieur, il s'entraîne à tisser des nasses et auprès du feu, il regarde la lune. Tout à coup il sent son corps entier trembler. Une idée vint en lui: la lune s'est beaucoup rouillée à cause des couteaux des Arabes... Ah Les Arabes! Ces porte-malheur! Ils ne veulent que verser du sang. Ah! Qu'ils sont malins! Lorsque Mobundi était en train de penser ainsi, son corps tremblotait sans trêve et commença à craindre... Quoi? Un renard passa vite... Mabudi pénétra dans la barza. A cote, juste à droite, c était la maison du chef Bambata. Bambata dort; les cigarettes l'ont fait jaunir les yeux. Le soir, le chef Bambata s'est rendu au village du féticheur pour le questionner à propos des rumeurs qui courent partout que les Arabes vont venir. Le féticheur regarde son amulette (talisman) et dit au chef ceci: " les Arabes ne peuvent pas envahir le village, le talisman va le leur empêcher, il -va les rendre aveugles. " Quand le chef rentra chez lui, il attacha les peaux dans les maisons, les bagues, les bracelets, lourds anneaux de cuivre portés au cou avec toutes sortes d'amulettes. Alors il pensait ceci: " Les Arabes ne viendront donc pas envahir mon village! Mon amulette est forte! " Les gens du village sont profondément pris par le sommeil. Les uns sont fatigués à force de pagayer, les autres ont les corps affaiblis à cause de la chasse en général. Tout le village est calme, silence cadavérique. Seulement la lune au ciel, elle monte et croit petit à petit. Cependant la nuit cache de cruelles réalités! Là, à côté d'une petite forêt, les ombres se balancent, marchent, se poussent petit à petit à l'image d'un chat pendant la nuit. Pour le moment elles sont prêtes.. Elles guettent le village en sommeil. Sefu, chef des Arabes ne dort pas. Il a envoyé ses gens avec des glaives et des chaînes. Ils sont passés dans les contrées de Basoko, Stanleyville, Kindu, Kasongo. Ils n'ont qu'un seul désir dans leurs cœurs: incendier les villages, tuer, capturer les gens. La nuit est leur amie. II LES ARABES Mobudi attache les nasses sur le boucan, il veut entrer... Quoi? le chien commence à aboyer en bas de la véranda. Du côté de l'arrière-cour, le coq chante encore gbaa... gbaa. Les fusils tonnent... Les hommes de Sefu commencent à crier à vive voix, ils sautent sur les maisons. Mobudi s'enfuit dans la forêt. Les Arabes ont déjà encerclé la maison du chef, ils le percent avec leurs sabres: puis ils mettent le feu à la hutte. En se réveillant ainsi, les hommes sont terrorisés. Les hommes sortent de leurs maisons avec des lances et des flèches en leurs mains: la guerre bat son comble dans l'obscurité. Certains des riverains se jettent dans les herbes de la rive, d'autres traversent vers la rive opposée en nageant. C'est en vain, les Arabes les poursuivent avec des radeaux et les coupent la tête dans l'eau. Beaucoup fuient vers la forêt, la lutte s'aggrave; certains Arabes meurent à cause des flèches; mais ils sont toujours nombreux! La maison du chef et d'autres maisons se sont transformées en fumées et en feu... A l'extérieur, les capturés sont au nombre de treize: tous hommes, la corde autour de leurs bras et les fourches à leurs pieds. Ils ont arrêté aussi les femmes; ils les ont mises toutes dans une même maison. La guerre prend fin. Les hommes de Sefu attendent jusqu'à ce que le jour se lève. Nuit de malheur! Les étoiles disparaissent progressivement du ciel... Les Arabes et leur équipage s'apprêtent. Ils quittent le village. Ils choisissent les capturés: tous les riverains ainsi que tous les chasseurs font une longue file. Ensuite viendront les six jeunes filles. Un petit enfant ne cesse pas de s'accrocher aux pieds de sa mère. Un Arabe lui enfonce un glaive au cou. L'expédition se met en marche! Vraiment, ni le léopard ni le lion ne sont aussi méchants que les Arabes. Sur les bords des rivières Aruwimi, Lomami et Lualaba, ainsi que Sankuru, ils opèrent nuitamment. Le soir de cette journée inoubliable, Mobudi sort de la forêt; avec crainte, il rentre dans le village: Il y a seulement la fumée,..l'odeur des herbes brûlées; ses pieds heurtent un cadavre... il pleure et son cœur se brise de soucis. Plus loin sur toutes les routes, on rencontre beaucoup de files de Noirs capturés. Deux à trois mois, la marche continue jusqu'à ce qu'ils atteignent le grand marché des Arabes, lieu de vente des hommes. Soixante-dix ans sont passés lorsque ces événements avaient eu lieu. Les nouvelles de ces souffrances firent écho, se répandirent et pénétrèrent dans les oreilles des Européens. Leurs cœurs furent terriblement touchés. Un homme, et c'est un chef, qui a fortement compati à ces souffrances, c'est Léopold II, le roi des Belges. Stanley lui présenta le rapport du commerce honteux qu'effectuent les Arabes. Le cœur de Léopold II en fut brisé. Il regarda la carte du Congo... et dit: "Là, loin, dans la forêt des Noirs, moi, j'enverrai mes soldats pour chasser ces assassins; j'enverrai alors des commerçants pour qu'ils y amènent beaucoup de marchandises. J'enverrai aussi des Prêtres et des Sœurs religieuses pour y prêcher la parole de Dieu. Qu'ils éduquent toute la jeunesse du Congo. C'est ce que moi, Léopold II, je veux". La parole d'un homme, la résolution d'un noble. Car tout ce qui a été proposé, le Roi des Belges le réalisa à coup sur. Mes enfants, rendons hommages à la Belgique. *** J.23: LIBERATION DES NOIRS, leçon 34.(Mateya ma bomonisi, Manuel du maître, Lisala, 1955, p. 88-90) Préparatifs: Le maître prévoit une bonne leçon. Il cause avec fermeté sur la libération des Noirs. Les élèves doivent savoir que les Européens nous ont sauvés d'entre les mains des Arabes. Il rappellera en bref la leçon numéro 33 (1) Leçon -proprement dite : 1. Mes enfants, dans le territoire où sont venus les Arabes ici, pour arrêter les hommes, les Blancs n'avaient pas su nos milieux. Les routes pour les atteindre n'étaient pas là. De longues montagnes. Le fleuve les effrayantes et des rapides ont interdit aux Blancs de connaître ce côté-ci. 2. Un jour, un Blanc, chrétien d'Europe au nom de Stanley, était venu voir notre pays. Il entra par le nord avec un petit bateau. Il cherche à aider les Noirs. Ils entrèrent dans le bateau, naviguaient sur le grand fleuve depuis l'amont jusque vers l'aval. Dans tout cela, il avait mis à peu près 85 jours. 3. De son passage par bateau dans les villages de Noirs, Stanley eut pitié de nos ancêtres. Il trouva que les Arabes ont accaparé leurs biens, brûlé les maisons, arrêté les hommes en esclaves. Stanley par pitié de nos ancêtres, se mit en colère et livra des guerres avec les Arabes. Ils se retrouvèrent à Basoko. Les Blancs avec les chefs noirs passèrent, réussirent et chassèrent les Arabes. Les Blancs persévèrent et mirent fin à des guerres et à l'esclavagisme. Dieu le voulait ainsi. Il nous a choisi; arrêtons de travailler pour le diable, acceptons l'autorité du Sauveur de tous. 4. Là, les Blancs commencèrent à gouverner notre territoire. Ils nous protégèrent et aidèrent nos ancêtres dans leurs problèmes. Glorifions Dieu pour les biens pour nos esprits et nos corps. Questions de rappel 1. Les hommes sont-ils capables de se libérer eux-mêmes? 2. S'il arrivait que les hommes du monde restaient païens qui pourrait aller au ciel? 3. Les Noirs ont-ils retrouvé la vie chez les Arabes? 4. Pourquoi au début les Blancs n'avaient pas connu notre pays? 5. Oui est le premier Blanc qui pénétra notre pays? 6. A l'aide de quoi traversa-t-il notre pays? 7. Qui l'avait aidé? 8. Quelles difficultés Stanley rencontra-t-il par la voie fluviale? 9. Stanley et les chefs noirs livrèrent la guerre contre qui? 10. Qui avaient remporté la victoire? 11. Citez deux bienfaits qui entrèrent dans notre territoire 12. Dieu nous a-t-il ouvert la voie de la foi? 13. Oui sont devenus nos dirigeants? 14. Est-ce que leurs biens sont croissants? 15. Devoir: Les enfants dessinent le petit bateau de Stanley. NOTE 1. Leçon 33: "Boyangeli bwa ekolo" (Le gouvernement du pays) *** II. AUTORITE Présentation " Toute autorité vient de Dieu " est le leitmotiv de tous les manuels bien que les protestants soient moins explicites. Tout Blanc appartient à la classe des autorités de par sa nature. Tout de même, les autorités religieuses se situent sur un terrain spécifique, mais ils travaillent la main dans la main avec les autorités de l'Etat. "L'Etat", abstrait, mais omniprésent, est l'incarnation de l'autorité, réalisé dans toute une panoplie de personnes, pyramidalement arrangée de haut en bas, à commercer par le Roi des Belges et à terminer par le chef local, délégué de l'Administration. L'Etat s'affirme par son armée et par l'imposition des corvées et impôts. Le drapeau belge en est le symbole. L'Eglise catholique, se déclare elle-même la plus apte à inculquer le concept correct d'autorité, comme l'écrivait en 1930 un des plus illustres représentants, Mgr V. Roelens: " Seule la religion chrétienne - catholique, basée sur l'autorité, peut être capable de changer la mentalité indigène, de donner à nos Noirs une conscience nette et intime de leurs devoirs, de leur inspirer le respect de l'autorité et de l'esprit de loyalisme à l'égard de la Belgique" (dans L. Franck (éd), Le Congo-Belge, II, La Renaissance du Livre, Bruxelles, s.d., p.20b-209). *** LES ORIGINES DE L'AUTORITE J. 36. LE CATECHISTE ET LE BLANC/LE CATECHISTE ET LE CHEF, chapitre 13/14 (Belemo bemo be bolaki, Mill Hill, Basankusu, Rome, 1923, p.22-23). (1) LE CATECHISTE ET LE BLANC Le catéchiste honorera tous les Blancs. Chez le Blanc, le catéchiste viendra toujours avec respect. Quand il parle à un Blanc, il parlera avec politesse et calme. Le catéchiste prouve que le catéchiste surpasse certaines personnes en connaissance, il se souvient du conseil donné par 1e prêtre: comment se comporter avec des Blancs; il le salue avec respect. Si un Blanc vient dans son village, le catéchiste va chez lui et le salue. Il est bon d'apporter au Blanc des légumes, des oeufs, des fruits et la nourriture, pour qu'il les achète. Si le Blanc de 1'Etat vient, le catéchiste va vite chez lui, le salue et lui dit: " Blanc, je suis le catéchiste de la mission ; le prêtre m'a envoyé ici pour instruire les gens d'ici ". Il lui montre sa carte de catéchiste. Si le Blanc lui demande un renseignement, il lui dira ce qu'il en sait exactement. Il lui en parlera avec sincérité et vérité. Si le catéchiste veut dire quelque chose au Blanc, il lui demandera si le Blanc en est d'accord. Il dira: "Blanc, je voudrais vous parler d'un problème". Si le problème ne concerne pas le catéchiste, le catéchiste, n'en fait pas l'exposé si le Blanc ne le lui a pas demandé. Le catéchiste conseillera aussi ses ouailles d'honorer le Blanc. Un homme qui honore et respecte le Blanc, je pense que le Blanc lui fera du bien. Lors d'un contact avec le Blanc, le catéchiste observera les règles de la politesse. LE CATÉCHISTE ET LE CHEF Le catéchiste honorera et respectera le chef médaillé et le chef traditionnel. Le chef du village est aussi le chef du catéchiste. Le catéchiste surpasse d'autres personnes dans le respect et l'honneur du chef. Il apprendra aussi à ses ouailles de respecter et d'honorer leur chef. Le village sera prospère si les gens respec tent le chef. Le village deviendra bon si les gens portent révérence au chef et respectent son autorité. Le chef, c'est l'homme que 1'Etat, propriétaire du Congo-Belge, nomma comme son représentant. Il convient que le chef et le catéchiste se lient d'amitié, Il est bon que le chef et le catéchiste suivent une même voie. Que le chef n'obstrue pas le travail du catéchiste, et que le catéchiste n'obstrue pas le travail du chef. Si le chef aime le catéchiste, il l'aidera beaucoup dans la pastorale, et la pastorale sera prospère. Il l'aidera à construire la chapelle, l'école, son habitation, et à construire le quartier des chrétiens (2). Il l'aidera en cas de palabres entre hommes ou femmes fréquentant le catéchisme ou la mission. Si les gens remarquent que le chef aime le catéchiste, quelques-uns viendront à la catéchèse et en classe. L'inimitié, les querelles, les brouilles existent-elles entre le chef et le catéchiste, le travail du catéchiste va en pâtir; mieux vaut l'amour et la paix entre les deux. Avant de construite la chapelle, 1'école et le quartier des chrétiens, le catéchiste en demandera la permission au chef, car cela relève du ressort du chef. Si le travail de l'Etat est requis, le catéchiste fera en sorte que les chrétiens y aillent comme tous les autres. Le catéchiste dira au chef de ne pas appeler les chrétiens au travail le dimanche et les jours de fêtes de préceptes. Le catéchiste aidera le chef autant qu'il le peut. Il écrira pour lui des lettres à poster, il lira pour lui des lettres qu'envoient les Blancs; il lui expliquera ce que les Blancs veulent s'il ne le sait pas lui-même; il lui établira un bon projet; si le chef peut être instruit, le catéchiste lui apprendra à lire et à écrire. Si le chef fait du mal au gens, le catéchiste ne sera pas d'accord avec le mal qu'il commet. Au chapitre 24, il est écrit: " Le catéchiste et les palabres " Que fera-t-il lorsque 1e chef se comporte ainsi? Catéchiste, honore le chef, et le chef t'honorera. NOTES 1. Ces deux leçons sont reprises en résumé dans le livret composé par le Père Nand Van Linden, Belemo bya Bolaki, Boende, 1959, polycopié. Leçon 14.. 2. bolomo w'akristu = le village des chrétiens. Il existait à l'époque l'usage de séparer les chrétiens des païens dans un village éloigné des autres et avec un chef propre. L'Etat s'opposait souvent à cette coutume et voulait tenir les chrétiens sous un même chef avec les païens. *** J.52. DEVOIRS DES CHEFS MEDAILLES, (Exercises de langage Lingala-français et français-lingala, Frères maristes, Liège, 1925, p.139-141) (1) leçons 39 et 40 Voici en résumé les principaux devoirs des chefs : 1. Obéir aux Blancs de l'état dont ils dépendent. 2. Faire connaître aux indigènes les décisions, ordres et avis des autorités de l'état. 3. Faire connaître aux autorités les demandes de leurs sujets. 4. Faciliter les opérations du recensement; informer l'administration de tout décès, disparition, émigration 5. Dénoncer aux Blancs de l'Etat toute infraction grave aux lois: épreuve du poison; sacrifices humains, actes d'anthropophagie, achat et vente d'esclaves, culture, vente et usage du chanvre. 6. Arrêter les individus coupables d'infractions graves et les livrer au Parquet 7. Aider les Blancs de l'état à percevoir l'impôt. 8. Prendre toutes les mesures utiles pour enrayer la propagation des maladies contagieuses. 9. Faire connaître à l'Administrateur tout évènement grave qui survient dans la chefferie *** 46. DEVOIRS DES CHEFS MEDAILLES (Suite). Les chefs font exécuter par leurs indigènes des travaux, les uns gratuits, les autres rémunérés: a) Nettoyer le village, y détruire les herbes et les buissons dans un rayon s'étendant du centre à 100 mètres des habitations. b) Déboiser les rives des cours d'eau qui baignent le village jusqu'à 100 mètres en amont et en aval des limites de l'agglomération. c) Aménager un cimetière à l'endroit désigné par l'administrateur. d) Exécuter tous les travaux prescrits pour combattre la maladie du sommeil. e) Faire et entretenir les chemins jusqu'aux limites de la chefferie. f) Pourvoir au passage des marais et cours d'eau soit par des ponts, soit par des pirogues. g) construire et entretenir des gîtes d'étape aux endroits fixés par l'administrateur. Le chef n'impose le travail qu'aux hommes adultes et valides. Les femmes ne peuvent être employées qu'à nettoyer le village et à détruire les herbes. Si les indigènes ne veulent pas se soumettre, le chef peut appliquer la peine de la prison jusqu'à 15 jours et la peine du fouet jusqu'à 12 coups (2). On n'applique pas la peine du fouet aux femmes. NOTES 1. Ce texte revient dans les différentes éditions du manuel à partir de 1925. Il existait à côté un livret: Quelques notions sur la législation du Congo-Belge à enseigner aux élèves des écoles primaires (édition 1957, Imprimerie des Frères Maristes, Stanleyville, 23 P-, mais publié et traduit en maintes reprises). 2. Dans l'édition de 1957 cette disposition revient à 7 jours de prison et 100 Fr d'amende. *** J.26 . LES AUTORITES, leçon l (Mambi ma botangi ndenge na ndenge, Makanza - Nouvel Anvers, 1932, p.9-10). Toute autorité vient de Dieu (1), la première autorité. Tous les hommes de la terre, qui détiennent l'autorité, sont des remplaçants de Dieu. Dieu leur a distribué sa propre autorité. Ainsi, toutes les autorités du monde gouvernent selon la volonté de Dieu lui-même. Oui sont nos autorités? Les plus proches, ce sont nos parents. Tous ceux qui nous gouvernent, tant dans le spirituel que dans le temporel (2.) La plus grande autorité spirituelle, c'est le Pape de Rome. L'actuel Pape, c'est Pie XI. A Rome et sur toute la terre, ceux qui assistent le Pape sont des Cardinaux, toujours au nombre de 70. Les cardinaux élisent un nouveau Pape. Le Pape, les Cardinaux et les Evêques sont des grandes autorités ecclésiastiques- L'évêque gouverne une circonscription ecclésiastique en lieu et place du Pape. Les prêtres sont des serviteurs des Evêques. D'habitude le Pape délègue un évêque légat pour veiller sur plusieurs évêques et leurs fidèles dans une grande étendue territoriale comme le Congo tout entier. Les autorités temporelles sont: Albert, le souverain de la Belgique et du Congo, tous les Administrateurs blancs ainsi que le chef du village. NOTES 1. Voir H. Vinck, Le concept et la pratique de l'autorité tels qu'enseignés dans les livrets scolaires de Congo-Belge, Revue Africaine des Sciences de la Mission (Kinshasa), 1997, 115-128 2. La version de 1950 (J-24) y ajoute: " les autorités du travail et de l'école: Les chefs des travaux dirigent leurs travailleurs dans tous problèmes qu'ils auront pour entretenir leurs travaux. Nos enseignants dans les écoles dirigent l'esprit et le corps à la place des parents. Aimons les chefs, respectons-les, prions pour eux, écoutons leurs paroles, car leur voix est la voix de Dieu. *** J-50: A PROPOS DES AUTORITES DE L'ETAT (Mateya ma lisolo. Manuel du maître II, leçon 12, Lisala, 1954, p.28-30) L'Etat, a aménagé notre pays. Aimons-le. Avant l'arrivée de 1'Etat, le Congo était dans un état de tristesse Sans précédant: il y eut beaucoup de guerres, ceux qui étaient plus forts agissaient comme bon leur semblait à l'endroit des vaincus; le peu de rescapés étaient pris en esclaves. Ils prenaient tous leurs biens et incendiaient leurs villages. Parfois quand on travaille au champ, on voit les gens y faire irruption, lances et machettes en mains. En voulant s'exprimer, on est déjà décapité. Sur ces entrefaits, si tu entreprends seul un long voyage, tu ne seras pas de retour. A ce moment le paganisme battait son plein, les hommes considéraient leurs prochains comme des choses et les lois de Dieu étaient méprisées. Au milieu des ennemis et de ces guerres des ancêtres, voilà qu'arrivent les Arabes. Les lances, les flèches et les couteaux des ancêtres leur nuisaient-ils? Eux combattaient avec des cartouches et de fusils. Arrivés dans un village, d'abord ils tuent les hommes qui veulent les guerroyer; les plus forts sont pris en esclavage; ils volent les choses précieuses et ensuite ils brûlent tout le village. Ils arrivent, enfin à Basoko. Si l'Etat n'était pas arrivé à temps, certains villages qui ont beaucoup d'habitants actuellement, auraient déjà pu être des villages abandonnés. Toutes ces tortures que les Arabes ont infligées à nos ancêtres, ils l'ont fait sans la moindre hésitation car leur loi leur oblige de tuer les hommes et de voler les choses. L'Etat qui vous a sauvés, qui est-il? L'Etat c'est les autorités du Congo. La première autorité c'est le Roi de la Belgique. Ici au Congo, après lui, viennent les Gouverneurs, les Commissaires et les Administrateurs de Territoires. Ces chefs donnent des lois, comme par exemple: que les hommes ne s'entretuent pas, qu'ils aménagent les routes, qu'ils cultivent les champs et ainsi de suite. Ils envoient ces lois aux villages de certains Blancs, et aux Blancs itinérants à l'intérieur. Eux appliquent ces lois: ils font aménager les routes, ils obligent aux gens de casser les pierres et ainsi de suite. Certains Blancs, agriculteurs, ont comme tâche de cultiver le riz, le coton et ainsi de suite. Tous ces travaux, c'est polir le bien-être des villageois qui ne marchera pas sur la route que 1'Etat a aménagée? Quand les Blancs agriculteurs font planter le riz et le coton (1), qui sont les bénéficiaires? N'est-ce pas les villageois? Nous voyons les gens porter de beaux vêtements, partout nous voyons des vélos, ce sont les avantages des travaux de champs. Certains Blancs ont comme métier trancher les différends: ce sont des juges. Ils ne veulent pas l'infiltration du désordre au village. Ainsi, si quelqu'un tue son prochain, ils l'arrêtent, le jugent et enfin ils lui donnent un châtiment équivalent à sa faute. Certains sont des médecins; ils luttent contre les maladies des gens. Ils sillonnent tous les villages à la recherche des maladies qu'ont les hommes. La plupart des maladies sont détectées, à l'occurrence la maladie du sommeil, la variole. Ayant découvert ces malades, ils leur appliquent des médicaments, ils leur donnent des injections pour mettre fin à ces maladies. Lorsque la maladie du sommeil sévissait, n'eut été leur présence, mais beaucoup de gens mourraient et continueront à mourir de nos jours. Pour tout ce bien que l'Etat fait pour nous, que devons-nous faire? Honorons les autorités de l'Etat. En se rencontrant avec eux en cours de route, saluons-1es solennellement par le losako; montrons-nous à eux avec révérence. D'abord respectons ces chefs. S'ils nous obligent d'aménager la route, allons avec les amis exécuter ce travail. Commençons à défricher les champs lorsque le Blanc agriculteur nous le signale. Quand la période de l'impôt se pointe, allons le payer. S'ils défendent les guerres, c'est pour notre propre bien; n'engageons pas de guerres comme nos ancêtres. Certains disent: "Les Blancs de l'Etat nous font souffrir". La plupart de vous n'en souffrent pas. Les lois ne leur-permettent pas cela. Si quelqu'un est un peu turbulent, c'est la source de son propre malheur; aucun pays n'a manqué de méchants; très vite ils écopent des punitions. Nous remarquons que les autorités supérieures font rentrer certains (Blancs) en Europe (2). Respectons les autorités de l'Etat, d'abord, c'est Dieu qui le veut. En refusant de les respecter, nous refusons aussi la parole de Dieu. NOTES 1. Le riz et le coton étaient des cultures obligatoires. Imposées principalement dans la partie nord de l'Equateur. 2. Il est exceptionnel qu'un texte pareil admet la possibilité d'abus dans l'exercice de l'autorité par le Blanc. *** J.50: A PROPOS DES CHEFS NOIRS (Mateya ma 1isolo, Manuel du maître I, leçon 13, Lisala, 1954, p.30-31). 1. Dieu nous oblige de respecter tous les chefs. Au village de Marie et Joseph, Jésus, Dieu en personne, se comportait comme d'autres enfants. Marie l'envoyait dans la cuisine pour allumer du feu; elle l'envoyait à couper du bois et à puiser de l'eau. Jésus obéissait à ces ordres. Dans son métier de charpentier, Joseph lui donnait des ordres comme un père se comporte à l'égard de son fils. Pourquoi le fils de Dieu a-t-il respecté ses créatures Joseph et Marie? Parce que Dieu les lui a donnés comme ses parents et comme ses chefs. 2. Dieu vous a donné des chefs; certains sont blancs et certains autres noirs. Qui sont les chefs noirs? D'abord ce sont des chefs de secteurs, ensuite des chefs des capitas du village. Ils communiquent aux gens des ordres que l'Etat donne et créent certaines prescriptions pour aménager les villages. Ils surveillent les travaux imposés par l'Etat. Pour trancher des différends, nous avons aussi des chefs, des juges que nous trouvons dans chaque secteur. Leur activité consiste à faire éviter des troubles dans village, à juger des palabres, à punir les contrevenants. Si l'affaire est très grave, ils transfèrent le procès chez 1'Administrateur du Territoire ou chez le juge blanc. Pour la surveillance des champs, l'Etat place les capitas des champs. Ceux-ci remplacent les agronomes blancs; ils sont aussi nos chefs. Plus tard, il n'y aura plus un médecin blanc au village, mais un médecin noir. Il exécutera les ordres donnés par un médecin blancs. Ces chefs-là vous assistent comme fonctionnaires de l'Etat. 3. Que devons-nous faire pour eux? Comme nous honorons les chefs blancs, nous devons les honorer aussi. Saluons-les avec solennité chaque fois que nous les rencontrons. Devant eux nous devons nous tenir debout et parler avec politesse. Si par hasard un chef arrive chez nous, accueillons-le avec politesse et donnons-lui une chaise avec déférence. Honorons tous les chefs: non seulement les chefs chrétiens, mais aussi les (chefs) païens; non seulement ceux qui se comportent bien, mais aussi ceux qui sont polygames et que sais-je encore. Honorons-les, car ils sont des chefs. Avant de les honorer il faut les respecter. Tout ce qu'ils demandent en vertu de la loi, exécutons-le. Les lois les chefs noirs nous donnent proviennent de l'Etat nous les respectons, nous respectons aussi l'Etat et finalement nous respectons Dieu. Lorsque nous refusons de respecter les chefs du village, nous offensons Dieu. Quand les juges tranchent un différend, acceptons la manière dont ils ont procédé à juger cette affaire. Si nous perdrons le procès, ne disons pas ceci: " J'ai perdu ce procès car il est un noir (1), je ne suis pas d'accord ." Si nous pensons réellement que nous avons perdu le procès sans raison, évitons une altération vaine avec le juge, transférons plutôt ce problème chez l'Administrateur du Territoire. Si nous voulons vraiment respecter tous les chefs comme le veut Dieu, commençons d'abord à respecter les chefs qui sont sur place au village: les enseignants, les catéchistes, les capitas que le Père curé vous donne. NOTE Quant au problème de la reconnaissance de l'autorité des Noirs par les Noirs, lire les propos de A.J. Omari, dans La Voix du Congolais 1952, p. 66l L'ETAT J.31 : LA GRACE QUE NOUS RENDONS A L'ETAT, C'EST A DIRE : LA COLONIE DU CONGO BELGE, leçon 31, Bonkanda wa mbaanda w'école II, Battson Memorial Press, Bolenge 1924, p. 97-215) Nous, la population du Congo Belge, nous savons que l'Etat est comme quelqu'un qui organise toutes les choses- Aussi, répertorions-nous tout ce que fait l'Etat en notre faveur. 1. IL INTERDIT DE TUER LES GENS Nous n'ignorons pas que jadis n'importe qui pouvait abattre tout individu qu'il avait menacé de mort, à la moindre saute d'humeur. A cette époque on tuait beaucoup de gens pour cas de vols. A la mort d'un patriarche, on tuait tous ses esclaves (1).On tuait beaucoup de gens pour sorcellerie, et pour de nombreux autres motifs. Personne ne les y empêchait. Actuellement, si quelqu'un tue, il est coupable d'une infraction très grave. I,'Etat veut que les gens vivent. 2. IL INTERDIT LES GUERRES Jadis, avant l'arrivée de l'Etat, un royaume ou un village envahissait un autre. Voulait-on augmenter le nombre d'esclaves ou avait-on besoin de femmes, les patriarches mobilisaient leurs hommes pour la guerre. Beaucoup de gens sont morts lors des guerres d'autan. Si nos mères pressentaient quelconque danger, elles tremblaient de peur, croyant que la guerre était imminente. Elles pensaient que, ou elles-mêmes ou leurs enfants seront pris en captivité. Une certaine guerre survint à cause d'un chien (2), et des centaines de personnes en périrent pour rien. Si l'Etat était déjà venu, ces gens-là ne mouraient pas. L'Etat n'est pas d'avis que les gens se combattent encore pour une moindre saute d'humeur ou pour des futilités. Il veut-que les gens soient en paix et tranquilles. 3. L'ETAT NOUS DELIVRE DE NOTRE ESCLAVAGE Jadis, les gens qui avaient gagné la guerre ramenaient de nombreuses personnes en captivité. L'Etat n'accepte:pas que telle personne soit maître et telle autre esclave. Il souhaite que chacun soit maître de son destin. Si quelqu'un demeure encore dans l'esclavage aujourd'hui, c'est de sa propre volonté. S'il veut s'en libérer, son maître ne peut l'en empêcher. 4. IL NOUS SOULAGE, NOUS QUI ETIONS DANS LA MISERE Jadis, les étrangers venaient sournoisement par méchanceté, et arrêtaient des gens. Ils les exilaient dans d'autres pays lointains pour des travaux forcés. Leurs parents restés étaient désormais sans nouvelles. Mais depuis que nous avons l'Etat, certains Noirs et des Arabes venus de l'Est chercher des esclaves comme jadis, ont été tout simplement anéantis par l'action de l'Etat et de ses soldats. En restant les gens de l'Etat, nous ne pouvons plus avoir peur de cette pratique. 5. L'ETAT TRANCHE NOS PALABRES Jadis, nous éprouvions beaucoup de difficultés à trancher des palabres. Actuellement, l'Etat empêche des guerres, mais ne nous abandonne pas en ceci qu'il tranche nos palabres. Le plaignant amène ses témoins oculaires chez le Blanc de l'Etat. Après avoir pris connaissance des déclarations des deux partis, ce Blanc prononce un jugement juste. L'Etat remet sous le toit conjugal des femmes divorcées ou celles qui avaient été épousées ailleurs. Et si ses femmes ont des doléances justes, il les encourage. L'Etat neutralise les délinquants fussent-ils Capitas ou même un Blanc (3). 6. L'ETAT CONFERE AUX CHEFS DE VILLAGES LEURS POUVOIRS ET. PREROGATIVES (4) L'Etat veut que les gens obéissent à leurs chefs. Il accepte que les chefs infligent la chicotte ou la prison à ceux qui ne leur obéissent pas. Si un chef ou un sous-chef a tranché une palabre selon le droit, malgré le mécontentement d'un parti, l'Etat confirme ce jugement. Mais si par manque d'autorité |