Etudes Aequatoria 10
This etext was created by Silvia de Vries (Abbol.com) 2001.
MBANDAKA
Hier et aujourd’hui
Eléments d’historiographie locale
Centre Aequatoria B.P. 276 Bamanya Mbandaka Zaïre 1990
Présentation
Le présent ouvrage sur Mbandaka est une reprise partielle des Annales Aequatoria 7 (1986). Epuisée après quelques semaines, que cette ébauche d’une histoire de Mbandaka répondait manifestement à un réel besoin.
Aussi l’avons-nous reprise en y insérant des éléments nouveaux et quelques amendements. Il est toutefois certain que seulement un fragment de la réalité historique de la ville a été abordé. Il est tout aussi vrai que l’historiographie de Mbandaka n’est qu’à son début. La rédaction de ce livre nous en a donné la preuve. Il reste donc évident qu’il contient beaucoup de lacunes. Qu’on veuille nous envoyer des addenda et corrigenda, car nous pensons déjà à une réédition.
Que tous ceux qui ont contribué financièrement à la réalisation de cette édition en soient ici remerciés.
La Rédaction
Bamanya, le 13 mars 1990
Ont collaboré à ce livre
1. BOELAERT Edmond (posthume)
2. ELEMA Maleka - Professeur Lycée Nsang’ea Ndotsi - B.P. 453 Mbandaka
3. ESSALO Lofele dj’Essalo Documentaliste Aequatoria
4. HULSTAERT Gustaaf (posthume)
5. IBOLA Yende Assistant ISP
6. IYOKU Likimo Assistant ISP B.P. 116 Mbandaka
7. KIMPUTU Baibanja Directeur général ISP
8. LONKAMA Ekonyo Bandengo Secrétaire Aequatoria
9. LUFUNGULA Lewono Chef de Travaux ISP
10. MAYOTA Ndanda Assistant ISP
11. MEINERTS Eva Préfet Lycée Nsang’ea Ndotsi
12. MOLA Motia Bikopo Chef de Travaux ISP B.P. 116 Mbandaka
13. MUZURI Feruzi Chef de Travaux ISP B.P. 116 Mbandaka
14. NABINDI Guatili Dena Directeur général ISDR B.P. 118 Mbandaka
15. NISET Joseph Bd des Quatre Journées 17 B- 1030 BRUXELLES
16. ODIO Ons’Osang Assistant ISP B.P. 116 Mbandaka
17. TSHONGA Onyumbe Secrétaire général académique ISDR B.P. 194 Mbandaka
18. VINCK Honoré Directeur Aequatoria
Articles répris avec amendements
1. G. Hulstaert, ‘Aux origines de Mbandaka’. Annales Aequatoria 7 (1986) 75-147
2. G. Hulstaert, ‘Tswambe notable à Coquilhatville (Mbandaka Zaïre)’. Annales Aequatoria 7 (1986) 167-171
3. Lufungula L., ‘Les gouverneurs de l’Equateur : 1885-1960’. Annales Aequatoria 7 (1986) 149-166
4. Lufungula L., ‘Bongese. Chef des Ntomba (Mbandaka, Zaïre)’. Annales aequatoria 7 (1986) 173-183
5. Lufungula L., ‘La mort d’Ikenge des Wangata et ses conséquences (Mbandaka, Zaïre)’.
Annales Aequatoria 9 (1988) 201-217
6. Lufungula L., ‘Les gouverneurs de l’Equateur (Zaïre) : de 1960 à 1988’. Annales Aequatoria 10 (1989) 65-89
7. Lufungula L., ‘Ilonga Boyela et Ibuka y’Olese, grands chefs coutumiers de Mbandaka moderne’. Annales Aequatoria 10 (1989) 241-257
8. J. Niset, ‘Ancien Musée de l’Equateur à Mbandaka : souvenirs de son fondateur’. Annales Aequatoria 11 (1990) 440-442
9. H. Vinck, ‘Essai de bibliographie sur Mbandaka’. Annales Aequatoria 4 (1983) 137-150
10. H. Vinck, ‘La presse à Mandaka’. Annales Aequatoria 4 (1989) 137-150
GÉNÉRALITÉS
Milieu géographique
Chef-lieu d’abord du District (1888-1917), ensuite de la Province (1917-1972), et depuis 1972 de la Région de l’Equateur, Mbandaka est situé dans la Cuvette Centrale, au confluent du Zaïre et de la Ruki, et suivant la borne Verlinden installée près la résidence du Gouverneur, à O°03’49’’ L.N. et à 18°16’40’’ L.E. L’Altitude moyenne de la ville varie entre 355 et 340 m. Entourée d’une végétation de forêt et de marais, Mbandaka subit un climat équatorial caractérisé par une chaleur torride augurant par moments des pluies torrentielles. Bien que la saison sèche soit quasiment inexistant, on remarque cependant une courte baisse d’eaux due à la diminution des précipitations. Pourtant, la température ne descend que rarement en dessous de 20° C. Signalons aussi que Mbandaka a été institué circonscription urbaine depuis le 23 février 1895, et élevé au statut de ville en septembre 1958.
La ligne de l’Equateur
Où passe la ligne de l’Equateur à Mbandaka ?
En tout cas pas par le bloc de limonite érigé en 1954 à l’occasion du 50è anniversaire de la mort de Stanley (Voir Bibliographie n° 21) à Wangata. Les touristes, ou tout autre personne de passage, ont été longtemps trompés par l’inscription y accrochée, mais heureusement enlevée en 1983 : ‘Ici passe la ligne de l’Equateur’.
En effet, ni Coquilhat (un des fondateurs d’Equateurville), ni Lemaire (le 1er Commissaire de District) ne situent la ligne de l’Equateur à Wangata, mais bien ailleurs comme ils l’attestent à travers les extraits suivants. D’après Coquilhat : ‘Nous sommes dans la région de l’Equateur et pour longtemps. Notre lieu d’arrêt (Bojia) est à moins d’une minute de latitude sud de la ligne’ (Sur le Haut-Congo, p. 134).
Et Charles Lemaire de préciser : ‘Le district de l’Equateur doit son nom à ce que son territoire est traversé par l’Equateur astronomique, sur lequel se trouve son chef-lieu Coquilhatville. Exactement, la ligne de l’équateur passe dans la mission américaine de Bolengui (Bolenge) à 2 lieues environ au sud de Coquilhatville’ (Bulletin de la Société d’Etudes Coloniales 1 (1894) 113).
Une carte du service hydrographique de 1918, ayant pour échelle 1/50.000, situe Wangata à 0°2’0’’.
Nous ne possédons malheureusement pas les résultats de la mission géographique de (1973-74) qui a vérifié par satellite la situation exacte de plusieurs endroits de la région.
H.V.
Population
1. Evolution
Il ne fait pas l’ombre d’un foute qu’à la fin du 19è siècle la population du futur Mbandaka était relativement dense. Déjà en 1895 Charles Lemaire, le premier Commissaire de District de l’Equateur, en témoignait en ces termes : ‘La vérité est qu’à partir de Stanley-Pool on ne trouve que de fortes agglomérations, ainsi (.....) Ikengo-Nganda-Wangata-Bandaka-Loliva 30.000 âmes sur un développement de rives de 30 kilomètres’ (1).
En 1898, M. Thiery ‘réduit’ sensiblement cette population on ne sait suivant quel critère. A.J. Wauters, qui a lu ses enquêtes, nous rapporte ceci : ‘Gonda, Equateur, Bandaka (rive gauche) 6.000 habitants. Gonda, Equateur, Bandaka (rive droite) 3.000 habitants’ (2).
En 1905, le Père Antonius, curé à Boloko wa Nsamba, écrit : ‘Coquilhatville (....) avec les villages environnants qui en dépendent, comme Boloko wa Nsimba, Wangata, Bandaka, Boyela, Bakusu, compte environ 1800 habitants dont 800 hommes et 1000 femmes. Ces chiffres, tirés de bonne source, sont sujet à caution car beaucoup de païens ne se sont pas encore inscrits au registre de l’Etat Civil, ainsi que leurs enfants’. Il ajoute encore les chiffres suivants : ‘200 soldats et 20 blancs’ (Het Missiewerk 2 (1905-1906) 210). Plus loin (p. 227), nous lisons : ‘le nombre de chrétiens de Coquilhatville et environs (18 villages) est de 1500 et de 500 catéchumènes’.
En 1910, le chef de secteur Engels abonde dans le sens de la diminution de cette population lorsqu’il constate : ‘Ce territoire (Wangata) couvre une superficie de près 600 km². La population varie entre 2.500 et 2.800 habitants, ce qui donne une population moyenne de 4 à 5 habitants par kilomètre carré’ (3).
En 1911, le Père R. Dries constate aussi une sensible diminution de cette population. Il l’explique en ces termes : ‘En quelques années la maladie du sommeil dispersait et anéantissait en tout ou en partie ces villages populeux : Loliva qui comptait avant 3 à 4000 habitants diminuait à 3 à 400 âmes ; à Boyeka et à Boangi aussi de grands villages auparavant, il ne reste qu’un nègre sur dix, de Bonsoto, ce qui était moins grand, il n’en resta plus rien et le lieu a été envahi par la forêt. Ainsi cela allait pour plusieurs autres villages importants dans les environs et plus loin’ (4).
Les chiffres présités relèvent des observations faites sans préoccupations scientifiques de la part des auteurs. Mais il reste vrai que la maladie du sommeil a impitoyablement décimé la population de ce qui correspondrait actuellement à la ville de Mbandaka et ses annexes. Deux autres facteurs ont certainement influencé cette dépopulation, mais en moindre mesure : les effets de la récolte du caoutchouc (5) et de la pacification européenne autrement appelée ‘expéditions punitives’ (6). A Mbandaka, les deux derniers éléments n’ont pas été aussi néfastes qu’à d’autres contrées plus à l’intérieur.
Voici par ailleurs des statistiques de l’évolution de la population de Mbandaka selon des études scientifiques plus ou moins récentes. Nous les reproduisons telles quelles bien qu’elles soient contradictoires par endroit.
Source Année Population Urbaine Périphérie Total.
J. Denis 1908 3.000 - 3.000
(7) 1925 5.995 - 5.995
1952 24.248 - 24.248
1955 29.805 - 29.805
F.M. De Thier 1925 5.035 960 5.995
(8) 1930 7.442 1.438 8.880
1935 6.948 1.855 8.803
1940 8.012 1.941 9.953
1945 9.576 2.191 11.767
1950 13.705 2.998 16.703
1953 22.294 3.329 25.623
1954 23.668 3.524 27.192
A. Romaniuk (9) 1957 - - 32.000
L. de St. Moullin (10) 1970 89.458 18.452 107.910
SICAI (11) 1956 30.000 - 30.000
1960 40.000 - 40.000
1965 47.000 - 47.000
1970 71.000 - 71.000
1976 93.106 19.775 112.881
Recensement
Scientifique (12) 1984 - - 125.263
Perspective (13) 1989 - - ±133.356
1990 - - ±135.036
1991 - - ±136.738
Notes
1. Ch. Lemaire, lire sa note dans Le Mouvement Géographique (1895), col. 111.
2. A.J. Wauters, La densité et la répartition de la population au Congo, dans Le Mouvement Géographique (1898), col. 104-105.
3. Lire Engels, les Wangata, dan La Revue Congolaise 1 (1910) 439.
4. R. Dries, Onze Kongo 1 (1910-1911) 193 et 2 (1911-1912) 352-353.
5. D. Vangroenweghe, Du Sang sur les lianes, D. Hatier, Bruxelles, 1986, 293 p.
6. D. Vangroenweghe, Charles Lemaire à l’Equateur. Son journal inédit 1891-1893, dans Annales Aequatoria 7 (1986) 7-73.
7. J. Denis, Coquilhatville. Eléments pour une étude de géographie sociale, dans Aequatoria 19 (1956) 137-140.
8. Fr. M. De Thier, Le centre extra-coutumier de Coquilhatville, ULB, 1956, p. 110-111.
9. A. Romaniuk, Evolution et perspectives démographiques de la population au Congo, dans Zaïre 13 (1959) 571.
A la même année, Pierre Gourou évalue la population de Coquilhatville à 52.889 habitants. Nous n’avons pas retenu ce chiffre étant donné qu’il ne correspond probablement pas à l’espace géographique visé par la présente étude.
10. L. de Saint Moulin, Atlas des collectivités du Zaïre, P.U.Z., Kinshasa, 1976, p. 45.
11. Enquêtes démographiques et budgétaires des villes de l’ouest du Zaïre, Mbandaka, SICAI, 1977, pp. 17, 23, 25,43. (Voir Bibl. n° 267).
12. Combien sommes-nous ?, Kinshasa, 1984, p.33
13. Ibi. P.49. Le recensement administratif de 1987 a par contre avancé le chiffre de 208.393 habitants. En 1988, la population de Mbandaka comptait 214.645 habitants suivant la même source. Lire aussi : Diagnostic régional de la Région de l’Equateur, Octobre 1989, p. 116 (inédit). Cependant, il faut noter l’écart de plus de 20% qui existe entre un recensement administratif (enclin à gonfler les chiffres) et un recensement médical dit ‘de fait’ (maison par maison et opéré par le médicaux seuls).
LONKAMA E.B. et H. VINCK
2. Composition ethnique
Au terme de leur voyage d’études à Mbandaka en 1976, les membres de l’équipe de SICAI constatèrent que cette ville, contrairement à d’autres agglomérations du Zaïre, était peuplée des membres d’un grand nombre d’ethnies. ‘Ainsi, écrivaient-ils, Matadi est une ville Mukongo : plus de 90% de ses habitants parlent des patois en intercompréhension et ont des coutumes et une histoire communes. Ainsi encore, conclurent-ils, Kananga, ville des Bena-Lulua, et Mbuji-Mayi, ville des Baluba du Kasai comptent elles plus de 90% d’habitants de divers patois Tshiluba (Mbandaka a, p. 186).
De fait, nous remarquons qu’en 1958 déjà, la population de la commune de Mbandaka (ce qui correspond à peu près à l’espace visé par la présente étude) comptait 35.588 habitants repartis en 4 groupes : Les Bantu, les Soudanais, les Batswa et les Etrangers africains. Pour la cohérence de cet exposé, nous le répartissons en 2 principaux groupes : les Mongo représentaient 66% de la population, soit 23.624 âmes. En 1976, ils n’étaient plus 57%, soit environ 64.342 habitants sur une population globale estimée à 112.881 habitants.
1. Les Mongo
Ils se répartissent en 4 fractions principales : les Mongo-móngó, les Mbole, les Ekonda et les autres.
1.1 Les Mongo-móngó, appelés aussi Nkundo, proviennent de Basankusu, Bolomba, Ingende, Monkoto, kiri et Bongandanga. En 1958, ils étaient 15.012 (42%) et en 1976, environs 30.000 (27%).
1.2 Les Mbole proviennent de Boende, Bokungu et Monkoto. Ils étaient 5.724 en 1958 (16%) et 13.000 en 1976 (11%).
1.3 Les Ekonda proviennent du centre-est de Bikoro. Ils étaient 2.359 en 1958 (7%) et 10.000 en 1976 (9%).
1.4 Les autres groupes mongo sont moins représentés. Il s’agit entre autres des Bongando, des Bolia d’Inongo, des Nsongo de Befale, des Ekota et des Bakutu de Boende, les 2 derniers préfèrant se ranger parmi les Mbole. En 1958, ils n’étaient que 529 (1%), mais 11.324 en 1976 (10%).
Chacun de ces groupes a ses caractéristiques propres et conserve par conséquent une certaine identité culturelle : folklore, coutumes alimentaires, habitudes sociales aux grands moments de la vie (naissance, mariage, décès, etc.). Le lomongo, leur langue, tel que standardisé par le Père G. Hulstaert semble inter-compréhensible malgré des particularités dialectales importantes. A l’heure actuelle, cette langue n’est plus d’usage ni dans l’enseignement ni dans l’apostolat à Mbandaka, la tendance étant d’être à la ‘mode’ avec le lingala.
2. Les non-Mongo
Ce sont les Riverains du Fleuve, les non-Bantu, les Allogènes à l’Equateur, et les Batswa.
2.1. Les Riverains du Fleuve. Ils se composent de sous groupes suivants :
a. Les Ngombe venus de Basankusu, Bolomba, Budjala, Bosobolo et Lisala. Ils étaient 4.878 en 1958 (13%) et 11.000 en 1976 (10%).
b. Les Libinza, parmi lesquels on classe abusivement des Baloi, des Bakutu, des Bamwe, des Lobala, des Likoka, des Balobo, etc. Ils proviennent de Bomongo, Budjala et Mankanza. Ils habitent presque exclusivement le quartier Basoko. Ce sont de pêcheurs passant des jours et des mois dans les campements (nganda). Ils étaient 3.512 en 1958 (10%), et 6.000 en 1976 (5%).
c. Les Riverains de l’Est : plus de la moitié sont des Lokele, les autres étant des Basoko, des Topoke, des Baboa, etc....Ils étaient 431 en 1958 (1%) et 4.000 en 1976 (4%).
d. Les Mbuja, rarement pêcheurs, mais plus souvent cultivateurs. Ils proviennent de Bumba et sont disséminés parmi les Mongo. Ils étaient 590 en 1958 (2%), et 323 en 1976 (3%).
2.2. Les non-Bantu : il s’agit des Ngbandi, des Ngbaka et d’autres populations apparentées. Ils étaient 1.175 en 1958 (3%) et 6.500 en 1976 (6%).
2.3. Les Allogènes zaïrois provenant des régions du sud et de régions du sud et de l’est, ainsi qu’une infime partie de l’ouest. Ils étaient 884 en 1958 (2%) et 11.000 en 1976 (10%). Ce dernier recensement tient aussi compte des étudiants de l’I.S.P. et les cadres administratifs (l’I.S.D.R. n’existait pas encore).
2.4. Les Allogènes non zaïrois, Européens mis à part, étaient essentiellement en 1958 des ressortissants ouest-africains et angolais (181 sujets, soit 1%).
En 1976, et encore maintenant, l’élément allogène non-zaïrois est devenu négligeable. Il ne reste plus que quelques missionnaires (belges surtout), et quelques commerçants pakistanais.
2.5. Les Batswa se déclarent Mongo ou Ekonda selon qu’ils proviennent d’Ingende ou de Bikoro.
Récapitulation
Peuples Lauwerys (1958) Sicaï (1976)
Nombre % Nombre %
Mongo-móngó 15.012 42% 30.000 27%
Mbóle 5.724 16% 13.000 11%
Ekonda 2.359 7% 10.000 9%
Autres Móngo (Elíngá) 529 1% 11.342 10%
Bolia...)
Ngombe 4.878 14% 11.000 10%
Libinza 3.512 10% 6.000 5%
Riverains Est (Lokelé) 431 1% 4.000 4%
Riverains Ouest (Bobangi) 289 0,8% 4.500 4%
Mbujà 590 2% 323 3%
Non-Bantu 1.175 3% 6.500 6%
Allogènes Zaïrois 884 2% 11.000 10%
Ouest-africains... 181 1% - -
Batswa 24 0,1% 35 0,31%
Total 35.588 100% 107.665 100%
(99,9%) (99,31%
Sources : J. Denis, Coquilhatville, Aequatoria 19 (1956) 138-139
J. Lauwrys, document conservé dans le Archives Aequatoria, FH 10, 13.
SICAI, voir Bibl. n° 267
LONKAMA E.B. et H. VINCK.
La dénomination de la ville
1. Coquilhatville
Qui a donné le nom Coquilhatville à l’emplacement du poste de l’Etat à l’embouchure de la Ruki, sur le terrain de Mbandaka-Bonkena ? Nous reproduisons ici une note du Père Boelaert (1) et quelques extraits des témoignages des responsable du déplacement.
‘Aucune décision du Roi Souverain n’est intervenue en 1891 ou plus tard (en tout cas rien n’a été publié à ce sujet) pour appeler dorénavant le chef-lieu du district de l’Equateur ‘Coquilhatville’.
Ce nom apparaît pour la première fois, dans les textes légaux, dans l’article 5 de l’arrêté du 6 décembre 1892 du Gouverneur Général relatif à la récolte du caoutchouc et à la redevance domaniale (Bulletin Officiel (B.O.) p. 3)
Le nom y est orthographié en deux mots : Coguilhat-Ville. En 1893 et 1894 le textes légaux reviennent cependant à l’ancienne dénomination ‘Equateur’.
- l’arrêté du 10 novembre 1894 du Secrétaire d’Etat mettant en vigueur le Recueil Administratif pour le Département de l’Intérieur (Recueil usuel, Tome II, P. 210 et suivantes). L’annexe 1 de cet arrêté qui établit le tarif applicable au transport des marchandises et voyageurs par le steamers de l’Etat naviguant sur le Haut-Congo et ses affluents fixe notamment à 100 frs. pour le Blancs le voyage en aval de Stanley-falls à Equateur.
En fait ce n’est qu’à partir de l’arrête du 20 août 1895 du Gouverneur Général réorganisant les bureaux d’état civil (B.O. 1896 p. 368) que l’appellation de Coquilhatville (en un mot) se substitue définitivement à celui de Equateur dans les textes légaux (2).
- Extrait d’une lettre de Vangele (non datée) publiée par J.M. Jadot, Blancs et Noirs au Congo Belge, Bruxelles 1929, p. 267-268 : ‘Quant au nom de Coquilhatville, voici quelle est son origine : Après les acquisitions de terrains obtenus des Wangata, l’assiette d’Equateurville fut transformée et l’on voulut glorifier le nom de Coquilhat. A mon avis ce fut une double erreur. D’abord, on a tort, en général, de modifier le désignations géographiques et les noms de race. La science géographique est assez vaste pour ne pas la compliquer et Equateur désignait parfaitement la position. En second lieu le grand titre de gloire de Coquilhat c0est son triomphe sur la plus belliqueuse des peuplades que nous avons rencontrée sur le Congo : les Bangala. La station qu’il a élevée aurait dû être désignée par son nom et non par celui de Nouvelle-Anvers’.
- N. Laude, le biographe de Charles Lemaire, dans la Biographie Coloniale Belge, II, 603 nous éclaire un peu plus : ‘En souvenir du Vice-Gouverneur Général Coquilhat, décédé à Boma le 24 mars de la même année (1891), Lemaire proposa de donner au chef-lieu du district le nom de Coquilhatville’. Mais selon Masui, D’Anvers à Banzyville, Bruxelles 1894, I, 325, le nom aurait été proposé par le Gouverneur Général Wahis, le 28 septembre 1891 lors de sa visite à Mbandaka en compagnie de Lemaire’.
2. Mbandaka
L’étymologie de cette localité n’est pas claire. G. Hulstaert l’atteste aussi en ces termes : ‘Le cas de Mbándáká n’est pas obvie. Toutefois on pourrait proposer la dérivation du radical verbal bánd- (empêtrer, garrotter)...’(3).
Il est cependant certain que ce nom désignait 2 grandes sections composant presque l’actuelle étendue de la circonscription urbaine de Mbandaka, et dont d’importantes fractions mongo étaient occupants. Il s’agit principalement de Mbandaka ea Mbula, et de Mbandaka ea Mbata (4).
1. Mbandaka ea Mbula
C’est l’espace compris entre l’ancien Secli Wendji et le village Ikengo, et celui s’étendant actuellement sur la route vers Bikoro, dans le groupement Boléngé-Bofijí. Mbula serait le nom d’un individu, peut-être fondateur de ce clan.
2. Mbandaka ea Mbata
C’est l’espace correspondant à l’actuel centre de la ville de Mbandaka. Il est subdivisé en : Mbandaka-Inkole et Mbandaka-Ekombe.
2.1. Mbandaka-Inkole : à partir du camp Ikongowasa jusqu’à la prison centrale et alentours, ainsi que l’ancien Boloko wa Nsamba (Office des Routes) et ce qui fut le village Boyela (Chantier Onatra).
2.2. Mbandaka-Ekombe : à partir de Bonkena (actuelle résidence officielle du Gouverneur), tout le centre de la ville, jusqu’au quartier Bakusu, camps Ngashi et Besingwa compris. C’est donc pratiquement le nom originel de la localité auquel on imposa depuis 1892 le nom de Coquilhatville. Déjà à partir de 1935, l’imprimerie des Missionnaires du Sacré-cœur, comme pour suggérer la reprise du nom authentique du lieu, commença à mentionner Mbandaka comme lieu d’édition ou d’impression de ses publications. Ainsi, en 1937, dans sa Praktische Grammatica van het Lonkundo...(p. 114), G. Hulstaert traduisait comme suit une phrase néerlandaise en lomongo : ‘Coq en Basankusu wie overtreft (in) verheid namelijk Basankusu : Mbádáká la Basánkoso òlekí bosíká ô Basankoso’. Ce qui signifie Basankusu est plus éloigné que Coq.
Les pages 66 et 124 du même livre parlent aussi de ‘Mbandaka’ dans des contextes différents.
L’on remarque, soit dit en passant, le souci des premiers évangélisateurs de respecter la culture des autochtones. Ce qui est tout à fait recommandable aujourd’hui.
La mémoire collective locale n’avait pas encore renié ses sources, et à partir de 1946 un périodique local était lancé sous l’appellation Mbandaka (Lire détails dans ce volume sous rubrique La Presse).
L’ordonnance n°12/357 du 6 septembre 1958 éleva Coquilhatville au statut de ville (Bulletin administratif 1 (1958) 2, p. 1792). En conséquence, des le 1er janvier 1959, cette ville comprenait deux communes : celle de Wangata (pour les Blancs), et celle de Mbandaka (l’ex-C.E.C. pour le Noirs). Une reprise progressive du vrai nom de la localité dont l’ultime étape sera une ordonnance présidentielle, de mai 1966, changeant désormais le nom de Coquilhatville en celui traditionnel de Mbandaka (5).
Notes
1. Archives Aequatoria, Fonds Boelaert, Histoire 1,6.
2. Un arrête ultérieur, du 19 février 1896, portant organisation d’un service public postal de transport sur le Haut-Congo reprend par deux fois l’appellation Equateur (Bulletin Officiel, 1896, p. 19). Equateur désignait aussi l’ancien emplacement de l’Equateur-station devenu le camp d’instruction de la Force Publique. Nous supposons donc que Equateur a perduré encore un peu coexistant ainsi avec Coquilhatville tant dans les documents officiels que dans l’usage courant.
3. - G. Hulstaert, Aux origines de Mbandaka, (voir Bibl. n° 89) et repris dan ce volume, p. 68
- Lufungula Lewono, Vieux souvenirs du R.P. Gustave Hulstaert, (voir ibi, n° 137)
4. Plus d’une localité dans l’espace mongo de l’Equateur portent le nom Mbandaka (ibi). A Bokakata, par exemple, une sous-localité de Bobangi jouxtant la sous-localité Bolongo w’Enkoto s’appelle aussi Mbandaka. Autant d’atouts pour qui veut approfondir l’histoire des migrations mongo par l’onomastique.
5 Mandjumba M.M., Chronologie générale de l’histoire du Zaïre, p. 60 (voir Bibl. addenda n° 25)..
LONKAMA E.B. et H. VINCK.
Mbandaka Traditionnel
1. La population autochtone
Lorsque les agents de l’Association Internationale Africaine (A.I.A.), devenue ensuite l’Association Internationale du congo (A.I.C.), Stanley, Vangele, Coquilhat et Roger créèrent la Station de l’Equateur, ils trouvaient la rive gauche du Fleuve Congo (Zaïre) occupée par une population nombreuse, tant à Inganda puis à Wangata, qu’enfin et définitivement à Mbandaka. Les premiers Européens venus s’établir dans l’Equateur congolais-zaïrois ne se sont pas trouvés dans un désert ou une forêt vierge impénétrable. Tout cela se déduit clairement tant des écrits que des traditions orales qui ont pu être recueillies.
L’Equateur Station de Wangata a dû s’établir tout près du clan Ikoyo, fraction locale des Wangata. Ainsi elle se trouvait plus ou moins serrée entre ce village et la partie du marais Isondange qui le sépare de Bolenge (1).
Les agents de l’Etat Indépendant se trouvent dans une situation semblable lors du déplacement de la Station plus au Nord juste sur le bords des ‘eaux noires’ comme les appelaient les Riverains Eleku en opposition avec les ‘eaux blanches’ qui coulent plus à l’Ouest, au-delà de la deuxième île, et qui constituent le lit du Fleuve Zaïre proprement dit dans sa branche principale.
Ce fut la pointe où se trouve l’actuelle résidence du Gouvernement de Région qui fut choisie pour recevoir le noyau de la nouvelle ville, nommée Coquilhatville en mémoire de celui qui venait de mourir à Boma et qui fut l’un des fondateurs de la station de l’Equateur avant d’aller établir la Station des Bangala.
Le nom autochtone de cet endroit est Bonkena. Ce mot désigne toute sorte d’arbres dont les fruits sont recherchés par le oiseaux, en particulier le Rauwolfia vomitoria Afz (lomponju ou ikuke). A l’arrivée des Européens la rive servait de lieu de marché qui portrait le même nom (2). Le plateau était occupé par le village Boyela, selon le surnom du fondateur Ilonga (3).
Le gros des Inkole était établi plus à l’intérieur, avec les déménagements locaux habituels dans la forêt équatoriale, d’après les nécessités de l’assolement périodique à cause de l’épuisement des terres par manque d’engrais. Les détails concernant cette division de Mbandaka suivent.
Une autre fraction des Mbandaka, Ekombe, vivait plus au centre de la ville actuelle. D’abord à l’aval du lieu Bonkena vers le Rond-Point de la Flamme, puis plus loin en direction du Sud : Bakusu, Camp Militaire, l’ex-Bruxelles (le terrain s’appelait alors Bompakama), se déplaçant selon le nécessités, comme expliqué ci-dessus. De plus amples détails manquent.
Souvent on compte parmi les Mbandaka le groupe Bloko wa Nsamba. Ce nom est écrit de diverses façons fautives dans les documents et les publications : Boloko wa Simba, Boroukwansamba, Buruki N’Simba, etc. (Le nom authentique qui signifie : cœur de la plante vénéneuse Strychnos, se retrouve encore appliqué à d’autres groupements chez les Mongo). Il vivait à côté, derrière et en aval, du village Eleku (cf. ci-après) englobant les terres qui sont ensuite occupées par le quartier Coq II. Bien que rangé avec les Mbandaka, il n’en fait pas partie selon la meilleure tradition, qui le dit originaire des Bongonde, groupement des Bolenge mais rangés par certains parmi les Ntomb’Eanga.
La lignée masculine (Etoo) (4) du clan Inkole occupait les terres du quartier Basoko et environs vers l’actuelle prison centrale, l’ancien Jardin zoologique, le Champ de Tir, c’est-à-dire le terrain Bofunga (%). Là se trouvaient (encore debout) dan les années 50 deux arbres bokungu (Piptadeniastrum) et des troncs de parasoliers bombambo (Musanga) abattus, qui indiquaient la limite avec le clan féminin. La limite avec Ekombe était marquée par le marais Bonkwankwa, entre la Regideso avec l’ancien marché et le quartier Basoko.
Le clan féminin (Jomoto) avait sa propriété foncière à l’Est de celle des Etoo. Le nom authentique de ces terres est Bokondanjika. C’est là que se trouvait la ‘Cité Otraco’ devenue à présent camp de la Gendarmerie jusqu’à la rive, englobant la prairie Ikongowasa et l’actuel village traditionnel du même nom (appliqué faussement). Les terrains d’extension exploités (cultures, cueillette, chasse) s’étendaient au-delà du marais avec le ruisseau Botemaofankele. Là ils comprenaient (à l’ouest) Bongolo (plus tard : Météo) et en face (à L’Est) Besoi ; vers l’actuel jardin d’Eala, puis Mbok’Oleke au-delà du ruisseau Bonkoto, près de l’entrée de ce jardin, où se trouvait la limite avec les Boloki (villages Bokoto-Bantoi et Boleke) qui vivaient là où est situé le Jardin Botanique.
Concernant le terrain Bekolongo ou Bafake au-delà du ruisseau Bonfolo, voir plus loin (ch. 6).
A côté des Mbandaka, le territoire de l’actuelle ville était occupé encore par d’autres populations.
Il y avait un groupe de Riverains Boloki, nommé Bongoi. Ils habitaient á la rive là où se trouve maintenant la cathédrale St. Eugène. Ce clan fait partie d’une subdivision de Lolifa : Bosonga, mais parents par alliance (bakilo) des Inkole. Après l’arrivée de l’Etat qui voulait établir des plantations (surtout caféiers) sur leur terrain et environs ils, surent se fixer près des autres Lolifa sur la Bonkele, près de son embouchure dans la ‘Ruki’. Mes fiches de 1950 indiquent qu’il en reste un seul survivant, mais le nom n’y est pas conservé.
La tradition signale un village de Riverains Nkole établi près de la rive de la ‘Ruki’ en amont de la Résidence et de Régideso, là où se trouve maintenant le port-marché du quartier Basoko, exactement où était établi le premier poste de T.S.F. Ils voisinaient là avec les Inkole-Etoo dont les maisons s’étendaient jusque derrière la prison et le ‘Camp Otraco’. Ces Nkole habitaient là grâce à leurs liens de parenté par alliance et au pacte consécutif avec Ekenga, ancêtre de la section Etoo. Leur union avec ceux-ci était telle qu’ils avaient part aux distributions communes des animaux ‘royaux’ (léopard, python, etc.) et de la nouvelle bière ; Nkole et Etoo recevaient ce qu’on nomme une seule et même quote-part (liondo) (6). D’ailleurs à l’époque où ces informations ont été notées (1957), l’un des descendants, Bompanje Antoine, était apparenté même personnellement ; les Etoo le considéraient comme isé (père). Le domaine foncier qu’ils avaient reçu des Mbandaka ayant été occupé par le quartier Basoko, ils se sont installés individuellement selon les possibilité et les situation données.
Le dernier groupe à signaler, mais très probablement le premier par ancienneté d’installation (7) appartient à la tribu riveraine Eleku ; c’est ainsi que ces gens étaient habituellement appelés par leurs voisins. Len nom propre du village établi sur l’actuelle territoire de la ville est Basengo, peu connu par ailleurs (pour l’ensemble des Eleku cf. plus loin 4.B.). L’emplacement était à la rive, en aval du ravin Bosomba qui les séparait des Ekombe près du chantier Onatra. Leurs anciens emplacements ont été occupés par l’extension de la ville qui a conservé le nom de Boyéla, sous lequel ce quartier était connu lorsque j’arrivai à l’Equateur (1925) et qui tirait son origine de l’installation de ce clan Mbandaka lors de son déménagement à partir de Bonkena (cf. ci-dessus) et plus loin ch. 3.B. et F. Pendant les années 1937-40 une église catholique avec le catéchiste Longondo Robert se trouvait là où sont établis maintenant les bureaux de l’armée et de l’Office des Routes. Les Eleku voisinaient avec les Boloko wa Nsamba mentionnés ci-devant.
D’Après le témoignage des vieux que je visitais souvent à cette époque-là, c’était exactement l’endroit où la mission catholique avait été construite par les Pères Trappistes (1901-02). Cet emplacement est marqué clairement sur le plan de Coquilhatville annexé à l’étude de williams et Norgate : La Prophylaxie de la Malaria, London 1906 (p. 43) et repris dans les Annales Aequatoria 4 (1983) 157.
Les premiers Européens ont appliqué aux populations proches de la Station de L0Equateur le nom de Oukouti, c’est ainsi qu’il est orthographié p.ex. sur la carte de Vangele, citée ci-dessus. C’est ce nom qui leur avait été communiqué par les trafiquants de l’aval. Sur d’autres cartes et dans d’autres contextes, on lit aussi Bakuti, plus rarement Bakutu. Ailleurs, on trouve Bukuté, plus rarement Bokote.
Voici ce que note C. Coquilhat à ce sujet dans son livre Sur le Haut Congo (1888) p. 146 en parlant de Makouli et Borou-kwasamba : ‘C’est le point que les négociants d’Irebou et de Loulanga appellent Oukouti’.
Il est donc possible que le nom provient des Mpama de Lukolela qu’on nomme aussi Bakutu, nom porté par plus d’une section mongo. Plus probable me semble la déformation de Bokote, nom donné e.a. par le Bombwanja aux autres Nkundo. Demeure pourtant la question : où et comment ces Européens ont-ils entendu ce nom ?
2. Activités et culture
Les habitants de ce qui allait devenir Coquilhatville menaient le même genre de vie que les autres populations de la forêt équatoriale. Les Riverains pratiquaient la pêche ; les femmes s’occupaient de la poterie et de l’extraction du sel. Les Terriens s’adonnaient à la chasse et à l’agriculture. A cette dernière activité les femmes prenaient une grande part ; en même temps elles pratiquaient la pêche dans les marais aux eaux basses et étaient infatigables à la cueillette en forêt (légumes, fruits, chenilles). Les métiers pratiqués étaient les même qu’ailleurs dans cette contrée : forge, tissage, vannerie, sculpture de bois.
Comme partout dans le pays mongo, on tenait des marchés hebdomadaires sur la base de pactes conclus entre les Riverains et les Terriens (8).
Sur le plan local, une particularité à signaler : les expéditions commerciales, d’une part vers l’intérieur sur les affluents pour l’approvisionnement en ivoire et en esclaves, d’autre part sur le Fleuve vers l’aval jusque Tshumbiri, pour le troc des marchandises citées plus quelques produits locaux, parmi lesquels on mentionne spécialement le fard rouge ngola, contre les importations d’Europe : tissus, fusils, poudre-à-canon, miroirs, verroteries, ustensiles et outils métalliques ou faïence, etc. (9).
Pour se faire une idée encore meilleure des activités de ces populations avec leurs relations loin de chez eux, on peut se rappeler la tradition sur les expéditions guerrières et esclavagistes entreprises même au-delà du Fleuve. Ces razzias sont attribuées spécialement aux Ikengo, mais elles comprenaient des participants des autres Ntomba, de sorte qu’on peut à bonne raison y inclure des membres des Mbandaka et des Eleku.
On raconte donc que des pirogues descendaient le Fleuve au-delà de Lokolela jusque Mosombi et Bonga pour ensuite remonter l’affluent de droite Ikwala (dans ce nom on peut reconnaître ce que les cartes françaises nomment Likouala-aux-herbes). Là ils attaquaient le peuple Gada surnommé Libumuintaba (ventre de chèvre). Le but était de s’enrichir en pillant et en faisant des prisonniers qu’ils pourraient vendre au retours. Ils y étaient connus comme Byonge monto, mot nkema (le corps est d’un homme, mais la tête est d’un singe) à couse de leur coiffure typique encore en vogue longtemps après l’arrivée des Européens (10). Le chef Tswambe ajoutait qu’au-delà de l’Ikwala vivaient les Bongilima. Son oncle maternel Eanga e’Entombo avait participé à ces expéditions et en avait ramené une prisonnière nommée (Ekota) Mbisa donnée en mariage à Bobenja d’Ikengo père de Lokolo et membre de la famille (probablement adoptive) du narrateur. Il a ajouté qu’à cette époque (vers 1937) vivait encore une descendante Bingoji font il avait connu aussi la mère Bokelele fille de Lokolo nommé ci-dessus.
J’estime possible que le cercueil anthropomorphe avec son association de sculptures est un autre acquis de ces expéditions, d’autant que le langage cryptique est d’origine bobangi (11).
Selon Coquilhat (12) : ‘Les marchands sont surtout concentrés à Makouli et à Boroukwasamba que les négociants d’Irebou et de Loulanga appellent Oukouti’. Les traditions citent parmi les chefs de ces expéditions Ibuka et Is’ea Mpolu de Wangata et Iyoma (graphie correcte : Ioma) de Boyeka (Boloki) (13).
Le document n° 468 écrit par Bangeli Leo cite Ioma comme grand trafiquant d’ivoire (14).
Les premiers agents de l’Etat faisaient appel à eux pour la récolte de l’ivoire, puis du caoutchouc. Ainsi Sarrazyn envoya Ngolo de Wangata (15), tout comme Lemaire envoyait Nkake de Bokele (16).
Certaines traditions expliquent même que les propriétaires des esclaves ramenés des expéditions dans les affluents Lolongo, Jwafa, Loilaka en retenaient une partie pour leur service personnel, principalement comme ouvriers agricoles, car ils en manquaient grandement dans leurs milieux, étant eux-mêmes tous gens d’eau et donc non accoutumés à travailler la terre. C’est ainsi que le P. Boelaert pouvait écrire (o.c. p. 195) : ‘Du temps des premiers Européens les riverains des environs de Coq avaient tant d’esclaves qu’ils devaient acheter du terrain aux Nkundo pour caser leurs ‘hommes’ (17). Boyela et Wangata avaient leurs rues d’esclaves’.
De fait, de l’ensemble des traditions recueillies à ce jour, il appert que ces populations avaient un réel besoin de nombreux esclaves, non seulement pour le trafic vers l’aval, mais aussi pour l’approvisionnement. Il doit y avoir eu un accroissement général de la population, même avant la venue des Européens qui avec leurs aides, militaires et civils, devaient vivre en grande partie des produits locaux.
Cette situation unie aux relations commerciales appelaient un accroissement de la production agricole. D’où les traditions concernant l’extension des champs au-delà des limites des domaines fonciers propres, avec le transfert de droits temporaires voire définitifs sur des parties de terrain et, corrélativement, l’acquisition d’esclaves pour le travail agricole extensif (il en reste des descendants bien connus dans le milieu).
Cette situation particulière et ses conséquences au niveau social et juridique seront détaillées plus loin (ch. 6).
3. La ville en extension
3.A. BONKENA
Comme il est dit ci-dessus (ch.1), le berceau de Coquilhatville se trouvait au plateau Bonkena.
Voici comment la tradition raconte la fondation (je traduis fidèlement le texte lomongo tel que je l’ai noté de la bouche de membres du clan Inkole) (18) :
‘Lorsque le Blanc vint demander de lui céder un terrain chez eux, les patriarches n’étaient pas favorables à la demande. Là-dessus le patriarche Ilonga Boyela envoya son fils Ibuka poser la question à son oncle maternel Bokilimba. Celui-ci répondit : ‘ Ce sont des mânes ; qu’ils restent à Wangata où l’on les a repêchés dans le fleuve’. Entre-temps le bateau demeurait accosté. Un jour l’Européen circulant sur la rive séduisit le jeune Ibuka. Celui-ci dit à son père : ‘Je vais chercher des lianes à lier’. Or il monta sur le bateau du Blanc et celui-ci commanda à ses hommes : ‘Tirez la planche’. Il dirigea le bateau vers le milieu du fleuve. Là-dessus les gens sur la rive se mirent à pleurer. Le Blanc leur cria : ‘Je pars avec l’enfant pour toujours. Allez dire à son père que c’est parce qu’il ne veut pas me céder un ‘terrain’. Le bateau demeurait immobile dans le fleuve. Alors Boyela envoya un message au tam-tam à Bokilimba pour convoquer une assemblée. Il dit à l’oncle : ‘L’enfant ou la terre, qu’est-ce qui est préférable ? Il vaut mieux céder la place pour une résidence, pour qu’il n’emmène le garçon et le tue’. Ainsi le Blanc débarqua le garçon et donna des verroteries, , des boutons, des clochettes. C’est ainsi qu’il acheta le terrain’.
Plus tard les autochtones ont cédé les terres gratuitement, parce qu’ils avaient conclu un pacte d’amitié (boseka), ils étaient devenus comme frère aîné et puîné. Comme le raconte le même témoin : ‘Le blanc ne nous faisait pas la guerre ; nous étions en paix, on commerçait ; la guerre n’est venue que par la suite : ‘Donnez-moi des travailleurs, de la nourriture pour mes soldats, du caoutchouc, etc.’. Ces redevances de toute sorte ont causé les batailles.
Lorsque Boyela avait fui son clan paternel (Eleku Bondo sur l’Ikelemba), il avait trouvé refuge dans sa famille maternelle Inkole sur la terre Bofunga.
Quand après un certain temps il se trouva à l’étroit, il demanda un meilleur emplacement. L’oncle maternel lui offrit Bonkena qui appartenait à Ekombe. (Mes notes ne disent pas sur quelle base s0est faite cette cession, sans doute à couse de la proche parenté).
3.B. DEPLACEMENT DES BOYELA
Ayant laissé la place aux Blancs, Boyela se retira un peu dans la direction de l’actuelle Régie des Eaux. Sa maison se trouvai tout près de la clôture et de la maison du Blanc. Entre la parcelle de la Résidence et la Régie des Eaux se trouvait encore un gros arbre qui avait été un des pieux de la maison de Boyela. L’indication d’un village indigène sur le plan dressé par Lemaire semble bien se référer à ce nouvel emplacement des gens de Boyela.
Cette proximité ne pouvait durer. Les traces des difficultés courantes se trouvent dans les traditions comme dans les écrits de l’époque. La séparation ne tarda pas à s’imposer. Les Boyela se retirèrent plus à l’intérieur. Ici mes notes ne sont pas très claires. Je pense pouvoir en déduire qu’ils se fixèrent sur le terrain qui a été refoulés, probablement vers 1912, sous la direction d’un sergent de la Force Publique, jusque sur la terre Ikonda, derrière le chantier naval (19). De là ils ont (quand ?) rejoint le groupe eleku au-delà du ravin Bosomba, passant à toute l’agglomération de cet endroit le nom de leur fondateur Boyela.
On peut ajouter en corollaire que la garçon Ibuka, dont il est question dans le paragraphe précédent, a toujours été fidèle à l’amitié avec les Blancs. Etant en même temps courageux et énergique, il fut institué premier chef médaillé des Ntomba et Bolenge. Dans cette fonction, il a aidé l’administration à établir les chefs subalternes.
Après sa mort, il n’y a plus eu de chef de cette compétence ; son frère et successeur Bolukandoko n’a été qu’un chef inférieur (décédé environ 1910).
3.C. INKOLE
Dans le tradition de ce groupe, c’est surtout le nom de Bofunga qui est cité comme domaine foncier (20) soit du groupe entier soit de la branche masculine en opposition avec la branche féminine qui se réclame de Bokondanjika (cf. ci-dessus 3.1 et plus haut ch. 1). Aussi est-ce dans cette direction générale NO-SE qu’on place les deux branches.
On fait aussi état de la résidence près des Nkole, là où se trouve l’actuel quartier Basoko, au temps de l’épidémie de la maladie du sommeil (mpongi) on ajoute parfois aussi longombe, qui est le nom générique pour toute épidémie, le syntaxe indiquant pourtant une seconde sorte (21) et de l’abandon de cet emplacement lors de l’inondation de 1908 (l’un des informateurs, Bokilimba Wijima, rapporte qu’en ce temps, il se trouvait à la colonie scolaire de Nouvelle Anvers (Mankanza ; c’est ainsi qu’il pouvait dater ces événements). C’est alors que les Inkole ont émigré vers Ikonda, terre des Ekombe (cf. ci-dessus). Les notes ajoutent que cette migration eut lieu sous la conduite du capita Efambe (Etoo) qui avait succédé à Bolonjo (Jomoto) successeur de son père Nkota. L’informateur ajoute : ‘par défaut d’un membre de la même classe d’âge dans la branche masculine Etoo’. En effet, en ce temps, les deux branches avaient un même capita, pris dans l’une ou l’autre branche (sans doute imposé par l’administration). C’est à Ikonda que l’informateur les trouva quand il était soldat en 1912.
Mes notes contiennent encore ce détail : Avant le départ de Bofunga pour Ikonda, il y avait dans les parages un Européen éleveur de cochons et qu’on appelait ‘le Blanc au perroquet’ on en parle aussi plus loin (5.A.3). Ces animaux se rendaient au cimetière fouiller les tombes. Le texte dit crûment : déterrer les cadavres. Ce fut un des motifs pour déménager.
Quand j’arrivai à Coquilhatville en 1925, un colon, Mr. De Parade, avait une maison avec magasin-boutique et buvette, au lieu appelé alors par le Blancs Bandak’Inkole : on s’y rendait les dimanches après-midi pour se rencontrer entre amis. Cette maison existe toujours. Elle est maintenant transformée en école (Institut de l’Equateur), sur la route d’Eala, face au Camp de la Gendarmerie, qui n’existait pas encore à cette époque.
Ikonda a dû être abandonné sus la pression de l’extension de la ville, spécialement pour le chantier naval. Ainsi tous les groupes de l’ancien Mbandaka réunis à Ikonda par l’administration coloniale ont été finalement placés à ‘Boyela’ (nom souvent graphié Boyera). Selon l’informateur nommé ci-dessus, cela s’est passé en 1917 pendant qu’il était moniteur à l’école H.C.B. Alberta (Ebonda), sous la direction du P. Dereume Albert. Les détail suivants peuvent être utiles pour la chronologie. Ayant fini son contrat de moniteur, Bokilimba revint d’Ebonda en 1919. Il retourna habiter sur la terre Bofunga. A cette époque l’administration ne l’interdit pas. Il fut rejoint par son frère Ibuka Bernard.
Mais lorsque plus tard l’informateur partit à Bokote servir de magasinier à Mr. Fissent (si je me rappelle bien, c’était un agent de la S.A.B.) le commissaire de police Bambenga (De Bisschop) renvoya Ibuka à Boyéla, parce qu’il vivait seul en dehors d’un village.
Lorsque Bokilimba revint de Bokote en 1920, il ne voulut pas se fixer à Boyela. Il ne parvint pas à entraîner Ibuka à le suivre à l’emplacement ancestral, à cause des départs réitérés de son frère au service d’Européens. Mais six autres membres de la lignée féminine se joignirent à lui pour relever l’ancien village. Ma fiche porte cinq noms : Yoka Fr, Bolanga Pierre, Botuna Sisa, Bolota, Bolanga Sisa, tous décédés depuis.
3.D. EKOMBE
Ayant vécu sur le plateau septentrional jusqu’à la venue de l’Etat, les Ekombe, après avoir cédé Bonkena à Boyela, ont dû reculer devant l’installation des Blancs qu’ils gênaient par leur proximité avec les bruits des voix et des tam-tams, ainsi que les petits accrocs et palabres inévitables (basse-cour, animaux domestiques).
Ils s’éloignèrent donc de la rive, jusqu’au-delà du marécage-ruisseau Bonkwankwa : Bakusu, camp militaire, voire Bompakama (plus tard : Bruxelles) pour y voisiner avec les Inkole. Plus tard, eux aussi devaient trouver place sur une autre partie de leurs terres ancestrales, Ikonda, où ils furent rejoints par les autres sections, avant d’être rejetés au-delà du ravin Bosomba, pour y former le quartier Boyela. Lors de l’absorption de cette agglomération par la ville européenne, les survivants Ekombe s’éparpillèrent définitivement.
L’emplacement à Ikonda est marqué avec précision sur le plan de Coquilhatville par le Cap. C. Rimini (1903) avec le nom Bandaka Moke à côté des carrés dénotant une agglomération, le long de l’avenue transversale qui vient de l’avenue principale Bonsomi (cf. Annales Aequatoria 4 (1983) 157).
3.E. NKOLE
Là où ce petit groupe était établi depuis des temps immémoriaux. (cf. 1), les Européens attirèrent des pêcheurs isolés pour leur approvisionnement. Les premiers, quatre, établirent un campement provisoire. Leur nombre augmenta progressivement sous la protection des Blancs, grâce aux immigrés du Fleuve (e.a. Basoko et Lokele) et de la Ngiri (Libinja, Balobo, Monya, etc. .) jusqu’à englober puis déloger les autochtones, qui suivirent leurs alliés Inkole, devenus des frères, vers le S.E. au-delà du ruisselet, laissant aux étrangers le quartier appelé dès lors de leur nom Basoko. Eux-mêmes ont, à partir de là, suivi partout les Inkole Etoo dans leurs migrations.
Contrairement à l’emplacement Bonkena, le gouvernement n’a offert aux Nkole, pas davantage au Inkole, aucune sorte d’indemnisation, ajoute le chroniqueur.
3.F. L’EVACUATION DE BOYELA
L’évacuation du quartier Boyela pour faire place à l’extension de la cité européenne a eu lieu pendant la deuxième guerre mondiale ; j’ai oublié la date précise. Le Bulletin Administratif ne contient aucun texte là-dessus. Cependant je crois supposer que l’arrêté n° 190 AIMO du 25 novembre 1942 s’y rapporte en partie. L’exécution a pu pendre des années, je ne me le rappelle plus bien. Je me souviens pourtant avoir appris des habitants que le gouvernement les a indemnisés pour les habitations abandonnées, mais pas pour les propriétés foncières.
Une quantité importante de la population s’est éparpillée individuellement pou se reclasser dans le centre extra-coutumier ou émigrer vers Kinshasa. C’est le cas pour les Eleku et les Boloko wa Nsamba comme pour un nombre d’Ekombe.
Une autre partie s’est réinstallée sur le domaine foncier traditionnel des Inkole. Ce sont essentiellement les survivants de ce groupe, suivis par certains Boyela. Ils ont retrouvé les anciens emplacements partiellement sur le domaine Bofunga du groupe Etoo et sur la terre de la branche féminine : Bokondanjika, derrière le camp Otraco. Le reste du domaine de la branche masculine ayant été occupé par la ville (quartier Basoko, jardin zoologique, champ-de-tir, prison centrale) ; le village s’est agrandi par l’arrivée de nombreux ‘étrangers’ en s’étirant vers la rive et la plaine herbeuse Ikongowasa, dont le nom a été appliqué (erronément) par l’administration, qui l’a étendu même au quartier Bruxelles.
Le retour aux terres ancestrales a surtout été l’œuvre de Bkilimba Wijima Pius de la branche féminine. Déjà avant, il n’avait cessé de défendre les droits fonciers coutumiers. Il était souvent du chef Tswambe et de l’administration coloniale, dont il favorisait la politique foncière. Malgré ces oppositions, Bokilimba n’en continuait pas moins à protester contre ce qu’il considérait comme atteintes à la propriété clanique, tant de la part de l’administration (terrain Météo) que d’Européens individuels (De Bois exploitant une carrière, Vanderveken coupant le bois de la terre Besoi avec ses détenus pour le vendre à la Régie des Eaux, Vrancken faisant de même plus tard avec également l’autorisation du gouvernement). Tout cela lui a causé beaucoup de difficultés au niveau familial et, surtout, 3 ans de relégation 1947-50 à Booke sur la haute Loilaka. Sans parler de nombreux procès dont il a été l’objet ou qu’il intentait lui-même, quoiqu’il ne pût les gagner contre l’interprétation de la législation coloniale qui ne reconnaissait le droit foncier coutumier que partiellement, limité aux habitations et cultures vivrières en exploitation. Finalement c’est à force de ténacité qu’il a pu conserve une partie du domaine ancestral, et cela jusqu’à ce jour H (22).
4. Parenté ethnique
Il semble utile de situer les populations autochtones de la ville dans le cadre plus large de leur appartenance ethnique. Cela parait important surtout pour les Mbandaka et les Eleku. Pour les Nkole et les Boliki, on peut se contenter de ce qui est dit plus haut (ch. 1) et pour les derniers ce qui est exposé ci-après (5.B.).
4.A. Les Mbandaka
1. En général
Dans le pays mongo, je connais quatre groupements de ce nom. A côte de la section dont il a été question jusqu’ici, il y a l’autre section habitant jadis entre Wenje (officiellement Wendji) et Ikengo, installés à présent sur la route de Bikoro, aux confins de la circonscription urbaine de Mbandaka, avant d’arriver au village de Bongonde dans la zone actuelle de Bikoro, groupement autochtone Bolenge-Bofiji.
Cette dernière fraction est nommée Mbandaka ea Mbula. Mbula étant compris comme le nom d’un individu. L’autre fraction s’intitule Mbandaka ea Mbata (peut-être également le nom d’une personne par ailleurs inconnue).
Les subdivisions ou clans de ce dernier groupe ont été détaillées plus haut (ch. 1). Celles de l’autre section sont : Bafeka la Simba (23), Jingunda, Lotakemela et (un autre) Inkole.
D’autres Mbandaka sont connus : 1) chez les Ekota ea Ngele où une plantation Hévéa a été installée, 2) au Sud de la Jwafa, près des Mbole-Lwankamba, comprenant les villages Bonkoso, Bekotefe, Efee et Isaka, 3) chez les Boyela de la haute Jwafa, divisé en Bokolonge et Lingunda (cf. l’homonyme chez les Mbandaka ea Mbula). On n’a aucune indication sur une éventuelle parenté entre ces divers groupes. De toute façon, ceux du confluent Zaïre-Ruki ignoraient totalement leurs homonymes. Ce qui est sûr d’autre part, c’est que chacun des quatre groupes était et est parfaitement inculturé dans le milieu environnant.
Les Mbandaka de l’actuelle ville et le groupe Mbula sont rangés dans la tribu Ntomba de Eanga (on y reviendra ci-après ch.5). Dans cette tribu, ils occupent une place à part. En effet, ils ne sont pas cités parmi les grandes divisions (qui seront exposées au ch. 5). C’est que la tradition les considère non comme frères ou neveux, mais comme bonkita (24) du groupe Bonsole (ci-après) ; on spécifie qu’il signifie ici : descendant d’une femme prise comme butin de guerre (j’ignore à quel événement précis on se réfère). L’existe de pareille situation sociale n’est exceptionnelle chez les Mongo. Les Mbandaka ne sont pas considérés comme esclaves ou inférieurs ; leurs relations avec leurs voisins ne sont nullement influencées par leur ascendance. Ils sont entièrement autochtones, possédant leurs propres domaines et biens. L’égalité est observée p.ex. aussi pour les mariages. Ce qui est en cause, c’est uniquement le souvenir de leur origine étrangère d’ou dépend leur rang dans la hiérarchie de la tribu (ordre dans les assemblées, dans la marche des migrations et dans une guerre rarissime concernant la tribu prise globalement).
La même règle s’applique aux Boloko wa Nsamba vis-à-vis des autres sections Mbandaka (son extraction a été donnée au ch. 1).
2. Un cas d’espèce
La situation de groupes étrangers assimilés on pourrait la comparer à la naturalisation en usage les Etats européens se trouve à une échelle inférieure, à l’intérieur de sections mineures. Tel le cas de la famille Bokilimba des Inkole Jomoto. L’äieul Bokilimba, l’ancien originaire de Bonganjo (Injolo), était venu en visite chez le patriarche Bosenga, ancêtre de la branche masculine des Inkole (25). Bokilimba, célibataire, obtint de ses hôtes (sur quelle base) une épouse nommée Boyoo (un puits d’eau près du village sur la terre Bokondanjika a retenu le nom de cette aïeule ancienne propriétaire. Dans le droit coutumier c’est un titre de propriété. Leur fils Nkota (marié avec Bosembe) fut le père de Wijima Pius, de ses frères Bolonjo (cf. ci-dessus 3.C.) et Ibuka Bernard. En 3.A. on voit l’autorité du vieux Bokilimba lors de la venue des agents de l’Etat à Bokena. Quand plus tard son petit-fils Wijima défendait les droits coutumiers contre l’administration coloniale et que les autorités officiellement constituées tel que Eanga (voir ci-dessus 3.F.) voulaient l’écarter comme étranger n’ayant aucun droit sur la terre, il proclamait son droit en se déclarant membre des Inkole Jomoto à part entière et en appliquant l’adage : Bukungu batambuna besenga bafaombuna (les arbres forts et durs ne m’ont pas brisé, les arbres faibles et mous ne me briseront point) ; c’est-à-dire : comme les anciens (par nature plus puissants et plus sages) m’ont accueilli comme membre et ont reconnu mon droit, ce ne sont pas les descendants (par définition plus faibles) qui peuvent m’écarter (26).
La situation locale rappelée ici est une application d’une règle de droit générale et de ses conséquences chez les Mongo, où se trouve plus d’une cas pareil (27).
3. Boyela
Les Boyéla font partie des Mbandaka en tant que branche féminine spéciale es Inkole. Cela provient du fait que le fondateur Boyéla était le fils de Mpembe fille de Yoka ya Bamala lui-même fils de Bokela qui était la fille de Ekenga, ancêtre des Inkolo. Cette branche est donc doublement féminine, ce qu’on nomme : jomoto ja jomoto dans la double application donnée dans mon Dictionnaire Lomongo p. 899 no° 1 et 2. On la dit parfois aussi jomoto ja nkasa (cf. ibi. p. 900 et 1456). Cette dernière application à ce cas n’est pas correcte. Car Boyéla était issu d’un mariage de sa mère avec un homme de Bondo (Eleku). Mais il peut s’expliquer par le fait qu’il avait complètement rompu avec son clan maternel, au point que le nom de son père (Engbanjala) était à peine nommé. Cela explique aussi que son fils Ibuka a pu être reconnu par ses oncles maternels et les autres patriarches comme chefs de tous les Mbandaka locaux avec l’inclusion des Eleku, de sorte que les premiers Européens l’ont pour ainsi dire naturellement désigné comme le premier chef médaillé et qu’à sa suite ses frères et fils ont reçu l’autorité de chef (ordinaire) : Bolukandoko, Bangwende, Mompempe Charles, Boyéla Henri.
4. Nkole
Les Nkole, dont il est question ici, sont des Riverains d’origine étrangère eux Mbandaka. J’ignore s’ils font partie des autres Nkole riverains de la Ruki-Loilaka et parents des Nkole de la Lokolo, affluent de la Loilaka. Je n’en sais pas plus sur leur langue ancestrale. Au temps que l’un des leurs venait me voir parfois à Bamanya, j’ai oublié de l’interroger sur ce sujet.
4.B. LES ELEKU
Les groupe Eleku de Mbandaka porte le nom de Basengo mais était habituellement désigné par celui de la tribu : Eleku. D’autres fois, il était confondu avec Boloko wa Nsamba tant par l’administration que par la mission catholique qui y avait fondé un poste pour desservir Coquilhatville en 1902 poste déplacé ensuite vers le nord là où se trouvent la cathédrale St. Eugène et l’archevêché. Lorsque les Boyéla se furent joints aux Eleku, ceux-ci furent aussi souvent nommés Boyéla, à l’instar d’ailleurs de toute l’agglomération.
Ces Eleku font partie d’un e tribu de véritables Riverains du Fleuve Zaïre, échelonnés sur ses bords en plusieurs villages, de l’amont en aval à partir de Lolanga à l’embouchure de l’affluent Lolongo (offic. Lulonga) ; d’abord sur la rive gauche : Bongata (a jadis habité la rive opposée, on le dit dispersé maintenant), Basengo (Mbandaka), Makoji (installés près des Wangata-Bongonjo et groupant Botsiandao, Wetankwa, Mbonjolo, Ikakema, clans éteints ou on cite les deux premiers représentés par quelque rare survivant établi parmi divers pêcheurs immigrés à Bolenge et Inganda). Au-delà de Makoji, vers l’aval : Ngombe près d’Ilebo (Irebu). Sur la rive droit, plus ou moins en face de l’agglomération Wangata-Ikengo se trouvent les villages Bakanga, Mpombo, Bonkombo et Bokonji. A L’embouchure de l’Ubangi habite la section Ilanga (transformé en Liranga). Sur l’affluent Lolongo se rangent (à la montée) Bokotola, Bonginda, Lobolo, Nkole, Boyeka. Sur la basse Ikelemba habitent les Bondo dont il a été fait mention au ch. 1.
L’extrait suivant du livre de Coquilhat se réfère clairement, du moins principalement, aux Eleku :
‘Les traitants d’Oukouti sont des colons venus peut-être de Loulanga ou d’Irebou. Ils sont moins féroces et plus accessibles que les aborigènes, et tandis que ceux-ci ont un dialecte particulier, les premiers parlent le Kibangi des Bayanzi et des Irebou’ (28).
Ces remarques concernant l’origine et le parler de cette population ne peut laisser de doute. Le loleku est trè proche des dialectes Bobangi et, surtout, Irebou (leurs parents directs). Quant à l’origine voici ce qui ressort de mes recherches : les Eleku se disent descendants de l’ancêtre Lombala. Leur parler est proche parent des autres dialectes riverains du Fleuve, que feu le P. De Boeck nommait Bangala-des-grandes-eaux (29). Tel qu’il se parlait dans le groupe de Mbandaka, il a été décrit dans le Vol. 7 de la série III des publications CEEBA de Bandundu en 1982. Les informations racontaient que la même langue était parlée par les autres sections (avec quelques différences minimes à Ngombe et Lilanga), excepté les villages de la Longo dont le dialecte est fortement influencé par le lomongo (ainsi qu l’atteste aussi ma propre documentation, sous les n° 397 et 398 (39) et les quatre de la rive droite dont la langue est franchement bobangi dans la forme du bas Ubangi ; cela appert de mes notes comme des communications d’informateurs venus de Mpombo, parmi lesquels le sculpteur Bosenja (Paul) (31).
Les informateurs Eleku visités chez eux m’affirmaient en outre que les messages du tam-tam lokole étaient battus par eux en langue mongo (32).
J’ignore quels sont leurs liens avec d’autres tribus riveraines. De toute façon ils ne se reconnaissent aucune parenté ethnique avec leurs voisins Boliki.
Dans le bassin de la Jwafa on connaît d’autres tribus désignées par le même nom Eleku. D’abord les Loonga et les Booya, riveraines des environs de l’embouchure de la Salonga et des bords de cette dernière rivière. Quelsques retardataires se trouvent sur la Ruki et la basse Loilaka (Momboyo). Les détails se trouvent dans la monographie linguistique citée ci-dessus. Leurs parlers diffèrent de celui du Fleuve. Ils sont assez proches des dialectes terriens voisins, mais de telle façon qu’il conservent certains éléments qui rappellent un état antérieur ‘riverain’ (33).
Le nom Eleku se trouve encore appliqué à deux subdivisions des Boyela (Bakela, Bakutu) : l’un sur la haute Jwafa, l’autre entre la haute Lomela et la Salonga dans les parages de l’ancien poste de Loto. Je ne connais aucune information qui indique quelque parenté avec leurs homonymes Riverains. D’ailleurs ils ont absolument la même vie, culture, langue que leurs voisins.
5. Les alentours
Pour avoir une meilleure vision de la géographie de la ville comme aussi des habitants dont elle a pris la place, je crois bien faire en présentant quelques détails sur les environs immédiats et sa population. Cette dernière se compose de deux tribus principales : Ntomba et Boloki Les Eleku ont été traités ci-dessus 4.B.
5.A. NTOMBA
1. En général
Comme il a été exposé (4.A.), les Mbandaka se rangent parmi les Ntomba de l’ancêtre Eanga. C’est ainsi qu’on différencie cette tribu des nombreux autres groupes, d’extension très variée, portant le même nom et répandus un peu partout dans le pays mongo. Ce n’est pas ici le lieu de nous attarder à rechercher les liens éventuels entre tous ces groupements. A part quelques cas auxquels on reviendra, on n’a pu jusqu’à présent trouver d’éléments comme l’a essayé Van der Kerken dans son gros ouvrage cité en note 10.
Les Ntomba d’Eanga sont frères des Bolenge (ancêtre Simba). Ces derniers subdivisés en Bofiji, Ikengo, Bokanja (Bonginji et Isaka), Injolo, comprenant chacun un nombre, grand ou petit, de ‘villages’. Leur localisation est au Sud et à l’Est des Ntomba, entre le Fleuve, la Ruki, la Boloko (Est), la Loba qui fait la frontière avec les Ntomba e Maloko de la zone de Bikoro (34).
Les Ntomba d’Eanga sont divisés en deux sections :
1. ilome (droite) comprenant Bonsole, Ifeko et Bokala,
2. iaji (gauche) Ikengo, Wangata et Inganda (qu’on nomme mère, tout comme la section du même nom chez les Boleng-Bofiji).
Les mots ilome et iaji sont en rapport étymologique évident avec les substantifs qui désignent mari et épouse (35).
Il y a des discussions au sujet de l’appartenance des Ekele proches du ruisseau Feela : Ntomba ou Bolenge.
Dans l’énumération de divisions Ntomba, on omet Mbandaka, sans doute parce qu’ils sont d’extraction étrangère, peut-être même, d’après certaines informations, d’ascendance esclave (36).
Selon les traditions et surtout d’après la comparaison dialectale, ces Ntomba (et leurs frères Bolenge) ont des parents vers l’amont des affluents. Ainsi les Wangata d’Ingende, les Ntomba de la Jwale affluent de la Loilaka, les Ionda limitrophes. Des retardataires dans la migration se trouvent sur la Lolongo : Inganda et Bombwanja. Sur la base des dialectes, on pourrait y joindre les Bonyanga d’entre Ikelemba et ‘Busira’ ainsi que les Injolo de la Salonga-Loilaka. Quant aux Ntomba de Wafanya, on ne peut avancer une parenté en l’absence d’arguments solides.
2. Wangata
Sur les Wangata, on trouve une quantité de détails dans les publications des premiers Européens, puis dans la monographie du gouverneur Engels déjà citée (note 34). Voici le peu que mes documents peuvent ajouter.
La section des Wangata limitrophe des Mbandaka est connue sous plusieurs noms.
Pendant les premières décennies de mon séjour à l’Equateur, on parlait couramment de Bongonjo j’ignore si s’est le nom d’une fraction ou, plutôt, de la colline où se trouvait le village à cette époque et d’où l’on avait une belle vue de la cathédrale. (A cette même époque, à Kinshasa, on désignait Coquilhatville sous le nom de Wangata).
On appelle ce groupe aussi mais de moins en moins Wangata w’ibonga, à cause du voisinage du poste de l’E.I. (ibonga : poste européen), pour la distinguer de la section principale dont celle du bord du Fleuve a fait sécession avant la venue des Blancs et qu’on appelle couramment Wangata w’ajiko (d’en haut, car les bords des cours d’eau sont situés plus en bas, ce qui est exprimé par nse ou les dérivés banse et lonse.).
Parmi les sections de ce groupe, on cite Bekakalaka et Bonsanga (jomoto).
Dans la section proche du Fleuve on distingue les clans Nkamba (descendants de Ndangi et Nsamba) et les familles issues de leurs sœurs Mpenge et Bonyoma (jomoto). Cette dernière se nomme Ikoyo ; c’est à elle qu’appartenait Ikenge qui le premier, a accueilli les Européens. La famille de Mpenge avait pour patriarche Nsongatungi, dont il est beaucoup question dans les traditions et que Coquilhat mentionne sous le nom Soka-Toungi (37). Tout ce groupement est dit descendant de Ndangi ea Totswa, grand-père des aïeux cités ci-dessus, et conducteur de la migration à partir du ruisseau Bonkele.
Je n’ai pas les noms et les sites des domaines fonciers des ns et des autres.
Selon les informateurs de Mbandaka, leur limite avec les voisins Wangata est formée par le marais-ruisseau Itolo en aval de l’ancien abattoir et du nouveau grand marché.
3. Ifeko
Le groupe Ifeko -souvent orthographie Ipeko est le puîné des Bonsole et donc deuxième parmi les Ntomba. Leurs domaines touchaient immédiatement à ceux de Mbandaka. Ceux-ci (Inkole) indiquent comme limite le marais Bongolo-Botemao-fankele, qui sépare les quartiers Bakusu et ex-Bruxelles de la plaine d’aviation avec le quartier Air-Zaïre. Mais ils ajoutent que la terre ferme attenante leur appartenait aussi. Pour ma part, je crois qu’il s’agit de terrains cédés par Ifeko aux Mbandaka Inkole. Quoiqu’il en soit, on sait de part et d’autre qu’il y a eu pas mal de contestations à ce sujet (cf. ci-après ch. 6).
En 1957 le catéchiste Baendanei Pius (de Bokala) ma’a raconté que la limite se trouvait en plein sur la terre Bafake, les Inkole occupant la partie proche du marais précité, de sorte que le terrain des concessions des Européens Baert et Lenoir appartenait aux Mbandaka. Voici son récit : ‘Lorsque nous étions jeunes nous passions souvent par là et y trouvions les huttes provisoires dans les champs de Mbandaka. L’une des femmes était très connue parce qu’elle était fort active et y possédait beaucoup de champs. Elle s’appelait Ntulama. Notre sentier de Bokala traversait le marais Bonkosa wa Yokoya pour déboucher dans la forêt Bafake et les champs des Mbandaka (38)’.
L’informateur explique qu’une bifurcation du chemin menait au ruisseau Bongolo vers le milieu du hameau Bolaka face à l’abattoir, de là au ruisseau Botemaofankele qu’on traversait environ au pont actuel ; ensuite le sentier longeait le bord de ce marais, puis obliquait pour traverser l’agglomération d’Inkole et aller à la ville en passant par l’emplacement de la prison actuelle. Ce chemin était nommé Mbok’ea Nkoso (chemin des perroquets, à cause d’un Européen qui avait des perroquets). L’informateur ajoute qu’il suivait suivent ce chemin en venant de Bokala visiter sa tante maternelle Iombe épouse de Ntulama des Inkole, surtout après le décès de sa propre mère (39).
Les Ekombe se trouvaient déjà à Ikonda, tandis que Inkole était en plein déménagement. A cette époque, il avait 8 à 10 ans.
D’autres témoignages maintiennent la limite à la pente (nsafwelo) du marais. Plus loin vers l’ouest, en direction du Fleuve, on cite comme limite avec Mbandaka Ekombe : le ruisseau du marécage entre la vieille cité et le quartier Air-Zaïre.
Avec Wangata-Bongonjo la limite était le demi-marais (jwinji) Mbokibonga (chemin vers le poste) dans lequel coule le ruisseau Lokombo (son affluent Ontokee cf. plus loin).
Pour Wangata w’ajiko, le catéchiste Baendanei (précité) donnait comme borne un arbre Dracaena planté dans le grand marais Elanganya lokaji sans cours d’eau, source de nombreux autres marais et ruisseaux tels que Isambe, Balongobanto, Isondange.
Plus loin, la limite se trouvait au milieu de l’Isambe, plus ou moins à mi-chemin des deux groupements. L’étang (etsima) de Emonkolo, á droite du sentier, appartient encore aux Ifeko, selon le témoignage de Baendanei.
A l’Est, les terres d’Ifeko touchaient à celles des Riverains. Mais les informations sont incertaines, voire contradictoires. Ainsi, on dit que les éléments d’Ifeko groupés sous le nom de Bolaka près de l’abattoir habitaient sur le domaine de Boleke. D’autres sources attribuent ce site aux Bokoto. Le plus sûr me paraît l’explication donnée ci-après au sujet du domaine Ekombe. Ce n’est pas le seul cas de divergence au sujet des propriétés foncières. Pour ce cas particulier, on peut invoquer aussi la situation frontalière de cet endroit, à la limite de trois domaines. Pour le reste on peut se référer aux Boloki (pp. 46-56).
De toute façon, les habitants étaient connus comme membres du clan Lolungu conduits par Jukulu (Martin) avec leurs clients et esclaves (tels Bonjolo fils de Ngong’ea Ngombe, acheté par le patriarche Ngolo Ejim’okonda). Ils avaient d’abord habité sur la terre Bafake plus près de la source Loolakaji.
Voici les clans qui composent Ifeko, selon le sculpteur Ngombe Benoît : Lolungu, Boyela, Embele, Bompanga, Bonsombe.
Le même témoin ajoute : Bonsombe n’a d’autre lien de parenté avec Ifeko (et le reste des Ntomba) que l’alliance likilo. Ils seraient même premiers occupants. Tout comme le cas mieux connu de Bokala (pp. 56-62) ils seraient arrivés suite à une grave affaire criminelle exigeant une indemnisation de mort (mbalaka).
Tout l’actuel Ifeko habite sur la terre des Bonsombe. La limite ancestrale entre ceux-ci et les Ifeko proprement dits se trouve au milieu du village, les Ifeko possédant la partie méridionale en direction de Wangata. De l’autre côté la limite entre Bonsombe et la division Lolungu est concrétisée par le marais Loolakaji.
Il est donc normal que le patriarche Bonkole affirmait que les Bonsombe dépeçaient et partageaient les léopards capturés entre eux seuls. Signe de leur indépendance totale.
Parmi les propriétés de Bonsombe, on cite les terres Babyakala (actuel aèrodrome) et Lokuku (ancien aèrodrome, quartier Air-Zaïre). La terre Bafake, entre les marais (et forêts) Loolakaji et Bonkosa, est la propriété du clan Lolungu, le ruisseau Loolakaji formant la limite avec Bonsombe.
Entre ce marais et la terre Lokuku se trouve le lieu où se tenaient les assemblées pour régler les différends entre Boloki et Nkundo (yangelo ea nkuko, comme s’exprimait Nsaka en février 1954). On y concluait la paix par le pacte solennel de non-agression (impoto ou bonsonga) (40).
D’autres domaines signalés dans mes fiches sont d’abord Ekombe, entre les ruisseaux Ontokee et son affluent Ingolo ; leurs eaux rejoignent le ruisseau Lokombo dans le marais Mbokibonga, cité ci-dessus comme limite, ainsi que l’indique son nom, avec Bongonjo. Aucune subdivision d’Ifeko n’est donnée comme propriétaire de cette terre.
Ensuite, de l’autre côte, vers l’Est, se trouve Ekokombe, situé entre les ruisseaux Bongolo, Bonkosa et la pointe méridionale de la bifurcation de la toute vers la ferme de Bolaka et celle ers Bamanya. Il est donc limitrophe des terres Bokoto, Boleke, Boyeka, Bokala (Boeke). Ma fiche ajoute que cette terre se compose de deux sections : ea ntale (longue) et yuwe (courte), la première limitrophe de la forêt et du marais Bokosa, la seconde le long de la route où se situent les villages Bolaka et Lifumba. Une autre information ajoute que l’emplacement de Boangi près du chemin vers la ferme de Bolombo porte le même nom.
L’informateur Batuli refusait de reconnaître la propriété d’Ifeko sur cette dernière partie, prétendant qu’elle avait toujours appartenu aux Boloki. Mais des renseignements plus crédibles (Bokole de Bokala-Wangata et Nsaka capita de Boyeka) maintiennent le droit primitif d’Ifeko et l’achat par Boningo de Boyeka-Boangi.
5.B. BOLOKI
1. Les composantes
Les Boloki sont essentiellement riverains d’origine, de vie, de culture. Ils sont installés le long de l’affluent ‘Ruki’ en amont de al ville. Sur le terrain de la ville même, nous avons déjà rencontré une section : les Bongoi (ch. 1) qui après la venue des Européens ont rejoint leurs frères à Lolifa (cf. ci-après).
Voici la liste des villages, rangés selon leurs emplacements anciens, en commençant par l’aval : Bantoi, Bongoi (partie), Botoko, Bokoto, Ikaka, Boleke, Bosoto, Boyeka, Boangi, Bolombo, Lolifa, Bilongo, Mpombo, Ntomb’e’aala, Bamanya, Mboko. Ntomb’e’ealal était appelé aussi Ntomb’ea Maala. Un autre nom de Bamanya est : Ntomb’ey’aongo ou : ey’aong’a ndomba, allusion au port avec le marché.
Ces divers villages comportent des subdivisions, parente-les mais souvent aussi clans autonomes (les documents ne permettent pas de faire toutes les distinctions). Ainsi Bamanya : Bokanda, Nkole et Mboko. De même Bokoto : Wenja, Baseka Nyampala, Baseka Iloko, Ekonda, Mbala, Etoonjolo, Bongandala. Pour Boangi ma fiche porte : Impumba et Isukoto, à côte de Boangi proprement dit ou Baseka Efelo, Lolifa est composé de deux sections, chacune avec des subdivisions : Ndongo (Euku, Ikatankoi, Lofosola, Mbata, Bakaala) et Bosonga (Bombwanja, Bongoi, Bombomba, Bokungu). Parfois Bongoi est classé à part. A présent les membres de diverses familles peuvent habiter avec une autre famille ; ainsi Ikomo fils de Bondoi des Bongoi habitait avec les Bakaala. Comme il a été signalé ci-dessus (ch. 1), une partie des Bongoi était installée avec les Mbandaka où se situe maintenant l’archevêché.
Les degrés de parenté entre les divers groupes Bloki varient selon les cas. Ainsi, on dit les deux Ntomba très proches parents. Le capita Nsaka Eugène m’a raconté que les ancêtres de Boangi et de Boyeka étaient sœur et frère.
Le classement donné ici peut être discuté ça et là. Ainsi les Bilongo sont une fois groupés parmi les Lolifa et une autre fois avec Mboko. Voire les deux ensembles peuvent être présentés comme faisant parie de Lolifa. Il N’est pas exclu Que l’incertitude provient des changements de résidence. Bilongo a habité un temps en face du groupe sur la rive droite de la Bonkele, où la mission de Bamanya a installé plus tard le lazaret des trypanosomiés. D’autre part, Mboko habitait sur la rive gauche la ‘Ruki’. Pendant les longues années que je faisais souvent le trajet Coquilhatville-Frandria, l’emplacement cité ici en dernier lieu était soit inhabité soit occupé par des étrangers (trafiquants, pêcheurs, coupeurs de bois). Plus tard, les Mboko y sont retournés en se séparant des Lolifa. Grenfell et von François ne mentionnent pas Mboko, mais je crois que l’indication 100 sur le croquis de la p. 102 se rapporte à ce même village trouvé là lors de la première exploration (41).
Enfin, à côté de ces groupes, on cite parfois Bonsombe. Mais c’est probablement une division de Boyeka.
2. Démographie
Selon les documents laissés par les premiers agent de l’E.I. et par la mission de Bamanya, la région Boloki était très peuplée. Les lettres des missionnaires en donnent des estimations. Dans une lettre du 18.8.1904 publiée par la revue Het Missiewerk 1 (1904) 103, le Frère Valentinus Bogaert écrit à sa mère que les villages riverains ont été très populeux, mais que la maladie du sommeil les a presque éteints.
Dans l’histoire de la mission, la même revue 2 (1905), p. 6 donne les chiffres suivants, à partir de Coquilhatville vers Bamanya par la rivière : Boyela (Mbandaka Inkole) 300 habitants, Bantoi 100, Bonsoto 80, Boyeka 300, Boangi 300, Lolifa 400, Bamanya 70.
Comme annexe, copions encore les chiffres d’autres villages de la région, cités dan la même étude historique (p. 64) ; Ifeko : environ 1000, Wangata (clairement w’ajiko) 800, Bonsole 900.
La population a été très décimée d’abord par la maladie du sommeil ensuite par la variole et al grippe, enfin par la dénatalité. Dans l’historique de la mission de Bamanya publiée par Het Missiewerk II, on lit (p. 6) que les premiers cas de variole ont été constatés parmi le personnel de Jardin Botanique d’Eala. (L’exode rural a agi ici comme partout ailleurs, mais plus tôt qu’ailleurs, à couse de la proximité de la ville).
Comme adultes survivants masculins - car les filles sont rangées dans la famille des maris on cite les chiffres suivants, vivant parfois avec d’autres sections dispersées dans les centres européanisés : Bantoi 5, Bongoi 1, Bokoto 1 (2 autres sont proprement Nkundo), Bilongo1, Boleke 1, Bosoto 2, Boangi 3, Bolombo 1 (vivant à Boyeka). Botoko, Ikaka, Mpombo sont donnés comme éteints. Bamanya est encore présent par un homme (résidant avec les Bonsole, aînés des Ntomba, cf. 5.A.), ensuite par les fils et petits-enfants de Bosolo Louis. Des autres frères, il n’y a que des descendants féminins (42).
A cause de la dépopulation, des familles se sont regroupée set rassemblées. Celles qui étaient fixées le plus vers l’aval se sont jointes aux Bantoi là où ceux-ci vivent à présent. Les survivants de Bolombo vivent avec Boyeka et Boangi.
A bien regarder, les Boloki sont vraiment réduits à la plus simple expression. Et cela malgré la présence de nombreux descendants d’étrangers acculturés (alliés, clients, esclaves). On en cite plus d’un exemple. Tel celui-ci. Une femme prisonnière d’un raid dans la région de la Luwo est épousée par un homme des Bolombo et ainsi affranchie. Son frère Engomoteko, forgeron de son métier, la rejoint à titre moitié de client moitié de parent par alliance. Ses enfants et leur descendance font maintenant parfaitement partie des Boangi.
Avec la colonisation, des pêcheurs venus du Fleuve (Lokele) ou de l’affluent Ngiri (surtout Libinja, devenu progressivement le nom générique pour tous ces immigrants) sont venus habiter avec les Boloki, d’abord provisoirement comme dans un campement, puis définitivement, tout comme la colonisation de l’intérieur s’est passée le long du Fleuve en aval de la ville, submergeant ainsi les habitants autochtones Eleku et Ntomba (Inganda et Ikengo). La présence nombreuse de ces pêcheurs a sa répercussion sur la photographie aérienne de Coquihatville (1951-1955) : l’agglomération Boyeka Bantoi est marquée comme Libindja.
Un autre cas est rapporté de Bokoto. Un certain Bompanje, donné comme ‘père’ de Bute (cf. ci-devant), avait acheté un esclave sur l’Ikelemba chez les Ngombe Bongolekota (les rares survivants ont été regroupés avec les Boyenge). Le fils Lomboto Louise a été incorporé dans le groupe Bokoto, mais après leur dispersion, il s’est fixé à Lifumba (cf. ci-après 6) auprès d’autres habitants d’origine terrienne.
3. Les emplacements
Les emplacements traditionnels, tels qu’ils se présentaient à l’arrivée des premiers Blancs, sont clairement marqués sur la carte de Vangele (déjà mentionnée en I). Les voici, la graphie rectifiée entre parenthèses : Montoei (Bantoi), Bokoutou (Bokoto), Moleke (Boleke), Mossoto (Bosoto), Moyeka (Boyeka), Woubangi (Boangi), Bolombo, Mokongou (Bokungu), Bokala (probablement Bakaala), Wounbanza (Bombwanja), Katankoei (Ikatankoi). Les quatre derniers sont groupés sous le nom générique Loliva. En face du dernier groupe sur la rive droite de la Bonkele (appelée Botako sur la carte, j’ignore pourquoi) un rectangle indique un emplacement non nommé mais qui correspond exactement au lieu, qui selon la tradition, était occupé par Bilongo, peut-être aussi par Mboko.
Les groupes Lolifa ont habité plus ou moins serrés ou distancés selon les époques. Ma fiche indique : jadis ils étaient unis sur le même terrain , maintenant (1954) ils sont séparés en deux villages, le grand au confluent de Bonkele avec le bras de ‘Ruki’, le petit entre le grand et Bamanya, au bord du lac. La carte de Vangele les présente aussi nettement séparés.
Bolombo a été exterminé par l’expédition punitive de l’Etat (43). Les rares survivants ont trouvé place avec les Boangi (à la rive ou à l’intérieur) ou dans la ville.
La lettre d’un missionnaire de Bamanya (1904) décrit la situation ainsi : A partir de l’aval d’abord Bantoi (je conserve la graphie), puis à la suite : le jardin botanique d’Eala, remplaçant Bonkoto écarté vers l’amont avec le chef Eala, Bonsoto, Boyeka et Boangi, séparés simplement par une haute haie clôture pour réduire les guerres fréquentes entre ces deux villages qui s’attaquaient par dessus la haie. Enfin Bolombo et Lolifa (44).
Pour les groupes de l’aval, voici l’échelonnement selon la tradition pleinement conforme à celui de la carte mentionnée : Bantoi, Bongoi, Botoko, Bokoto, Boleke. Ils habitaient où se trouve le Jardin Botanique d’Eala. Depuis leur évincement, ils ont été regroupés à la rive sur les terres de Bosoto, sous le nom global de Bantoi.
Aval cela, Bokoto s’était fixé vers l’actuelle bifurcation Bamanya-Boyeka et l’école vétérinaire ; leur elali (ancien emplacement) s’y trouve encore.
4. Les domaines fonciers
Les domaines fonciers se trouvent normalement où habitent les propriétaires. J’ai encore pu réunir une certaine quantité d’informations sur le site coutumier des terres, leurs limites et leurs propriétaires.
Selon Bokilimba Wijima (Pius), la limite entre son clan Omoto des Mbandaka-Inkole et les Boliki était la plaine herbeuse (esobe) Ikongowasa, puis les ruisseaux Ngoolo et Bonkoto proches du Jardin Botanique d’Eala. Plus loin, la limite était formée par le sentier de la terre nommée Mbokoleke, divisant les forêts Bongolo (Ouest) et Besoi (Est). C’était la limite avec Boleke, à partir de l’entrée du Jardin d’Eala. Plus près de la rive se trouvait la terre Bantoi. Feu le catéchiste Baendanei (Pius) (de Bokala-Bongamba) m’a confirmé que la propriété des Boleke s’étendait loin à l’intérieur ; l’abattoir et le hameau Bolaka, établi en face mais disparu depuis plusieurs années, se trouvent sur l’ancien fonds Boleke. C’est là que les Bloki touchaient aux terres d’Ifeko d’un côté et de Mbandaka de l’autre (direction de la rivière).
Au sujet de l’extension des terres de Boleke, mes fiches disent : Leur fonds se trouvait entre le ruisseau Bamelempaka et les terres de Bokoto, puis le long de la route vers Boyeka plus ou moins jusqu’à la bifurcation (celle de Bamanya ou celle d’Eala ?). La terre attenante au village Lifumba jusqu’au puits d’eau Is’Ikwata. Tout cela n’est pas très clair, surtout vis-à-vis des voisins Bokoto. Il n’est pas exclu que cela tient au fait que des terres ont été acquises par ce nommé Is’Ikwata, esclave des Boleke (cf. ci-après, ch. 6).
Sur Ikaka mes notes ne donnent d’autre renseignement que le fait qu’ils vivaient ensemble avec Boleke, comme s’ils n’avaient pas de limite entre eux.
Bokoto, établi à la rive où se trouve le Jardin Botanique, avait une propriété foncière s’étendant vers l’intérieur, jusqu’où se situe à présent l’école vétérinaire et à la bifurcation Bamanya-Boyeka. C’est là qu’ils se regroupèrent quand ils furent délogés à la rive pour faire place au Jardin. Mes fiches ajoutent que le hameau Bolaka, établi quelque temps à la bifurcation vers l’aérodrome, se trouvait sur les terres de Bokoto (cf. 5.A.3.).
Pour la petite histoire, il est intéressant de rappeler que le nom donné au jardin est calqué sur le sobriquet de Ndambola, fils de Nkombo et frère aîné de Bute Jos. (vivant à Bantoi) de la famille Mbala. Cet homme avait reçu le surnom Eyala pendant son service militaire. C’est lui qui fut la (une ?) sentinelle du jardin à son début. La légende raconte que ce nom lui avait été donné à cause de ses grands pouvoir magiques (bofilo). On pense que c’est sa sorcellerie qui a tué ses ‘pères’ et que la peur qu’il inspirait poussait les voisins à mettre leurs enfants en sécurité (lisangya), à l’abri de ses maléfices. Bute se rappelait avoir été parmi ces enfants réfugiés à Ingende. Eyala est décédé suite à une épidémie (longombe) probablement la variole (cf. ci-dessus 2) et enterré à la rive d’Eala sous un grand kapokier (bosongu).
Bosoto possédait le terrain à la rive où se situe l’actuel village Bantoi. A l’intérieur, il s’étendait le long de la route de Boyeka, jusque plus ou moins à la bifurcation Boyeka-Bantoi, puis au-delà du marais Ibinja (dont l’amont appartenait à Boyeka et l’aval à Bosoto) entre celui-ci et le marais Bakelempaka, englobant une partie des terres occupées actuellement par le village Lifumba. Sa limite avec Boleke se situait environ à la bifurcation Eala-Bolombo et au cimetière de la ville.
La parti principale de cette terre, du marais Ibinja à l’emplacement actuel du village Bantoi, s’appelle Iket la Longosa.
Boyeka et Boangi étant frère et sœur n’avaient pas de séparation sur le domaine foncier. Celui-ci, nommé Byengete, est situé à côté du terrain de Bosoto, jusqu’à à ancien chemin reliant la station expérimentale actuellement ferme de Bolombo au jardin botanique d’Eala. Il était commun. Mais un jour, il fallut procéder à une certaine division à cause des descendants qui commençaient à faire des difficultés (cf. ci-après ch. 6).
Dans le village même, il existait une limite, évidemment ; car partout en pays mongo les habitations sont établies strictement selon l’ordre hiérarchique de la parenté ; qu’on se rapporte à mon étude citée en note 4. Pour ce cas spécial, on peut relire le numéro précédent.
Bolombo avait son domaine où le village était construit. Ce qui coïncide avec l’actuelle ferme qui a hérité de son nom, sur la terre Bensenge. Les informateurs ajoutaient : la limite occidentale se trouvait plus ou moins où a été établie la clôture de la ferme.
Lolifa possède les terres autour des agglomérations, entre ruisseau Bonkele et le marais Boteko qui les sépare des Ntomb’e’aala. Vers l’Ouest, elles voisinent avec le domaine de Bamanya à distance du marais Ikakaji.
A l’extinction de Mpombo, leurs terres ont été héritées par le grand Lolifa (Ndongo). Leur situation ne m’est pas connue.
Bilongo avait son domaine en face de Lolifa, entre les ruisseaux Bonkele et Nsoji, sur une sorte de presqu’île où après leur départ, la mission catholique de Bamanya a établi un lazaret comme dit ci-dessus et bien plus tard une prairie pour un troupeau de bétail, retiré lors de l’indépendance.
Sur les terres de Mboko, je n’ai pas de notes.
Les terres de Ntomb’e’aala étaient situées entre Bolombo et Lolifa, plus précisément sur une espèce de péninsule large qui prolonge la terre Bensenge où se situe pareillement la ferme de Bolombo, le long du chenal de la Ruki vers l’amont. Quant à leurs droits sur le terrain Byomala, on peut voir ci-après 5.C.
Bamanya n’avait qu’une petite propriété comprenant le marécage Ikakaji et les terres fermes attenantes. Ce domaine se situe près du ruisseau Bonkele en aval du port et s’avance assez loin à l’intérieur, avec une des deux pointes prise dans la propriété de la mission. L’autre partie de la terre ferme est comprise également dans la propriété de la mission, hormis une bande longeant la rive. La limite avec Bokala ou Bamanya b’okiji était signalisée par un énorme kapokier, à environ 500 m. du port.
5. Les origines
Au sujet de l‘origine et de l’histoire des Boloki , j’ai très peu de renseignements. Comme tous les Riverains de la région, ils sont venus du Fleuve remontant les affluents pour s’y fixer.
Une section importante des Boloki s’est fixée sur l’Ikelemba, en amont des Bondo (Eleku). En 1943, le catéchiste Raphaël Likinda m’a cité (en remontant la rivière) : ‘Bonjambi, Iteji, Ibanga, Bolomba, Boyenge, Landa, Bonjoo, Ntomba, Bombimba. Il ajouta : ces villages sont en voie d’extinction, remplacés progressivement par des Ngombe. Les survivants parlent ‘loloki’. Mais il n’a pas explicité si c’était le même dialecte que celui de la Ruki.
Il Y a tout lieu de croire que tous ces Boloki sont une sécession des Boloki qui habitent les rives du Fleuve en amont de l’embouchure de la Lolongo à Lolanga. Après les écrits du missionnaire J. Weeks (45), peu de choses ont été publiées à leur sujet. Ce que ce spécialiste ethnographe a consigné peut être appliqué aussi aux Boliki des environs de Mbandaka. Mais cela vaut pareillement pour la généralité des Gens d’Eau de ces parages, moyennant l’acculturation aux Terriens voisins, grâce aux relations multiples et fructueuses : mariages et marchés, d’où mélanges inévitables.
Peut-on déduire quelque chose du nom commun ? En soi-même, l’homonymie ne signifie pas parenté. Toutefois dans ce cas déterminé, elle est un indice, parce que le nom est rarissime, voire peut-être exclusif (personnellement je ne connais aucun autre groupe ethnique, petit ou grand, qui porte le même nom).
De la langue rien ne peut être déduit. Car, comme il est universellement constaté, le parler des Riverains se rapproche partout et de plus en plus de celui de leurs voisins de l’intérieur. Ainsi, les Boloki décrits ici parlent un dialecte qui ressemble très fort de celui des Losakanyi, avec lesquels ils ont cohabité jadis et dont il reste des descendants parmi eux (cf. plus loin 5.D.). Pour trouver quelque indice linguistique d’accointance avec les homonymes du Fleuve, il faudrait une recherche extrêmement profonde et détaillée de part et d’autre, qui n’a pas été faite et qui n’est pas prévisible.
6. Les villages annexes
En décrivant, à la suite d’une visite pastorale, les villages Riverains de la Ruki qui dépendaient de la mission de Bamanya, le Fr. Valentinus, déjà mentionné plus haut , ajoute dans cette même lettre, en parlant de Bonkoto, Boyeka et Boangi : ‘Chacun de ces trois villages possède un village d’esclaves, situé à quarante minutes plus à l’intérieur dans la direction de Bamanya’. Il vise manifestement les villages Lifumba et Boangi, établis le long de la route Mbandaka-Bamanya, entre la bifurcation vers Boyeka et Bokala. Ces villages sont encore connus par la tradition comme fondés par d’anciens esclaves et peuplés de leurs descendants.
Ceux de Bokoto ont habité sur les terres de leurs maîtres à l’actuelle bifurcation vers Boyeka. Dans la suite, ils se sont rangés avec les habitants de Lifumba.
D’après mes notes, Lifumba se trouvait anciennement où passe maintenant la route vers Boyeka et où plus tard a été établis la plantation d’essai de palmiers Elaeis, non loin de l’actuel cimetière de la ville. Plus tard, ils ont déménagé vers où ils habitent à présent, en partie sur les terres de Boyeka et sur celles de Bosoto (du côté de la ville), la limite se trouvant où a été bâtie la chapelle en briques. A côté se trouve une partie des terres de Boleke, à proximité de la source Is’Ikwata, sur la terre Ekokombe. Mais le jembo (dépression arrondie sur terre ferme) se trouve sur la propriété de Boyeka. Sur l’historique de ces terres, on reviendra au Ch. 6.
Le nom Lifumba donné à ce village provient, dit-on, du fait que les premiers esclaves établis là par leurs maîtres pour travailler la terre en vue d’augmenter la production vivrière (cf. ci-après ch. 6) étaient originaires d’un groupement portant le même nom, très probablement un des Lifumba du bassin de la ‘Lulonga-Maringa’.
Le village Boangi, situé entre le marais Bamelempaka et la petite pointe marécageuse que traverse le chemin vers Bokala, a simplement pris le nom du village des maîtres Boloki, limitrophe des Boyeka. Outre les premiers occupants leur nombre a été accru par les quelques esclaves survivants de Bolombo après la dévastation de ce village. A présent, il n’y reste que de rares individus, la dépopulation progressant là comme à Lifumba (et à Bokala).
L’endroit où ils sont fixés fait partie du domaine Ekokombe (cf. ci-dessus 5.A. 3 et ch. 6).
5. C. BOKALA
1. Les composantes
Ce village établis près de la mission de Bamanya sur la route de Mbandaka, à la bifurcation vers Lolifa, est composé de 3 clans exogamiques (46a) :
(1) Bokala proprement dit ou Baseka Efete (46b) ;
(2) Bonsole comprenant trois familles : Batonjwaka, Jwafa et Efunda (46c) ;
(3) Wangata composé de Bongamba et Bolombo (homonyme) d’un groupe Boloki (cf. 5.B.1) (46d).
(1) Bokla au sens strict n’est plus représenté que par des descendants de neveux, d’alliés, de clients, d’adoptés, etc. Dans ce sens, on m’a cité comme bana ba bibunanyi (enfants de sœurs) : Mbolokola, Bosambaende, Bosise, Bontongu, Isemele, Bolembo, etc..., voire des membres des groupes Wangata (Bonkole) et Bonsole (Ntange, Mpongo) (46e).
(2) L’ancêtre du groupe Bonsole, Jwafa avait capturé Jema, fille de Mpongo ea Mboloko de Boyela (près de Nkombo) les détails de cet événement ne se trouvent pas dans mes fiches. Le père ayant appris que Jwafa voulait prendre sa captive pour épouse s’opposa au mariage d’une esclave, il n’admettait qu’un mariage en règle entre personnes libres. Il porta donc à son gendre force cadeaux : animaux domestiques à titre de contre-dot (nkomi) et deux autres de ses filles au rang de bibisa (47). Ainsi Jwafa épousa les trois sœurs : Jema, mère de Yela et grand’mère de Batonjwaka ; Bompembe, mère de Bokonda et grand’mère de Jwafa ; Balelampunga, mère de Efunda.
A remarquer ici détail de grande importance juridique : le fils de la deuxième femme étant né avant celui de la première épouse est l’aîné de fait et sa descendance a conservé la primauté, nonobstant le statut de la mère (47). Les informateurs ajoutaient que ces faits se sont passés pendant qu’ils habitaient encore avec les Ifeko et que c’est pour cela que le léopard est porté dans cette famille.
L’ensemble des trois lignées se nomme également Baseka Jwafa, de sorte que ce nom est ambigu.
Une partie de cette descendance est demeurée sous ce même nom dans le clan Lolungu d’Ifeko dont ils sont une branche émigrée.
Les fils de Mpongo et le Bolingo des B. Efunda (Ntange Liévin et Mpongo Liévin) ont suivi à Bokala la sœur puînée de leur mère qui était l’une des nombreuses épouses de Bompéndélongo (senior) de la lignée Jwafa (47b).
(3) De chacune des deux familles Wangata, j’ai connu un survivant âgé : Bonkole Stéphane pour Bolombo, Baendanei Pius pour Bongamba (ces deux personnages ont été déjà cités plus d’une fois avec leurs informations précieuses). Aucun d’eux n’a laissé de fils, le second seulement une fille, dont les descendants sont dispersés dans le villes. Ainsi, ces lignées sont éteintes juridiquement, mais on s’y réfère encore par le truchement de leurs anciens clients et esclaves.
Ainsi, on cite le cas suivant : Inkala fille d’Ejim ‘Ilembu et de Nkanga (sœur d’Engasa et fille de Batonjwaka) envoya à son oncle maternel Engasa un esclave obtenu grâce à son mariage avec un homme d’Inganda.
Un autre exemple (noté le 27.9.1953) : Un esclave de Katam (Joseph), petit-fils de Btonjwaka par sa mère, était à force d’initiative et de travail parvenu à amasser la dot pour épouser Nsongo. Cette femme avait un fils qui fut adopté chez les Bokala de même que son fils, héritier de ses droits d’usufruit du sol (décédé depuis).
Après l’indépendance un groupe de pygmoïdes est venu s’adjoindre ; ce sont des anciens travailleurs de la mission et d’entreprises européennes.
2. Localisation
Lors de l’arrivée des premiers missionnaires catholiques à Bamanya (en 1895), le village de Bokala tel qu’il est décrit ci-dessus était attenant à Bamanya (on l’appelait aussi Bokala w’amanya) comme prolongation de la rue, la limite étant concrétisée par un gros kapokier que j’ai encore connu, à environ 500m. du port, au milieu du village et de la mission. A la hauteur de l’église actuelle, la rue faisait une courbe vers le Nord et les habitants s’étendaient jusqu’au convent des sœurs. Un grand bokanga (Amphimas), se trouvant plus ou moins à la hauteur du chœur de l’église, et qui n’a disparu qu’abattu par une tornade vers 1953, était issu d’un pieu de la maison du chef, voilà ce que m’a raconté le notable Bonkole, petit-fils de ce patriarche.
Ce notable, capita de Bokala, m’a raconté (31.1.1954) que la construction en question était l’ingomba (maison de réception) de son grand-père maternel j’ai oublié de noter son nom et que sa mère y avait été enterrée. Lui-même n’a plus connu ce grand-père, car celui-ci est mort quand Bonkole était encore un bébé, peu de temps après la fondation de la mission. C’est ce même patriarche qui avait fait vider la maison d’une de ses femmes en face de l’ingomba pour servir de logement provisoire aux missionnaires. Tout cela l’informateur l’a appris de ses tantes paternelles, son père étant mort jeune avant d’avoir pu tout lui raconter.
Peu à peu, les Bokala se sont éloignés de la mission dont ils gênaient la tranquillité et l’extension agricole. Ils se sont fixés près du marais Bonkosa où se trouvent encore de hauts palmiers Elaeis montrant les anciens emplacements à la hauteur des sources des ruisseaux Bekolongo et Ibebola. Après la construction de la route carrossable, ils s’y sont déplacés.
Le même Bonkole racontait que la limite avec les Boloki se trouvait entre eux et la ferme de Bolombo. Bongota Louis et Efele Léo ajoutaient : un peu au-delà du gros arbre bondéngé (Annonidium) où Emeka Paul avait ses champs (1954). Le chemin à partir du nouvel emplacement, après le départ de Bamanya, passait derrière l’actuel village et la maison de Boketu (16.5.1954) ; de là on laissait sur la gauche le petit marais, puis le sentier se situait plus ou moins où se trouve l’actuelle bretelle vers la ferme. Ensuite il traversait le ruisseau Ioko ; au-delà se trouvait la bifurcation : á gauche vers Boyeka, à droit vers Boangi. Cette bifurcation était appelée Baasa parce que c’est là que furent enfouis les cordons ombilicaux des jumeaux de Nsono, femme de Bosanga Nkaloki des Boangi. L’informateur complétait que le terrain acheté par Bombilo se trouvait à gauche du sentier, serré contre le petit marais.
Il ajouta comme parenthèse que près de ce sentier, derrière la maison de Boketu précité, se trouvait la tombe d’une femme décédée en chemin. Le nommé Bongota avait aidé à l’enterrement. En ces temps, la mission était déjà établie à Bamanya.
3. Histoire
L’histoire traditionnelle tient que le plus vieux noyau de Bokala, tel que se présente ce village actuellement, est formé par les trois familles Bonsole. Selon Bonkole, ils vinrent par Ifeko. Ils avaient d’autant plus de facilité de s’établir qu’une famille de Bamanya, Ikende, était apparentée au grand groupement Bonsole.
Dans la migration de ces trois familles Bonsole, un point ne m’est pas claire. Sont-ils venus tus en même temps ? La documentation ne fait pas de distinction. Mais d’autre part, vu les généalogies, j’ai l’impression qu le groupe Efunda est venu plus tard que les deux autres déjà installés près de Bamanya (ci-dessus en 1 au sujet des fils de Mpongo venu rejoindre leur tante).
Les deux lignées Wangata étaient apparentées aux Bompanga d’Ifeko et alliées aux Bonsole. A leur arrivée prés de Bamanya les familles Bonsole déjà installées leur cédèrent une partie du terrain et fixèrent les limites comme s’exprimait Bonkole le 31.1.1954.
Selon Ngombo Benoît d’Ifeko, le groupement Bokala au sens strict était esclave des Wangata. Ils habitaient jadis derrière l’agglomération de Bongonjo, au lieu dit Ikoetamba. A cause d’une bataille pour laquelle ils devaient payer une indemnisation de mort d’homme (mbalaka), ils s’enfuirent pour se réfugier auprès des Bonsole qui leur cédèrent la terre Belaka d’Ionda, à côté du marais Bamelempaka ; elle est demeurée leur domaine, comme l’expliquait Bonkole (20.9.53).
4. Les domaines fonciers
La situation n’est pas entièrement claire, tant à cause de l’extinction de certaines familles dans la ligne directe, que par la cession de parties à la Mission de Bamanya. Pourtant, je crois pouvoir présenter un tableau relativement objectif :
a. Les familles Wangata possédaient le terrain Byombo, entre l’Ikeji ya’Ba (ruisselet du palmier), la pointe occidentale du marais Ikakaji et la route vers la ville. Cette terre était divisée en deux moitiés sensiblement égales selon une ligne Nord-Sud, la partie occidentale pour Bongamba, l’orientale pour Bolombo. Ce terrain a été cédé en entier à la mission.
La petite forêt Bensenge une autre, du même nom mais plus grande, a été signalée au ch. 5.B.4 est située entre la source du marais-ruisseau Boteko, l’Ikeji ya’Ba et une ligne approximative joignant ces deux points. Elle touche ainsi au terrain Bakengeleke. Elle est la propriété indivise des deux lignées Wangata. A peu près la moitié de cette forêt a été englobée dans le terrain de la mission.
b. La propriété des Bonsole consiste dans la terre Bakengeleke située entre d’un côté les marais des ruisseaux Bekolongo et Bonkosa, de l’autre la terre Byombo (ci-dessus a.) ; la partie septentrionale comprend les habitations de Bokala. Chacune des trois lignées possède une partie du terrain, avec des limites précises. A présent, une grande partie est occupée par le pâturages de la mission, ses bâtiments, les écoles, etc...
Aux anciens propriétaires reste l’extrémité méridionale, les bords du marais et le site du village avec ses abords, de part et d’autre des maisons.
Enfin la forêt Boeke appartient à la famille de Batonjwaka des Bonsole. Elle se trouve d’une part entre le petit marais qui sépare Bokala et Boangi de l’intérieur, d’autre part la ferme de Bolombo et le chemin qui y mène, la limite méridionale étant constituée par le marais Boteko. Cette terre a fait l’objet de tractations financières. Il en est donc question au ch. 6.
c. Bokala proprement dit avait reçu des premiers occupants la forêt Belaka l’Ionda, entre le marais Bamelempaka et la terre Bakengeleke nommée ci-dessus (b).
Il convient pourtant d’ajouter que selon une de mes fiches, ce terrain appartiendrait à Eale, de la lignée Jwafa de Bonsole (b). La situation n’est pas tout à fait claire. Il faudrait entre-prendre une nouvelle enquête pour voir si les droits d’Eale ne proviennent pas de relations de parenté oblique ou d’alliance.
Entre les marais Ikakaji et Boteko et Ikeji ya’Ba et la terre Byombo (cf. ci-dessus a.) se trouve la forêt Byomala. Mes fiches la donnent comme propriété de Bokala indistinctement, mais il est probable qu’il s’agit des familles Wangata puisqu’elles sont limitrophes. Seule la partie nord leur appartient, le sud étant la propriété de Ntomba. Mais là encore aucune distinction n’étant faite, on peut l’attribuer à Bamanya, Ntomb’e’aala s’en trouvant séparé par le grand marais Boteko. En revanche, on cite comme limite entre les Ntomba et l’autre propriétaire, Bokala, le puits d’eau nommé d’après Is’ea Yanga, originaire des Ngombe et esclave de Ntomba. Ce qui pourrait suggérer comme propriétaire Ntomb’é’aala (éteint, cf.5.B.3 en 4).
Quoiqu’il en soit, la limite générale entre Bokala et Ntomba est décrite comme suivant plus ou moins le chemin qui mène à Lolifa. Comme limite avec ce dernier groupement, on indique la bifurcation du chemin en direction des deux divisions de Lolifa.
Terminons en rappelant que la délimitation précise des propriétés foncières et la conscience des droits réciproques n’empêchaient pas les lignées de s’entendre pour l’occupation usagère de l’une ou l’autre partie. Ainsi, Eale propriétaire du domaine Belaka l’Ionda laissa y établir des champs par des membres d’autres groupes ; tel Mpongo des B. Efunda. Ces faits peuvent conduire à des confusions dans l’esprit d’étrangers, et également dans les informations données aux enquêteurs.
5. D. LOSAKANYI
La tradition unanime des Ntomba tient que leurs ancêtres, après avoir passé la rivière avec l’aide des Riverains Mboko en venant des régions de l’Ikelemba, ont trouvé une population appelée Losakanyi. Je n’ai pu trouver parmi la descendance vivant actuellement ici personne qui ait encore connu quelqu’un qui avait participé à cette migration. Quoique certaines informations disent que leurs ancêtres ont chassé les Losakanyi, il appert de l’ensemble des récits que les occupants antérieures en se rendant compte de la multitude des nouveaux-venus se sont retirés sans résistance vers le Sud, où ils ont trouvé place entre le lac ‘Tumba’ ou de ‘Bikoro’ et le Fleuve Zaïre, à l’intérieur des Ilebo (Irebu) et du groupe Ngombe des Eleku (cf. ci-dessus ch. 4. B.).
Tous les informateurs s’accordent aussi pour attribuer à ces Losakanyi les nombreux tas de scories, déchets des fonderies de fer, industrie qui était la grande spécialité de cette tribu. Ces scories abondent particulièrement à la mission de Bamanya, à la ferme de Bolombo, aux environs de l’école vétérinaire (bifurcation de la route vers Boyeka), chez les Injolo, enfin aux anciens emplacements de Bokoto à la rive de l’ancien port d’Eala à l’extrémité d’amont (48).
Au départ des Losakanyi, certains éléments sont demeurés, surtout grâce aux mariages contractés avec les Boloki ou avec les nouveaux arrivés. On cite e.a. le clan Elele des Lofosola (Injolo), deux personnes vivant avec les Wangata w’ajiko, feu l’ancien catéchiste puis capita de Boyeka Nsaka Eugène.
La forêt où a été établie la mission de Fandria Boteka s’appelait Losakanyi. Et à Bamanya et environs, les scories portent le nom besakanyi. Tout cela confirme nettement la tradition.
En outre, les vestiges demeurent dans les langues des Losakanyi d’une part et des Boloki d’autre part. Les similitudes sont telles qu’on peut bien admettre que les Boloki ont été acculturés par leurs voisins Losakanyi, avec lesquels ils ont été en rapport plus longtemps qu’avec leurs successeurs Ntomba, dont l’influence linguistique est bien moindre, donc de durée plus courte.
Le nom de cette tribu émigrée, encore très bien connu, est écrit ici tel qu’il est prononcé dans les parages de Mbandaka et plus à l’intérieur vers L’Est. J’ignore l’origine des graphies Losankani et Lusankani (49). Il est probable que c’est la prononciation de leurs voisins Riverains (Eleku ou Bobangi). Le Lusakani de Van der Kerken (Ethnie Mongo, p. 331.634) peut avoir la même origine avec l’erreur commune des Européens de l’époque coloniale, confondant u et o (et cela malgré sa note pertinente o.c. p. 330).
6. Transfert de propriétés foncières
6. A. GENERALITES
A la fin du chapitre2, une brève mention a été faite de transferts de propriétés foncières dans les parages de Mbandaka. Comme cette pratique est contraire aux coutumes telles qu’elles sont décrites par les spécialistes, surtout en vue du principe de l’inaliénabilité des terres, il me semble valoir la peine d’entrer dans les détails de la réalité selon les informations recueillies sur place.
Dans Le mariage des Nkundo p. 152, on lit qu’à titre de nkomi pour le mariage, on transférait des domaines de pêche, voire des palmeraies, ‘mais jamais de terres ou forêts’. Cette observation correspond à la situation connue à cette époque dans les tribus étudiées alors.
On peut voir là un début de relâchement de la règle rigoureuse de l’inaliénabilité des propriétés claniques et familiales. L’évolution de cette tendance a été accélérée dans les environs de Mbandaka.
Quoique rarissimes, les transferts de propriétés foncières y sont attestés par les traditions. Les motifs cités sont : contre-dot du mariage nommée nkomi, cession gracieuse comme cadeau d’alliance matrimoniale, besoin suprême de valeurs pour affaire de justice, détresse extrême. On raconte que les cas se multipliaient pendant la campagne du caoutchouc à l’époque de l’Etat Indépendant (tel le cas cité ci-dessus).
Les cas historiques d’acquisitions frauduleuses ou d’usurpations sont connus, mais ils se situent aux époques de conquêtes, de troubles, de migrations. Les Mbandaka se sont plus d’une fois heurtés aux Ifeko pour des disputes de terrains (cf. 5.A.3) (50).
L’importance de cette évolution sociale et juridique me parait justifier le rappel de ces faits, tout en ajoutant certains renseignements nouveaux.
6. B. CAS HISTORIQUES
1. Un patriarche de Ifeko Lulungu, Ejim’Ondoi is’e’Eanga (51), a remis à titre de contre-dot pour sa femme Ikwata au père de celle-ci, Malomalo is’Ikwata, une partie de la terre Ekokombe (ch.5.A.3.), située derrière la maison en dur de Ikomo (Jos), inoccupée depuis de longues années, plus ou moins en face de la bifurcation vers Boyeka. Comme ce Malomalo était esclave d’Ikomo à Mpoke de Boleke, père de Bonkonjo Cyprien, on dit parfois que ce transfert a été fait à lui, le maître. Pareillement, au lieu de Bondoi, on cite aussi son père Bokonda Ngolo. L’esclave s’établit sur cette terre, tandis que le maître demeurait à Boleke. Un puits d’eau derrière le village de Lifumba sur le bord de Bamelemapaka porte encore le nom d’Is’Ikwata (déjà cité 5.B.4.).
2. Mpongo ea Mboloko de Boyela (nommé ci-dessus 5.C.1.) ne pouvait vivre loin de ses filles (voir l.c.) alla habiter avec les Bosoto. Possédant beaucoup d’esclaves, il demanda pour eux à son gendre Jwafa et au fils de celui-ci Bokonda un terrain dans la forêt Ekokombe entre l’actuelle route vers Boyeka et le marais Bamelempaka. Ce qui lui fut accordé gracieusement ; le village Lifumba y est fixé (cf. 5.A.5).
3. Bongota Louis et Efelo Léo me racontaient (16.5.1954) l’histoire d’encore une autre vente d’une partie de Boeke par Bonyanga, fils de Batonjwaka et frère cadet d’Engasa, à un homme des Boangi, l’esclave Eale Lomame is’ea Lombe qu’ils nommaient leur père, j’ignore pourquoi. Cette partie de Boeke est attenante à l’extrémité des maisons de Bokala et touche d’autre part au partit marais qui les sépare de Boangi. Eale s’y rendait fréquemment pour la mise en valeur agricole en disant : ‘je me rends à Bamelempaka’ (le nom global de marais). Les informateurs disaient ignorer le prix payé. Mais Bonkole Stéphane, déjà nommé, compléta : 3000 ngelo (fils de laiton de 10 cm, monnaie officielle de l’Etat Indépendant) (52).
4. Ce même informateur raconte un autre cas au sujet du même Bonyanga qui a vendu une autre partie du domaine ancestral Boeke du patriarche Bombilo wa Esobeni de Boyeka, lignée Ikenje. Ce terrain n’était pas grand, coincé entre la pointe du marais Bamelempaka et l’ancien sentier reliant Bokala à Bolombo (voir 5.C.2.). Comme prix payé on m’a cité mille ngelo (cf.. ci-dessus).
5. Dans l’affaire de Walo w’afeka, il y a quelques points obscurs. Selon l’un, il était l’esclave d’Ioma, qui lui acheta un terrain pour faire des champs. Selon l’autre, son maître était Efelo, également des Boangi et c’était l’esclave qui acheta le terrain. Cette terre fait partie du domaine Boeke de Bokala (cf. 5.C.4.). Mais les deux traditions coïncident sur le nom du vendeur : Lokali des Bolombo. Cela inclut que cette terre se trouvait derrière la maison du catéchiste Yampala de Boangi intérieur ; elle fait donc partie d’Ekokombe, habituellement reconnu comme appartenant á Ifeko-Lolungu. Pour concilier ce dernier point et l’identité coutumière du vendeur, il faut admettre que cette partie du domaine Ekokombe appartenait à Bolombo ou bien que ce groupement Boloki l’avait précédemment acquis de Lolungu. Sur l’essence de ce cas, à part donc les détails ambigus, il y a concordance entre les informateurs principaux : Batuli de Bolombo et Bonkole de Bokala.
6. Boningo, communément appelée de son titre honorifique Ekot’oningo nyang’e Iluo (53), originaire du lignage Bokwango de Boyeka, épouse du notable Yoolo de Bonsombe (Boloki), était renommée comme une femme extrêmement riche, possédant beaucoup d’esclaves (la source de sa richesse m’est inconnue). Afin d’obtenir des terres pour les champs de ses esclaves, elle acheta à Ejim‘Okonda (déjà nommé) une partie des terres de Lolungu au-delà du marais Bamelempaka (qui désormais a fait limite), où se trouve l’actuel Boangi, à la bifurcation Bamanya-Bolombo, entre ce marais, le domaine de Bolombo et la forêt Boeke. Batuli m’a prétendu que ce terrain avait toujours appartenu aux Boloki. Mais le capita Nsaka donne raison à Bonkole qui se range derrière al version exposée ici. Nsaka avait encore connu Boningo qui était très vieille lorsqu’il était un jeune garçon. Il l’appelait mère. Car son père Lobengi était le frère cadet de Yoolo.
7. Un cas d’achat individuel est raconté au sujet de Nkota, père de l’informateur Bokilimba Wijima Pius des Inkole-Jomoto. Ce notable a acheté pour cinq hottes de caoutchouc le terrain Bekolongo, partie de la forêt Babyakala propriété des Bonsombe (54). Ceci se passait à l’époque de l’Etat Indépendant, le défaut de récolter la quantité imposée de caoutchouc étant puni très sévèrement.
8.Un autre homme d’Inkole, Indoo, grand notable avec un harem très étendu, avait aussi des champs dans la forêt Bafake de Lolungu. Sa fille, Ifoto Talesa, mariée à Bokala, vivait encore à l’époque de cette communication (24.10.1957). Mais ici mes documents ne relatent pas la manière ni les conditions de l’acquisition.
6.C. CONTESTATIONS
Dans les années 50, la question des cessions de terres a fait surface. La jeune génération se sentant ça et là à l’étroit soumit des cas à l’administration territoriale. Celle-ci tranchait selon ses conceptions de la propriété foncière. Les conclusions sont loin d’être claires. Un cas soulevé par Bokala devant l’administrateur et le chef Bongese fut tranché en faveur de Boangi, selon Bonkole. Mais Nsaka raconta qu’il s’agissait là plutôt de fixer la limite entre Boloki et Ntomba, au carrefour où plus tard fut établi le nouveau cimetière de la ville. Mais ce même capita pleinement légale et juste devant la coutume.
Les traditions font cas également de disputes pour les terres qui appartiennent aux voisins ; voire de déplacements criminels des bornes.
Vis-à-vis des clients et adoptés, quoique leurs titres soient parfaitement valables, les propriétaires originels osent mettre en question leurs droits réels. Et non seulement à l’égard de ces ‘étrangers’ mais aussi contre de véritables parents, tels que les neveux, fils de sœur, qu’en droit, ils doivent traiter comme ‘pères’. Ce sont là des effets de sauts d’humeur ou de violentes colères : ‘Rentre chez toi ! Qu’as-tu à faire ici ?’ N’empêche que ces incultes peuvent causer des brouilles très graves. D’autant que parfois on ne se gêne pas de citer un proverbe comme Nsoso afoeke nsamb’ife (le coq ne chante pas sur deux toits), rappelant son origine étrangère.
Devant ces phénomènes, il convient de faire la part de la passion, au lieu d’en tirer des arguments contre le droit.
7. Etymologie
L’étymologie des noms propres (personnes, tribus, topographie, etc.), est très difficile dans l’absence de documents écrits permettant de retracer l’histoire. Même des noms archi-communs se soustraient à une explication valable. Pour d’autres, on peut proposer une étymologie, pourvu qu’elle concorde avec la linguistique, spécialement dans le domaine de la phonologie et de la tonalité et qu’il n’y ait pas d’objection dans les faits constatables.
Le cas de Mbandaka n’est pas obvie. Toutefois on pourrait proposer la dérivation du radical verbal band (empêtre, garrotter). Ce pourrait être en rapport avec l’état de bonkita dont il a été question plus haut en 4.A.1. Cette hypothèse est donc valable.
Cependant on aimerait avoir une confirmation dans le chef des trois homonymes, mais pour cela je n’ai aucune donnée.
Quant aux section, voici celles sont le nom ne fait aucune difficulté : Boloko wa Nsamba (déjà expliqué plus haut), Ekombe (ensemble de lianes Haumania), Inkole (se référant à l’arbre bonkole Bankôia alata).
Pour les autres, je ne connais aucun rapport ; seulement les noms Jingunda et Lotakemela se retrouvant ailleurs en pays mongo ; avec longunda (fierté), le second avec le verbe takem- (être placé en face, affronter).
Pour les noms autres que ceux des Mbandaka, on peut mettre un rapport entre Bongoi et le léopard (nkoi, mais ancien nom ngoi ; bongoi est la ceinture faite dans sa fourrure et symbole d’autorité). Mais Boloki, Eleku, Nkole, Basengo me sont inexplicables. Boyela, Mbata, Mbula sont des noms de personnes.
Quant aux voisins, voici ceux dont les noms offrent une possibilité d’étymologie plausible.
Bekakalaka : palmiers vieux et hauts.
Bilongo : peut être en rapport avec elongo rèsine, et l’arbre résineux bolongo, d’où ensemble de ces arbres.
Bokungu : arbre Piptadeniastrum (ou personne).
Bosanga : animal domestique ou victime de sacrifice.
Boleke : peut signifier volée d’oiseaux loleke pl. ndeke, quoique le terme dans le langage jounalier ait le préfixe e :eleke nom porté par plusieurs groupements.
Bolombo : est l’homonyme du terme pour : queue de sanglier.
Ekonda : semble bien en rapport avec bokonda forêt sur terre ferme.
Embele : arbre Cynometra sessiliflora.
Etoonjolo : signifie littéralement forte virilité ou lignage masculin fort.
Ifeko : peut être un dérivé du verbe fekw avoir besoin de.
Ikatankoi : est clairement le composé de Ikata main, patte de devant et nkoi lèopard.
Injolo : se rapporte naturellement à l’arbre bonjolo Combretodendron.
Lifumba : ce nom très répandu nous renvoie à la fourmi de même nom : Dorylus.
Lolifa : selon le nom au gong serait en rapport avec le verbe lif- fermer, ici : empêcher le passage.
Mboko : set réfère soit aux pierres soit (moins probablement) aux glaçons de la grêle.
On le voit, la moisson est plutôt maigre ; la majorité demeure inexpliquée.
Dans tout le pays mongo généralement parlant, il existe un certain nombre de noms ethniques explicables. On en trouve l’origine dans des noms de personnes (Bonjoli, Bompembe), d’arbres (Boala, Losenge, Bokungu), d’animaux (Elema, Bongale, Bonkema, mais les deux derniers peuvent aussi venir de noms de personnes) (55), de sites (Wijileko, Ifoku). Mais pour la grande majorité, l’étymologie m’échappe.
On peut en dire autant pour les noms des cours d’eau. Ceux qui se trouvent dans ces pages sont expliqués ci-après, là où cela me paraît possible. Forêts et domaines fonciers portent souvent des noms d’arbres ou d’autres végétaux.
Conclusion
1. La segmentation
La situation foncière des Mbandaka-Inkole et de Bokala peut servir d’illustration à la segmentation progressive des lignages dans les tribus Mongo. Le ménage de l’ancêtre, unique par nature, a donné naissance dans le cours de décennies peut être de siècles à une multitude de clans ou familles autonomes. On peut les appeler états, tout petits qu’ils soient. Car ils sont aussi souverains, tout en conservant la conscience de leur origine commune et unique.
Les faits constatés dans ces groupes montrent encore que le fractionnement peut commercer par le partage des domaines fonciers entre lignages, menant peu à peu à la séparation complète (exogamie, souveraineté, etc...).
Cette tendance à la segmentation varie avec les situations locales et historique, parmi lesquelles un éléments important est la présence des épouses originaires principalement d’autres clans et donc porteuses d’intérêts
Etrangers, parfois nettement opposés.
C’est sans doute de cela que proviennent les cas cités de certains patriarches qui, dans leurs dernières volontés avant de mourir, partageaient les terres en culture parmi leurs fils pour éviter qu’après leur mort on ne se les dispute au grand dommage pour la paix familiale. On comprend aisément que là encore il y a une amorce pour la segmentation.
2. L’Evolution du droit
La description présentée de l’état socio-économique des populations de Mbandaka et environs montre qu’elles tiennent une position spéciale parmi les Mongo. Cela se remarque particulièrement pour la propriété foncière. Ainsi les transferts des domaines en opposition avec le principe de l’inaliénabilité. Des cas historiques sont cités de femmes achetant des terres et les faisant cultiver par leurs esclaves (cas de Boningo : 6.B.6.). Un esclave (Malomalo : 6.B.1.) acquiert un terrain (56).
Tout cela sonne étrangement dans l’ensemble de la littérature ethnographique du Zaïre. Même si les cas sont limités, voire uniques, et malgré les contestations de certains transferts par des intéressés, il demeure indéniable que ces actions et situations sont généralement reconnues valides.
Les cas historiquement attestés sont rares, il est vrai. Mais leur existence est une réalité indiscutable. Ces deux faits suggèrent une évolution relativement récente. Elle peut s’expliquer par les situations locales à une époque déterminée. Ici je vois en premier lieu l’accumulation de richesses provenant des expéditions commerciales (ch. 2) jointe à la multiplication des esclaves qui d’une part ont besoin de se nourrir et d’autre part constituent une excellente main-d’œuvre agricole, et cela spécialement dans les champs.
Un autre élément explicatif se trouve dans la situation géographique au confluent de grands cours d’eau, qui est en même temps à l’origine des expéditions signalées.
Une société relativement isolée et donc plus ou moins figée mis en contact avec d’autres cultures subit inévitablement l’influence. Il me semble naturel qu’ainsi l’évolution déjà amorcée (cf. ch. 6) a été accélérée à Mbandaka, même dans les transferts de propriétés foncières, transferts estimés généralement exclus dans le droit coutumier bantou.
Ce qui est attesté ici a pu se présenter encore ailleurs. Ici pas plus qu’ailleurs aucun principe de droit n’est immuable, même celui qu’on pourrait croire le plus fondé, voire sacré.
Je n’ai pas entendu expliquer l’inaliénabilité par un rapport avec les ancêtres protecteurs sévères, excepté un cas où un juge me dit que les ancêtres ne protègent pas les simples occupants ou usagers, mais uniquement les vrais propriétaires du sol, dans lequel ils sont censés continuer leur existence de mânes (notons que le juge peut avoir été influencé par les conceptions des Européens, j’ai des indices pour le penser dans d’autres domaines du droit).
D’ailleurs les domaines ont souvent changé de propriétaires par le fait des migrations et des conquêtes ; les cas historiques abondent dans les traditions.
Notes
1. Pour la situation, voir la carte de Vangele publiée en annexe dans C. Coquilhat, Sur le Haut Congo, Lebègue, Paris 1888, et reproduite dans Annales Aequatoria 1 (1980) p. 212. Pour les Eleku, voir plus loin ch.4.B.
2. Bonkena n’est pas le nom d’un groupement humain, mais celui d’un lieu topographique. Chaque lieu de marché des Mongo a un nom propre. Les marchés se tenaient hebdomadairement près d’un village riverain.
3. Plus de détails sont donnés plus loin en 4.A.3.
4. Etoo est le nom générique de la descendance par un homme par opposition à la descendance par une femme, d’où le terme jomoto ; cf. Dictionnaire Lomongo, Tervuren 1957 p. 620 (fig.) et 899 ; (abréviation : Dict.) : La Société Politique Nkundo, dans Etudes Zaïroises 1974 n° 2 p. 85-107-
5. Pour les noms des terres et leur étymologie, voir ch. 7. et annexe. Signalons ici, une fois pour toutes, que dans l’état topographique actuel, il est devenu pratiquement impossible de préciser dans le détails les limites entre les propriétés foncières et les emplacements des habitants, à part l’un ou l’autre cas exceptionnels. Nous devons donc nous borner à des indications de nature générale.
6. contrairement au groupe jomoto, pourtant apparenté biologiquement.
7. Probable, car partout dans la Cuvette les traditions des deux côtés affirment l’antériorité des Riverains, situation très naturelle vu l’état hydrographique de pays.
8. Cf. note 2 et mon livre : Les Mongo. Aperçu général, Tervuren 1961 p. 11.
9. Plus de détails se trouvent dans mon article : Anciennes relations commerciales à L’Equateur, dans Enquêtes et Documents d’Histoire Africaine (Louvain-la-Neuve) 2 (1977) 31-50.
10. G. van der Kerken, L’Ethnie Mongo, Volume I, planche XXXI, n° 140 (Mémoires de l’IRCB, Sciences morales et politiques, XIII, 2), Bruxelles 1944 (Abréviation : Ethnie Mongo).
11. Voir G. Hulstaert, Les cercueils anthropomorphes, Aequatoria 23 (1960) 121-129.
12.Sur le Haut Congo, p. 146.
13. Plus de détails voir Bibliographie en note 9, p. 58.
14. Cf. E. Boelaert, Les expéditions commerciales à l’Equateur, Bulletin de l’ARSOM, N.S. 2 (1956) 2, 204. Il s’agit de témoignages de Congolais en registrés ou notés par E. Boelaert. Le numéro renvoie à la documentation conservée parmi les Papiers Boelaert.
15. Ibidem, p. 209 qui cite F. Cattier, Etude sur la situation de l’Etat Indépendant du Congo, F. Larcier, Bruxelles 1906, p. 261.
16. Ibidem, p.205.
17. Leurs voisins Bobangi en faisaient de même, de sorte que le même auteur pouvait ajouter (1.c.) : ‘L’étude des villages Bobangi démontre clairement qu la peuplade aurait disparu depuis des décades si elle ne s’était maintenue par l’adoption de ces esclaves et de leurs descendants’. Par ses propres communications je sais que le P. Boelaert a basé l’étude mentionnée sur une visite pastorale dans tous les villages du bas-Ubangi entre l’embouchure et le confluent de la Ngiri, en 1938. Il n’a plus trouvé d’individus Bobangi purs, rien que des descendants d’anciens esclaves Mongo parfaitement acculturés Bobangi. Il convient de remarquer que l’étude en question se limitait á cette section septentrionale extrême de la tribu. Mon confrère n’avait fait aucune recherche dans la majeure partie (méridionale, le long du Fleuve). Il ne faut donc pas généraliser la conclusion en l’étendant à la totalité des Bobangi. On peut rapprocher les indications dans l’ouvrage de Whitehead sur la langue Bobangi, où se trouvent quelques allusions á la présence de nombreux ex-esclaves Mongo (cf. s.v. Nyambe, God).
18. Parmi eux principalement Bokilimba Wijima (Pius) (ne 1882, décédé 1979) qui était l’un des plus actifs informateurs pour tout ce qui a trait aux Mbandaka Inkole. Sa sœur Bonkosi était renommée comme historienne traditionnelle. Elle a communiqué beaucoup de renseignements á son frère. Le texte intégral a été publié et annoté dans Annales Aequatoria 4 (1983) 166-171.
19. Les documents ajoutent que le gouvernement a indemnisé les habitants pour les maisons qu’ils devaient abandonner.
20. Le terme communément employé pour désigner un domaine foncier est le même que pour forêt sur terre ferme : ngonda ou bokonda, deux mots en rapport avec la même racine kond qui a produit une multitude de dérivés : ng et k se valent dans la phonologie dialectale Mongo.
21. Tout porte à croire qu’il s’agit de la variole, dont il est encore question plus loin 5.B.2.
22. Nos archives contiennent un volumineux dossier sur les litiges entre l’administration coloniale et Mr. Bokilimba Wijima. Le Père Gustaaf Hulstaert, en tant que membre de la Commission pour la protection des indigènes, servait d’intermédiaire (N.d.l.r.).
23. On entend aussi Bafeka la Sumba (ce qui peut être bien : l’asumba). C’est la variété phonétique pour le village homonyme des Wangata proches d’Ingende.
24. Pour ce terme et ce qu’il exprime dans la société, on peut voir : G. Hulstaert, Le mariage des Nkundo, Mémoires de l’IRCB, Bruxelles 1937, p. 164-168 en Esole Eka Likote, Structure sociale chez les Ntomba méridionaux, Africanistique au Zaïre, (Etudes Aequatoria 7) p. 263-274.
25. Directement personnellement ou par l’intermédiaire d’un descendant.
26. G. Hulstaert, Proverbes Mongo, Tervuren 1958, n° 776.
27. Cf. mon étude dans Etudes Zaïroises citée en note (4).
28. Sur le Haut Congo, p. 146.
29. Voir L.B. De Boeck, La tonologie des parlers bantous du Nord-Ouest du Congo Belge, dans : Bulletin de l’I.R.C.B., 22 (1951) 903 ; et : Idem, Contribution à l’Atlas linguistique du Congo Belge (Mémoires de l’I.R.C.B., Sciences morales et politiques 29 (1953), 3, p. 63.
30. Les numéros renvoient á la documentation dialectale conservée à Bamanya par le Père G. Hulstaert. Voir aussi A. De Rop, Bibliographie over de Mongo, Bruxelles 1956, 0.75 (Mémoire de l’I.R.C.B. Science morales et politiques VIII, 2).
31. G. Hulstaert. Les cercueils des Eleku, Aequatoria 22 (1959) 11-15.
32. Tout comme le pratiquent les Ngombe d’entre Ruki et Ikelemba.
33. Voir à ce sujet : Fr. Poppe, Les Eleku de la moyenne Tshuapa, Aequatoria 3 (1940) 114-115.
34. Sur ces deux tribus sœurs beaucoup a été publié, très tôt déjà par A. Engels, Les Wangata, dans : Revues Congolaises 1 (1910) 438 et 2 (1911) 26, 107, 203.
35. On peut s’entendre ici sur l’origine de ces termes. Voir Mariage des Nkundo p. 368 et Dict. 758 au mot iali et sur leur valeur pour la chasse et la guerre. Voir encore G.Hulstaert, Gauche et droit dans les dialectes mongo, Orbis, Louvain, 23 (1947) 316-327.
36. Voir mon article cité en note 4, p. 89.
37. Sur le Haut Congo p.144.
38. Texte conservé dans le Papiers Boelaert.
39. Le nom Ntulama est donné ci-dessus à une femme. Comme il est rare, on peut se demander s’il ne s’agit pas de la même personne et qu’il y a donc une confusion dans le récit.
40. Cf. Dict. p. 286 et mon livre Les Mongo. Aperçu général, p. 42-43.
41. C von François: Die Erforschung des Tschuapa und Lulonga, Leipzig 1888, p. 102.
42. Le capita Bosolo Louis de Bamanya (cf.5.B.1.) raconte que les missionnaires ont été conduits à Bamanya en pirogue de Coquilhatville par deux membres de sa famille (Bokanda) ses oncles paternels Mbelo et Loleka. Son fils Jean a comme nom authentique en souvenir de ces deux oncles : Mbelo la Loleka.
43. Cf. Mon article cité en note 9, p. 62.
44. Het Missiewerk (Westmalle) 1 (1904) 103-104.
45. Among Congo Cannibals, Londres 1913.
46a. En réaction au point C. (p. 113) de l’article de G. Hulstaert, ‘Aux origines de Mbandaka’, dans Annales Aequatoria 7 (1986) 75-147, ce qui corresponde ici au point 5.C. (pp. 56 et suivantes), Monsieur Eale ey’Obodji Is’Ekila, ex Albert (né à Bokala, le 30.1.1935 ; lire sa biographie dans Lufungula L., ‘Boyela et Ibuka’ dans ce volume, p. 103 note 6) écrit ce qui suit dans une correspondance du 26.12.1987 au Père G. Hulstaert : ‘L’Histoire ancienne de Bokala nous renseigne que les clans d’origines sont plutôt : Bokala proprement dit, Jwafa et Batonjwaka’.
46b. Les détails ont été exposé dans mon article cité en note (4).
46c. Eale ey’Obodji de préciser encore : ‘Historiquement, il n’y a que 2 familles à Bonsole : Batonjwaka et Jwafa. Contrairement à ce qui a été dit, la 3è famille, Efunda, est d’Ifeko, et n’a jamais fait partie de l’ancien Bokala. En effet, Efunda n’a jamais atteint Bokala, il est mort à Ifeko, son village natal’.
46d. D’après Eale ey’Obdji, les familles Bongamba et Bolombo ne font pas partie de l’ancien Bokala, mais plutôt du village Bolombo. Ce n’est qu’à partir de l’occupation européenne et la campagne de caoutchouc que les Ekenga sont allés à Boyeka ; Les Bongamba et les Bolombo ainsi que les familles Baendanei Puis et Bonkole Stéphane, eux sont allés à Bokala près de Batonjwaka’.
46e. Eale y apporte des corrections suivantes : ‘contrairement à ce qui est écrit, le clan Bokala proprement dit n’est pas éteint et n’est pas représenté par les enfants des sœurs (bana ba bibunanyi) mais plutôt par un héritier direct qui est Eale ey’Obodji, l’auteur de la présente note. Bien que tous mes oncles et tantes paternels n’aient laissé aucun enfant, mon père Eale Pierre, fils de Eale Bom’oa Nkoy et de Bonkosi, a été le seul garçon du clan à faire 5 enfants parmi lesquels je suis le 2è et l’unique garçon. Je suis moi-même père de 8 enfants (4 garçon et 4 filles). En outre mes 3 fils viennent de faire leurs premiers enfants. Mes 3 sœurs totalisent 26 enfants. Donc l’héritage de Bokala n’est pas éteint car sa progéniture est bien vivante’.
47. Cf. Le mariage des Nkundo, p. 354.
47b. Eale identifie leur tante maternelle : ‘elle s’appelait Ekota Nsombo. Son mari devenu tuteur de ses neveux leur dotera des femmes à l’âge adulte. Ils se sont installés depuis à Bokala, mais leur terre ancestrale est Ifeko’.
48. La mission archéologique de l’université de Hamburg s’attache à l’étude de cette industrie. Elle a commencé des fouilles à Bamanya en 1982. Trois ‘hauts fourneaux’ ont été mis à jour, répertoriés et étudiés. D’autres attendant l’expédition prochaine. Mais déjà les résultats sont d’un grand intérêt scientifique.
49. Cf. Boles F., Essai historique sur les Lusankani, dans : Aequatoria 23 (1960) 100. L’étymologie exposé dans cet article n’a pas de base scientifique.
50. G. Hulstaert, Sur le droit foncier des Nkundo, Aequatoria 17 (1954) 58-66 où sont mentionnées quelques cas de cession proprement dite.
51. Dans ces parages, on ajoute habituellement comme titre honorifique au nom propre le mot ejimo, forme dialectale de elimo (Dict. 546). Une branche du ruisseau Bonkosa porte son nom.
52. Singulier longelo, la valeur d’un fil pareil d’épaisseur et de longueur déterminées était fixée à 15 centimes.
53. Ekota : nom commun pour désigner une vieille femme, est un titre honorifique lorsqu’il précède le nom propre de la personne, à l’instar donc d’ejimo pour les hommes. L’addition du nom d’un enfant de préférence une fille renforce l’expression de l’estime. Ces épithètes ne sont jamais omises par celui qui veut être fidèle à la politesse coutumière. Dict. p. 523.
54. On parle parfois de Bafake. Or cette forêt est la propriété de Lolungu. Cette identification est fautive. Car le vendeur est toujours donné comme membre de Bonsombe.
55. G. Hulstaert, Noms de personnes chez les Nkundo, Aequatoria 19 (1956) 91-102.
56. Cf. mon article cité en note 50.
ANNEXE
Topographie
Bien des agglomérations(avec leurs emplacements) et des terres (domaines fonciers) se trouvent nommées et situées dans les pages qui précèdent. Des marais et cours d’eau se trouvent ça et là. Il peut être utile de donner ici la liste de ces deux éléments de la topographie locale : les terres et les marais avec leurs ruisseaux.
A. Les Domaines
Nom du domaine Propriétaire Réf. Article
Babyakala (1) Bonsombe 5.A.3.
Bafake° Lonungu-Ifeko 5.A.3.
Bakengeleke° Bokala-Bonsole 5.C.4.
Belaka° l’Ionda (2) Bokala 5.C.4.
Bensenge° I Bokala 5.C.4.
Bensenge IIa Bolombo 5.B.4.
Bensenge Iib Ntomb’e’aala 5.B.4.
Besoi° Inkole-Jomoto 1
Bekolongo° Inkole-Jomoto 1
Bofunga° Inkole-Etoo 1
Bokondanjika (3) Inkole-Jomoto 1
Bompakama (4) Ekombe 3.D.
Bongolo Inkole-Jomoto 1
Boeke Bokala 5.C.4.
Bonkena° Ekombe 1
Byengete Boyeka 5.B.4.
Byomala Bokala 5.C.4.
Byombo (5) Bokala-Wangata 5.C.4.
Ekokombe (6) Lolungu 5.A.3.
Ikakaji (7) Bamanya 5.B.4.
Ikete la longosa Bosoto 5.B.4.
Ikonda (8) Ekombe 3.B.
Ikongowasa (9) Inkole-Jomoto 1
Lokuku (10) Bonsombe 5.A.3.
Mbokoleke (11) Inkole-Jomoto 1
Notes étymologiques
° noms de végétaux
(1) nom de marais
(2) nom porté par plus d’un groupement
(3) forêt aux noyaux palmistes
(4) probablement nom de personne
(5) espèce de fourmis venimeuse
(6) peuplement de lianes Haumania
(7) petit marais
(8) diminutif de bokonda (forêt)
(9) ikongo cancrelat, wasa léger
(10) nom de marais
(11) chemin vers Boleke
B. Marais et ruisseaux
Dans ces parages tout comme dans la Cuvette Centrale, du moins dans sa partie basse, la majeure partie des cours d’eau coulent dans un marais. En outre, rare sont les marais sans cours d’eau, rivière ou ruisseau. Les noms donnés ici s’appliquent donc tant aux marais qu’aux ruisseaux.
E : étymologie
L : lieu où est situé le marais ou le ruisseau
Babyakala
L : entre le village Ifeko et l’ancien aérodrome : uni au Bekolongo il forme le Lokuku.
Bafokuntsaambo
E : sept jeunes femmes qui écopent un étang dans un conte.
L : près d’Ifeko, se jette dans l’Isambe.
Balongo b’anto
E : sang d’humains
L : grand marécage entre Ifeko et Wangata ; source de nombreux ruisseaux.
Bamelempaka
E : arbrisseaux Thomandersia laurifolia
L : a des sources des deux côtés de Lifimba et à côté de Boangi ; se jette dans le Bonkosa.
Bekolongo
E : arbre
L : ruisseau dont la source est vers la pointe N-O de la mission de Bamanya ; il longe la terre ferme pour se jeter dans l’Isambe.
Besoi
E : lianes Combretum
L : derrière Inkole vers Eala ; s’unit à Botemaofankele.
Bekolongo
L : prend sa source à l’ancien cimetière de la ville, à l’Est de l’ancien aérodrome ; s’unit à Babyakala pour former Lokuku.
Bolengu
E : arbreDaniellia pynaertii.
L: dans le marais de Bonkosa; se jette dans l’Isambe.
Bongolo
L : entre l’abattoir et l’ancien poste Météo ; s’unit à Botemaofankele : coule sous la route vers Eala.
Bonkosa
E : lokosa liane Manniophyton.
L: source à la ferme de Bolaka près de la bifurcation Mbandaka-Bamanya ; sépare la mission et l’aérodrome ; l’amont s’appelle Bokeli wa Yokoya, l’aval Bokeli w’is’Eanga uni à Loolakaji se jette dans l’Isambe.
Bonkwankwa
E : nkwa :excréments, parce que dit-on, le ruisseau servait d’égout pour les habitants Boyela voisins.
L : entre la Regideso et le quartier Basoko et environs ; limites entre les clans Ekombe et Inkole.
Bosomba
E : fonderie de fer
L : entre le chantier naval et le plateau de Boyela avec parc T.P. et état-major. On dit que ce marais est la pointe (nsonge) du suivant.
Botemaofankele
E : ce nom est porté par plusieurs ruisseaux qui tous ont un débit minime mais gonflent démesurément après une forte pluie. On compare à un tempérament paisible mais qui excédé, éclate avec violence ; d’où le nom : cœur sans colère, mais si jamais il se fâche...
L : enter les quartiers de la ville (Ikongowasa, ex-Bruxelles, Camp de Police) avec le village Inkole et la route d’Eala d’un côté, et la Météo de l’autre, puis à l’Ouest entre le vieux quartier Bakusu et le nouveau Air-Zaïre. Ce marais est lié à Bosomba d’un côté et à Besoi de l’autre où il se jette dans la baie Iketa de la Ruki près du jardin botanique. Ainsi les eaux coulent dans l’une ou l’autre direction suivant le niveau du Zaïre et celui de son grand affluent.
Bonkele
E : nkele : palmeraie, à cause du peuplement dense de palmiers élancés donnant de petits fruits au goût mauvais.
L : grand ruisseau dont la source est en amont de Wangata w’ajiko dans le Balongo b’anto ; baigne Bamanya et Lolifa avant de déboucher dans un chenal de la Ruki.
Bonkoto
L : passe sous la route à l’entrée du Jardin d’Eala ; se joint à Bongolo limite entre Mbandaka et Boloki.
Boteko
E : le nom provient de l’arbre du même nom. Panda oleosa, qui se trouvait à sa source face à Bokala.
L : séparant la ferme de Bolombo de la terre Byomala et Bamanya
Ibebola
L : petit ruisseau venant l’ancien emplacement de Bokala au bord de Bonkosa ; se jette dans Bamelempaka.
Ibinja
E : semble une appellation moderne se rapportant aux immigrés de la Ngiri.
L : traversé par la route entre Boyeka et Bantoi.
Ikakaji
E : diminutif de lokaji marécage à raphia
L : marais de Bamanya ; sans cours d’eau, entre le village et le chemin de Lolifa.
Iketa
L : est décrite comme une anse (bosoki) de la Ruki ; elle reçoit Botemaofankele, Bongo etc...
Ikeji ya’Ba
E : ruisselet du palmier.
L : prend sa source sur la propriété de la mission à gauche de la route en venant de la ville ; s’unit à Boteko ; selon Batuli, celui-ci serait l’affluent d’amont de Ikeji ya’Ba qui portait ce nom jusqu’à son embouchure dans la Ruki.
Isambe
L : sort du marais Balongo b’ânto, coupe le chemin entre Ifeko et Wangata w’ajiko, environ à mi-chemin entre les deux villages ; contient beaucoup d’eau mais pas un vrai ruisseau ; s’unit à Isondange mais l’eau est évacuée dans Bonkele par l’intermédiaire de Bafokuntsaambo, Bekolongo, Bolengu, Bonkosa.
Isondange
E : nom de personne : père de Ondange
L : gros marécage entre Ifeko et Wangata w’ibonga, entre celui-ci et Bolenge, entre Bolenge et Inganda, formant ainsi trois îles. Reçoit Botemaofankele et Mbokibonga.
Itoko
L : forme limite entre Boloko wa Nsamba et Wangata w’ibonga ; avant de se jeter dans le fleuve, en aval de l’ancien abattoir et du nouveau marché.
Lokuku
E : caverne, rapport ?
L : entre l’aérodrome et le quartier Air-Zaïre ; formé de deux sources Lokuku jw’is’Eanga (père d’Eanga) septentrionale et Lokuku jw’Embele (d’un clan Ifeko) occidentale et de deux affluents Bekolongo et Bayakala ; se jette dans Bafokuntsaambo.
Loolakaji
L : prend sa source derrière la ferme Bolaka ; forme la limite entre les clans Bonsombe et Lolungu ; se jette dans Bonkosa ; la forêt attenante s’appelle Bafake.
Mbokibonga
E : chemin vers le poste
L : marais entre Ifeko et Wangata w’ibonga ; reçoit le ruisseau Lokombo (clôture) avec son affluent Ontokee et le sous-affluent Ingolo (près d’Ifeko).
Ngoolo
L : entre le jardin botanique d’Eala et l’esobe Ikongowasa, près de la rive de la Ruki.
Autorités coutumières et extra coutumières
IKENGE des Wangata
Le 20 décembre 1883, les occupants de l’Equateur-Station (1) abattent un patriarche à Ibonga-Wangata (2). La victime répond au nom d’Ikenge ya Mbela (3).
1. L’homme
Les souvenirs de nos vieillards relatifs à la situation familiale d’Ikenge et à sa constitution physique se sont malheureusement estompés. Les uns se contentent de dire tout simplement qu’il était un des patriarches des Wangata et les autres le qualifient d’esclave dans ce sens qu’il était issu d’une famille qui devait allégeance à une autre. Cependant, Coquilhat, un des émules de Stanley, nous en parle de visu. Il décrit le patriarche Ikenge comme suit :
‘Un petit homme aux épaules excessivement larges, au buste énorme, au cou épais et court, paraissant vingt-cinq ans. La figure, imberbe, est résolue, mais avec un regard en dessous qui éveillerait la défiance...’ (4).
Stanley le dépeint sobrement : c’est un ‘young bullnecked savage’, écrit-il (5). Franz M. De Thier nous renseigne sur la position sociale du patriarche (6). D’après lui, Ikenge était le chef de la famille Ikoyo, branche masculine du clan Basek’Eale. Ce dernier constituait le clan paternel des Wangata sont le clan maternel était représenté par les Baseka Nkamba. Bomboko, fils de Bolila, le patriarche des Eleku (riverains propriétaires des terres sur lesquelles habitait Ikenge), avait épousé Boongama du clan Baseka Nkamba.
Entre Baseka Nkamba et les Eleku (Bakoji) naquirent donc des liens spéciaux conformément á la coutume des Mongo. Une fille des Baseka Nkamba fut dotée et son titre matrimonial servit à épouser la mère des Ikoyo. Ikenge en était le chef de famille. De ce fait, la famille Ikoyo vivait sous l’obédience des Baseka Nkamba. Cette institution sociale mongo s’appelle Nkita (6b). Schématiquement, la situation familiale d’Ikenge se présentait comme suit :
WANGATA ELEKU (Bakoji)
Clan paternel Clan maternel La patriarche
Basek’Eale Baseka Nkamba Bolila
Branche masculine Une fille Un fils de
Famille Ikoyo Boongama Bolila Bomboko
Chef de famille
Ikenge
Ikenge fut également forgeron (7). Un métier qui était jadis entouré de mystères dans le monde bantou. La présence d’Ikenge chez les riverains Eleku s’expliquerait, selon Franz M. De Thier, par la séparation des Wangata à la suite d’un conflit entre les Basek’Eale et les Baseka Nkamba dont les femmes furent importunées par les Basek’Eale sur le chemin du marché. Vaincus, les Baseka Nkamba s’en allèrent chez les Eleku, leur clan d’alliance matrimoniale. Etant ‘Nkita’ des Baseka Nkamba, Ikenge dut rejoindre ces derniers dans leur nouvel emplacement. L’auteur en déduit que ‘la situation occupée par Ikenge dans la hiérarchie sociale des Wangata de la rive était donc en principe peu élevée’ (8).
2. Le patriarche
La déduction faite par Franz M. De Thier de la place qu’occupait Ikenge chez les Wangata ne répond pas exactement à la description de l’organisation politique d’Ibonga-Wangata que nous lisons sous la plume de Coquilhat. Selon ce dernier :
‘Ibonga-Wangata, village détaché, il y a quelque cinquante ans du grand centre de Wangata, situé à peu près de trois lieues à l’ouest dans la forêt. Ibonga-Wangata a pour chef principal Soka-Toungi (9), un vieillard malade, retombé en enfance, auquel des gens intéressés, sans doute, ont trouvé que la contemplation de l’homme blanc lui donnerait la mort. Son autorité est du consentement unanime, exercée en son lieu et place par Ipambi (10) et par Ikenge. Le premier de ces deux princes est aussi paisible et aussi peu aventureux que le second est querelleur et ambitieux’ (11).
Wijima Bokilimba de Mbandaka semble abonder dans le même sens lorsqu’il soutient que l’ascension d’Ikenge au poste de patriarche est un fait dû à un hasard : manque de représentant valable du côté féminin des Wangata. Mais Ikenge n’en était pas pour autant moins important, conclut-il.
Il en est presque de même des versions recueillies auprès de nos informateurs de Bolenge, les Citoyens Bongonda Ilangilofoso, Bokunge Isongenge et Djibenge Bompejesanga (12). Selon eux, Ikenge du clan Ikoyo était véritablement chef. Ce qui signifie qu’il était chez lui, car la coutume mongo interdit strictement d’investir un étranger d’un quelconque pouvoir. Ikenge était donc un chef incontesté. Son choix même par les notables au poste de patriarche en dit long. Il avait la confiance des ancêtres et surtout, il avait le droit de devenir chef chez les Wangata. ‘Nous n’avons jamais appris de nos aînés, expliquent nos informateurs, que Ikenge était un usurpateur. Ejimo Ikenge (13) était légitimement un patriache des Wangata’, concluent-ils.
En fait, Ikenge doit avoir été un patriarche craint et respecté par le siens. Il avait fallu, à titre d’exemple, ‘de longues délibérations ‘ pour que les notables Esend’Okila et Bokoli Konga puissent convaincre Ikenge à accepter la pénétration des Blancs, c.à.d. Stanley, Vangele et Coquilhat, à Wangata le 17 juin 1883. Ces derniers y avaient vu l’échec d’Ikenge et partant sa minorité. En réalité, il n’en était pas question. Il semble que cette palabre traduisait l’esprit de démocratie qui caractérisait l’autorité chez les Mongo. L’observation du R.P. Gustave Hulstaert confirme notre déduction. Il écrit ceci :
‘...le patriarche décide après avoir pris connaissance du l’avis de tous. Cette sage règle l’empêche de faire des faux pas et de jeter dans la balance son autorité en voulant l’imposer contre la majorité. En principe, cependant, il peut maintenir sa volonté à l’encontre de tous, mais les informateurs affirment que ceci n’a jamais pu se produire que très exceptionnellement’ (14).
De ce qui précède, la logique la plus simple admettrait que l’autorité d’Ikenge était quand même forte et légitime. Son avis s’avérait une condition sine qua non pour le débarquement de l’expédition de Stanley. Faut-il encore citer le témoignage de Coquilhat qui atteste qu’Ikenge exerçait avec Ipambi ou Ifambe l’autorités en lieu et place du patriarche principal malade ? L’opinion que les agents de l’A.I.C. s’étaient faite de l’autorité d’Ikenge serait donc douteuse au superlatif. Une autre remarque non moins importante est celle-ci : en général, les autochtones font précéder le nom d’Ikenge du mot ‘Ejimo’. Ce terme de déférence n’est-il pas un indice révélateur de l’autorité qu’incarnait le patriarche Ikenge ya Mbela ? La réponse ne peut être que positive.
3. Son comportement
Coquilhat, l’auteur qui consacre beaucoup de pages à Ikenge, l’affuble, ainsi que sa famille, de qualificatifs peu tendres et quelques fais affreux. Ikenge, écrit-il,
‘poursuit ses tentatives de violation de son contrat, à propos des plus minimes affaires. L’influence de ses femmes et de sa mère sur lui est mauvaise ; elles lui montent la tête. Ce sont des harpies. Il faut y joindre sa vieille tante, la hargneuse Kongourou, une vraie sorcière. Comme cette aimable famille a ses cases dans un e enclave à vingt pas de notre maison, nous entendons tout le long du jour, ses cris perçants et ses invectives poissardes à notre adresse. Le clan d’Ikenge continue ses agissements pour s’arroger le droit de contrôler et de taxer les étrangers qui nous fournissent des vivres’ (15).
Avec un peu d’attention, on s’aperçoit que les critiques de Coquilhat n’étaient pas toutes désintéressées. Il alla plus loin en refusant à Ikenge, un des patriarches des Wangata, le droit de percevoir des taxes sur les marchandises que les habitants des environs venaient vendre aux Blancs de la Station. Coquilhat avait oublié que lui-même était beaucoup plus étranger sur ces terres qu’Ikenge, et à ce tetre il ne pouvait s’ingérer dans les affaires intérieures des autochtones. Afin de se moquer sans doute d’Ikenge et nous convaincre tacitement du manque de personnalité de ce patriarche, Coquilhat nous relate que :
‘il a bien fallu mettre Stanley au fait des manœuvres d’Ikenge. Au surplus, cet audacieux roitelet, a sous les yeux mêmes de notre chef, répété ses procédés tyranniques à l’égard des vendeurs étrangers. Pour intimider Ikenge sans violence et pour le décider à augmenter notre terrain qui devient insuffisant , Stanley profite des bonnes relations de Vangele avec Molira, le seigneur de Makouli et de la cession que ce dernier nous a fait d’un beau plateau dominant son village. Il annonce à Ikenge que sa conduite envers nous décide á porter notre établissement à Makouli. Et pour donner un semblant de sérieux à cette déclaration, Vangele va couper les herbes de la nouvelle concession et y établit une baraque en paille. A peine informé de ce fait, notre désagréable voisin, craignant de perdre les bénéfices qu’il doit à notre présence, s’empresse de faire amende honorable pour ses infractions passées. Il fait les plus solennelles promesses de fidélité et nous concède n agrandissement de propriété dont l’effet premier sera de nous débarrasser de la trop grande proximité de ses bruyantes épouses. Afin de prévenir de nouvelles contestations de limites, un enclos en clayonnage est immédiatement construit sur la nouvelle ligne de séparation’ (16).
Coquilhat ne fut pas le seul à constater le comportement hostile d’Ikenge. Vangele l’avait aussi désavoué après s’être avisé de son hypocrisie.
‘Le commandant de la station de l’Equateur, écrit Coquilhat, n’a pas tardé à s’apercevoir qu’il ne peut faire aucun fond sur Ikenge. Personnage peu important, ce chef aspire à un grand pouvoir et à la richesse et il croit les hommes blancs venus dans la contrée pour l’aider à y parvenir’ (17).
Notons que les Blancs de la nouvelle station auraient consenti à satisfaire les ambitions d’Ikenge qu’ils qualifiaient de tyranneau, s’il avait cessé de leur proférer des avanies ou s’il avait assoupli son comportement inamical à leur égard. Coquilhat l’avoue lui-même à la page 146 de son ouvrage Sur le haut Congo. Ceci nous permet de plus d’entrevoir l’enjeu du conflit armé qui avait opposé les deux camps.
Dan son ouvrage, The Congo and the Founding of its Free State, Stanley nous livre aussi quelques commentaires sévères sur les agissements d’Ikenge. C’est le reflet de ce que Coquilhat avait déjà noté. Stanley écrit ceci :
‘Ikenge, the chief, a young bull-necked savage, had caused trouble through a determined misapprehension of the purpose of this station in his neighbourhood. After my departure he had developed an over weening ambition, a desire to be hurriedly rich, by slaughtering every man to whom he bore ill will and seizing his possessions. He had conceived that our friendship meant an alliance offensive and defensive, which might have carried us, by his vaulting spirit and daring schemes, to unlimited aggression. He had provokes two wars, out of which he had emerged weakened in strength, and well hated by his neighbours for his growing insolence. He had grown rather dishonest also, for he had repudiated certain purchases of trees and bananas that were in the little territory ceded to us by him’(18).
Priés de faire le point sur le comportement d’Ikenge à l’égard des Blancs, nos informateurs ont fait des déclarations différentes. Wijima Bokilimba déclare que le patriarche n’étaient aimé ni des Wangata, ni des Blancs. Les autochtones étaient jaloux de lui et les Blancs, par ignorance de la langue, jugeaient inconsidérément la conduite du patriarche à leur égard. Quant aux autres informateurs, ils affirment que Ikenge défendait ses sujets et ne voulait jamais que l’homme blanc les malmenât. Mais il n’était pas foncièrement hostile envers les Blancs.
4. Sa mort
Certaines personnes avaient donné, mais différemment, le récit de la mort d’Ikenge et ses conséquences. En voici quelques versions :
4.1. Sources orales (nous en retenons 2 versions ; les autres, lire Annales Aequatoria 9 (1988) 207-211).
a. Ngombo (19)
‘Wefa et Katsetse (20) dirent à Ikenge : nous voulons que tes gens nous apportent de la nourriture. Et ils commerçaient comme au marché. Ensoute Ikenge interrogea les Blancs : ces tissus à vous, comment les tissez-vous ? Les Blancs répondirent : on va te le montrer. Entre-temps un enfant d’Ikenge mourut et on voulut tuer un esclave comme lonkinji (21). Les Bausa dirent : Oh ! Basukini et Mayokambi dirent : comment ? Allez-vous tuer cet homme ? Or nous vieux d’autrefois étaient stupides, ils dirent : comment ? Ces gens s’entretuent ? Quelqu’un est mort et on tue encore un autre homme ! Ils en étaient fort mécontents et gardaient rancune. Ensuite Ikenge appela tous les habitants : patriarches, venez. Les Blancs ont dit : que vos femmes apportent de la nourriture, que nous commercions. Pourquoi n’en apportent-elles plus ? Les Bausa dire : toi, chef, tu rassembles tes hommes en armes pour nous faire la guerre ? Là-dessus ils se mirent à se battre. Nos gens sont stupides. C’est ainsi qu’ils commercèrent la guerre. Mon père m’a raconté cela ainsi. Ils se battirent avec les Bausa. Ils blessèrent un Bausa. Puis les Bausa tirèrent sur Ejim’Ikenge et il mourut. Ils tirèrent encore, ils tuèrent d’autres personnes. Ils tuèrent ainsi six personnes, cinq dépendant d’Ikenge et Ikenge lui-même, ce qui fait six. Il habitait à l’extrémité du village voisinant les Blancs. Ensuite ils reculèrent le village. Nous n’avions encore aucune bonne arme, seulement les lances. Ensuite le Blanc les appela : venez, je peux vous indemniser pour ces tués. Car vous êtes stupides, nous nous sommes battus, des gens sont morts. Il prit des pièces d’étoffes, des hottes de perles, des fils de cuivre. Mes pères y allèrent, puisqu’ils étaient parents. Ils allèrent partager cette richesse. C’est au hameau d’Ikoyo qu’eut lieu cette première bataille’.
b. Wijima Bokilimba (22)
‘Ikenge habitait Ibonga-Wangata, aux environs du lieu qu’on appelle aujourd’hui ‘ekunde’ (dépotoir). Il était ‘nkita’ et n’avait pas plein pouvoir dans la famille. Il était désigné chef faute de mieux, le côté maternel des Wangata n’ayant plus de représentant valable. Les Wangata étaient jaloux de lui parce qu’il avait sonné asile aux Européens et avait reçu comme cadeau des verroteries, des choses rares à l’époque parce qu’il fallait voyager jusqu’au pool, vers le Bas-Zaïre, pour s’en procurer. Les Européens aussi le détestèrent parce qu’il semblait les importuner. Voilà pourquoi il y eut la guerre entre Ikenge et les Blancs’.
A travers ces textes, (et d’autres) nous pouvons retenir comme causes du conflit armé entre Ikenge et les responsables de la Station :
1. Cause principale : tendances progressistes d’Ikenge qui se confondaient avec ses ambitions personnelles.
2. Causes secondaires : une sorte d’obsession chez le Blancs et les Zanzibarites qui se méfiaient d’Ikenge depuis, rappelons-le, leur débarquement ; ignorance de la langue locale ; provocation des gens de la station par des vols répétés de poules ; esprit conservateur des Wangata ou refus de se conformer au nouvel ordre des Européens. A titre d’exemple : refus d’abandonner les sacrifices humains.
4.2. Source écrit (23)
Le témoin oculaire du conflit d’Ikenge avec les Blancs, Camille Coquilhat, nous a laissé un tas d’informations sur cette histoire (24). Selon lui, Ikenge avait
‘à sa charge, outre bien des méfaits de détail, les faits suivants : 1° Au départ de Stanley, il a voulu reprendre possession du nouveau terrain qu’il venait de vendre ; 2° Ses gens ont tué deux de nos chèvres ; 3° Ils ont détruit une partie de notre enclos. Vers le 8 décembre, les vivres deviennet rares. Ikenge a installé des petits postes á distance autour de la station pour renvoyer les marchands et ceux-ci n’osent pas encore se plaindre. Le 11, les indigènes d’aval nous apportent clandestinement un petit chargement d manioc ; ils nous avertissent que ce sera le dernier, si nous n’agissons pas contre Ikenge, qui menace tous les vendeurs de mort violente ou de mauvais sort. Et de fait, Il n’arrive absolument plus de vivres. Ikenge se remue énormément ; il cherche des alliances à Inganda, à Ipeko et ailleurs. Mandé plusieurs fois à la Station, il proteste toujours de son innocence. Vangele le prévient que le blanc ne laissera pas mourir ses serviteurs de faim et l’avertit que par le blocus de la Station, il a rompu la paix et commencé des hostilités plus graves que la lutte à main armée’ (25).
Plus loin, dans le même ouvrage, Coquilhat ajoute :
‘Jusqu’au dernier moment, Ikenge, abusé par notre longanimité, a refusé de croire au sérieux de notre ultimatum. Cette fois, il est convaincu. Dès notre apparition dans le village, une lutte acharnée s’engage en pleine rue ; Ikenge y déploie une grande valeur, tuant un Zanzibarite de sa propre lance. Il n’y a plus de raisons pour le ménager’ (26).
Enfin Coquilhat eut quand même le mérite de reconnaître la bravoure d’Ikenge et la sympathie dont le patriarche jouissait dans la contrée, lorsqu’il décrit sa chute ainsi que ses répercussions immédiates. Concernant précisément la mort d’Ikenge, Coquilhat avoue que
‘atteint de trois balles, il va tomber sur notre détachement de droite et meurt bravement, la face à l’ennemi. Après une courte fusillade, le clan, ne voyant plus son chef, prend de fuite et nous incendions son quartier pour dégager le champ de tir’ (27’.
Le patriarche ne fut pas abandonné par les siens. Comme le reconnaît Coquilhat lui-même, les gens d’Inganda crièrent vengeance. Les clans éloignés vinrent à la rescousse des Wangata. Mais ils furent tous vaincus et laissèrent, selon Coquilhat, ‘deux prisonniers, trois pirogues, des tambours, des lances, des couteaux, etc’ (28). Afin de calmer les esprits, Vangele paya des indemnités aux familles des tués conformément à la coutume du pays.
Cependant tut ne fut pas terminé là. La nouvelle se répandit comme une tache d’huile. Et lorsque le même groupe de Blancs se présenta chez Mata-Boike (29), il enregistra un cuisant échec dans la démarche d’acquisition du terrain. Stanley y mit un prolongement de la bataille de l’Equateur en décembre 1885. Mais Coquilhat refusant le raisonnement de con chef, s’en prit à la propagande des marchands d’ivoire d’Irebu qui voyaient en eux de redoutables rivaux.
5. Conclusion
Pour Coquilhat, le patriarche Ikenge fut à la base de tout ce qui advint à lui-même et aux Wangata. Faut-il accréditer cette affirmation maintes fois reprise dans la littérature coloniale, ou l’infirmer en faveur des versions orales des autochtones ?
Un fait demeure pourtant irréfutable. L’élimination du patriarche Ikenge était un cas typique illustrant certaines méthodes d’occupation du pays : les chefs résistants avaient le choix entre la soumission ou la mort.
Notes
1. Pour plus d’informations, lire notre article paru dans le n° 175 de Zaïre-Afrique sous le titre ‘Il ya a cent ans naissait Equateur-ville. L’ébauche de l’actuelle ville de Mbandaka. Juin 1885-Juin1983’, pp. 301-312.
2. G. Hulstaert le traduit par son sens étymologique : nouveau Wangata ‘à cause du voisinage du poste de l’E.I. (Ibonga : poste européen), pour le distinguer de la section principale dont celle du bord du Fleuve a fait sécession avant la venue des Blancs et qu’on appelle couramment Wangata W’âjiko (d’en haut)’. Lire son travail, ‘Aux origines de Mbandaka’, dans Annales Aequatoria 7 (1986) p.99. Ce village se trouvait à 0°2 de latitude Nord et 18°5’ de longitude Est. C’était plus tard un camp militaire communément appelé Camp S.A.B.
3. Mbela serait le nom de la mère d’Ikenge.
4. C. Coquilhat, Sur le Haut Congo, Paris, 1888, p. 138.
5. H. M. Stanley, The Congo and the Founding of its Free State, London, 1885, p. 72.
6. F. M. De Thier, Le Centre extra-coutumier de Coquilhatville, ULB, 1956, pp. 13-14.
6b. Détails, consultez :
- G. Hulstaert, Le mariage des Nkundo, I.R.C.B., Bruxelles, 1938, p. 134.
- J. Vansina, Vers une histoire des sociétés Mongo, dans Annales Aequatoria 8 (1987) p. 15.
- Esole eka Likote, Structure sociale chez les Ntomba septentrionaux, dans Africanistique au Zaïre. Actes du premier colloque d’Aequatoria, 10-13 octobre 1987, (Etudes Aequatoria 7), Bamanya-Mbandaka, 1989, p. 265-274.
7. F. M. De Thier, Op. Cit., p.14.
8. Ibidem.
9. Selon Wijima Bokilimba, né le 17.10.1882 et décédé le 15.12.1979, le vrai nom serait Nsoso-atungi et signifierait ‘la poule arrêtée’. L’informateur prétendit que Nsoso-atungi fut beau-frère de son père.
10. Ipambi : Ifambé, chez les Mongo.
11. Coquilhat C., Op. Cit., p. 145.
12. Sont décédés Bongonda-Ilangilofoso né en 1892 et Djibengi Bompejesanga né en 1901. Bokunge Isongenge né le 20.11.1909 est encore en vie.
13. Ejimo ou Elimo est un terme qui exprime, selon le Père G. Hulstaert, le grand respect qu l’on doit à un patriarche ou un vieillard. Lire son Complément au Dictionnaire Lomongo-Français, Additions et Corrections, Bamanya (Mbandaka) 1987, p. 129.
14. G. Hulstaert, Les Mongo. Aperçu général, Tervuren, 1961, p. 40
15. C. Coquilhat, Op. Cit., p. 162.
16. Ibidem, p. 167-168.
17. Ibidem, p.146.
18. H.M. Stanley, Op. Cit., p.72-74.
19. B. Ngombo serait le petit-fils ou le neveu d’Ikenge. Son texte fut enregistré par g. Hulstaert et publié dans enquêtes et documents d’histoire africaine, n° (1977), Université Catholique de Louvain, sous le titre de ‘Documents africains sur la pénétration européenne dans l’Equateur’, p. 53-54.
20. Wefa : Coquilhat et Katsetse : Vangele.
21. Lonkiji ou Lokili: Selon C. Hulstaert, c’est le nom attribué à l’esclave qu’on tue à l’occasion du décès d’une personne de marque et qui est destiné à être enterré sous le cadavre de cette dernière pour servir d’oreiller. Cfr. Hulstaert, G., Dictionnaire Lomongo-Français, Tervuren, 1957, p. 1214.
22. G. Hulstaert a donné une brève biographie de ce personnage dans son travail : ‘Aux origines de Mbandaka’ dans Annales Aequatoria 7 (1986), pp. 92-93 et dans ce volume. Lire aussi dans ce volume : Lonkama E.B. , Bokilimba Witshima (Puis), le controversé, pp. 116-118.
23. Il existe d’autres écrits sur cet incident malheureux, mais qui reprennent essentiellement Coquilhat. C’est pour cette raison que nous avons préféré ce dernier aux auteurs de A nos héros coloniaux morts pour la civilisation (1876-1908), par exemple, qui racontent cette même histoire dans les pages 84-85.
24. Pour s’en rendre compte, lire son ouvrage Sur le haut Congo, pp. 138-180.
25. C. Coquilhat, Op.cit.,pp. 174-175.
26. Ibi., p. 176.
27. Ibidem.
28. Ibidem, p. 177.
29. Mata-Boike, chef d’Iboko, village près duquel fut construit un poste de l’Etat Indépendant du Congo, Station des Bangala ou Nouvelle-Anvers et maintenant Mankanza.
LUFUNGULA Lewono
ILONGA Boyela et IBUKA y’Olese
A Mbandaka, chef-lieu de la région de l’Equateur, la résidence des Gouverneurs coloniaux est devenue celle des Gouverneurs nationaux. Elle est située sur le plateau Bokena (1), au confluent Zaïre-Ruki.
Ce beau site est fort chargé de souvenirs. A l’instar des vestiges d’Equateurville (2), il perpétue silencieusement l’histoire coloniale belge, et nous rappelle aussi Boyela, celui qui le céda à l’autorité coloniale.
Cette histoire est malheureusement difficile à reconstituer car les données sur Boyela et son fils Ibuka s’avèrent pauvres et divergentes. Nos sources sont en premier lieu les notes de Charles Lemaire (3), et ensuite la tradition orale représentée par les souvenirs de Eanga Ngonji (4) et les témoignages de Tswambe et de Wijima notés par G. Hulstaert (5).
1. Ilonga Boyela, père d’Ibuka
Nous tenons d’Eanga Ngonji par l’intermédiaire d’Eale ey’Obodji (6) notre principal informateur et interprète que :
‘le Chef Ibuka y’olese ya Mbao eya Ntsotso (7) avait comme père Ilongo Boyela, un Eleku de Bondo, sur la rivière Ikelemba. Une rixe sanglante avec la famille paternelle le décida à demander secours à son oncle maternel Yoka y’Amala à Mbandaka. Celui-ci leva des hommes qui se rendirent à Bondo châtier les adversaires d’Ilonga’. Mais, selon le Père Hulstaert, Ilonga avait fui son clan paternel (Eleku Bndo sur l’Ikelemba), il avait trouvé refuge dans sa famille maternelle Inkole sur la terre Bofunga’ (8).
‘Rentré à Mbandaka, poursuit Eanga Ngonji, Ilonga reçut de ses parents maternels le plateau de Bonkena sur lequel il alla se fixer définitivement. De ses enfants, la tradition retient le nom d’Ibuka, l’aîné, et celui de Bodukandoko, le cadet’.
En nous appuyant sur la tradition, nous pouvons estimer que cette installation précéda l’arrivée des Européens à Wangata w’Ibonga ou Equateurville, c.à.d., bien avant 1883.
Reconstruisons d’abord l’arbre généalogique de la famille Ilonga Boyela (9). En effet, Ekenga, Patriarche des Inkole eut comme fille Bokela qui donna naissance à Yoka y’Amala, père de Mpembe qui enfanta Ilonga, père d’Ibuka et de Bodukandoko. L’époux d Mpembe fut Engbanjala, un Eleku de Bondo.
Eleku Mbandaka-Inkole
Ekenga (H)
Bokela (F)
Yoka ya Bamala (H)
Engbanjala (H) ================ Mpembe (F)
Ilonga Boyela (H)
Ibuka (H) Bodukandoko (H)
Après la mort d’Ekenga, Ilonga Boyela devint patriarche. Il se fit surnommer Boyela, c.à.d. ‘celui à qui l’on apporte’. En suivant le schéma ci-dessus, Ilonga venait en troisième position, Bokela et Mpembe étant des femmes. Comme sa famille maternelle Inkole (faisant partie des Mbandaka) l’avait élevé au grade de chef coutumier, cela implique l’accord des aînés. Ce genre de succession dans le clan maternel n’est pas la manière normale, mais ce n’est pas exclu non plus. Cependant le pouvoir chez les Nkundo était aussi héréditaire (10). Ilonga Boyela en profita pour désigner de son vivant son successeur en la personne d’Ibuka pour plusieurs raisons notamment son courage indomptable et son extraordinaire force physique (11).
L’autorité coloniale entérina cette décision qui avait déjà été approuvée par la communauté. Le Père Hulstaert l’affirme aussi lorsqu’il écrit :
‘Ibukaa pu être reconnu par ses oncles maternels et les autres patriarches comme chef de tous les Mbandaka locaux avec l’inclusion des Eleku, de sorte que les premiers Européens l’ont pour ainsi dire naturellement désigné comme premier chef médaille...’ (12).
Le problème de l’évacuation de Bonkena fut résolu à l’époque d’Ilonga Boyela. Nous croyons que l’agent européen qui négocia pour la toute première fois l’obtention du plateau de Bonkena fut Vangele qui ‘le 11 septembre 1883, (il) voyagea à Mbandaka et y signa un traité pour acquérir un terrain’ (13). Le Père Hulstaert a récolté la version locale de cet événement (14).
Après cet accord, Vangele ne résida pas à Bonkena (Mbandaka). Il rentra à Wangata w’ibonga devenu Equateurville (15). Cependant il ne serait pas inutile de scruter les papiers de Vangele pour voir s’il n’existe pas de traces de cette pittoresque narration des autochtones.
C’est le 28 août 1891, que l’Etat se décida d’occuper le plateau de Bonkena :
‘Les Bandakas, population farouche et énergique, étaient sous les armes pour recevoir le major Wahis, qui consentit à faire l’échange du sang avec le grand Chef Boïera, cérémonie accueillie par les acclamations de tous et consacrée par les présents ordinaires, durant que, de loin, les jeunes femmes, entr’ouvrant les bananiers, dévisageaient curieusement le ‘mondélé monéné’ (le grand chef blanc).
Dans quelques mois, la nouvelle station se dessinera, commandant efficacement les importantes populations Banka kas et Boroukis’ (16).
Plus tard, Lemaire de passage à Mbandaka le 1er octobre 1895 notera :
‘Les Bandakas viennent tous me dire bonjour : le vieux Boïéra, sa vieille femme, son fils, ses filles, tous sont là la figure souriante ; il me semble que je ne les ai jamais quittés. Il me demande à part si la palabre du caoutchouc ne va pas encore cesser’ (17).
Une autre fois, dit Lemaire,
‘Je fais une longue visite au vieux Boïéra : oh ! mon ami, mon ami, dit le vieux devenu presque aveugle et se confinant dans sa hutte, toi tu as été un frère, mais les autres blancs ont mal agi avec moi’ (18).
Et le mercredi 1er octobre 1902, Lemaire ‘Dit au revoir à Boïéra’(19).
2. Ibuka
A cette époque, c’était De Bauw, alias Polo (20) qui assumait les fonctions de Commissaire du District de l’Equateur. Ici se pose le problème de la date du début de l’exercice d’autorité de Chef médaillé Ibuka. En effet, selon Joseph Tswambe (21), ce fut Lomame, c.à.d. Dubreucq qui ‘nomma Ibuka, frère du Chef Mompempe comme grand chef de tout le territoire de Coquilhatville’ (22). Or Dubreucq était Commissaire du District de l’Equateur de 1898 à 1901. Mais Eanga Ngonji prétend que Ntange (Fiévez) (23) á la tête du District de l’Equateur de 1893-1895, ‘remit à Ibuka un beau fusil à piston. De ce fait dit il devint le premier chef noir, de la contrée des Ntomba à détenir une telle arme’ !
Comme il est établi que la tradition orale, dont nous connaissons tous l’imprécision chronologique, ne peut renverser, dans la plupart des cas, les faits dûment établis par des sources écrites contemporaines, nous acceptons la version de Charles Lemaire et pensons qu’Ibuka, fils de Boyéla, débuta sa fonction déjà du vivant de son père vu l’âge de ce dernier. Il est donc probable que la version de Tswambe s’approche le plus de la vérité.
Par conséquent, il convient de placer après ces dates tout ce qui se dit sure Ibuka. A titre d’exemple la cession du plateau Bonkena, certainement à De Bauw qui se donna au développement de Coquilhatville. Ce geste mit en relief la magnanimité et l’esprit de compréhension du Chef Ibuka (24).
La version de Tswambe est plausible dans la mesure où nous comparons ce cas avec celui d’Ikenge ya Mbela qui dirigeait avec Ipambi, en lieu et place du patriarche Nsoso-Atungi, frappé d’incompétence. Dans le cas qui nous concerne, celui d’Ibuka, nous parlons de la vieillesse de son père Ilonga Boyela.
Notons en passant que les Mbandaka vécurent d’une façon générale en bons termes avec les Européens, d’après Eanga Ngonji. Cette version rejoint celle récoltée par le Père Hulstaert, version selon laquelle un pacte d’amitié fut conclu entre les deux parties, entendez, agents coloniaux et les Mbandaka. Pour preuve, le Père donne le témoignage d’un de ses informateurs :
‘Le Blanc ne nous faisait pas la guerre ; nous étions en paix, on commerçait ; la guerre n’est venue que par la suite : ‘Donnez-moi des travailleurs ; de la nourriture pour mes soldats, du caoutchouc, etc’ (25).
La résistance est venue à la suite des exigences, certainement à partir de V.L. Fiévez surnommé le ‘Diable de l’Equateur’ (26).
La Père Hulstaert ajoute que Ibuka avait :
‘toujours été fidèle á l’amitié avec les Blancs. Etant en même temps courageux et énergique, il fut constitué premier Chef médaillé des Ntomba et Bolenge. Dans cette fonction, il a aidé l’administration à établir le chef subalternes’ (27).
D’après Eanga Ngonji, les localités sous l’autorité d’Ibuka furent : Boyela, Bokanga, Mpombo, Nkasa, Bonkoso, Ntsabala, Bobangi, Baloi, Bondo, Bongata, Epombo, Bokondji, Bonkombo, Lolanga, Bantoi et les deux Lolifa, auxquels nous ajoutons Injolo. Voici un autre document relatif à l’autorité d’Ibuka :
‘Il faut un seul chef de Secteur dans notre Territoire, car durant l’Etat Indépendant du Congo, Ibuka seul était chef de s Ntomba, Bolenge, et les Elinga, depuis Coq, jusqu’à Lolanga, N’Gondo et Likila en Territoire de Bomboma, au sud-ouest jusqu’à Boloko, et la limite Loba’ (28).
Nos informateurs ignorent la date de al mort d’Ibuka. Mais nous supposons qu’elle doit avoir eu lieu autour de 1910, en tous cas avant 1911, date de la publication de la photo de sa dépouille mortelle (29). Les gens se rappellent que Ibuka fut inhumé derrière les bâtiments actuels de l’Air-Zaïre et de l’ex-African-Lux, près du petit cours d’eau traversant l’avenue de Zaïre en direction du magasin Pôle-Nord, pour se jeter dans le fleuve Zaïre après avoir arrosé la Pension Yanga.
Bodukandoko lui succéda. Danseur traditionaliste, il ne plut à autorité coloniale qui dédaignait les bruits. Il fut prié d’évacuer la proximité de la station européenne pour aller s’établir á Ikonda, vers le chantier naval de l’ONATRA.
Le Père Hulstaert, rapporte qu’après la mort d’Ibuka, ‘il n’y a plus eu de chef de cette compétence, son frère et successeur Bolukandoko n’a été qu’un chef inférieur’ (30).
A coup sûr, les chefs Ilonga Boyela et Ibuka y’Olese ya Mbao eya Ntsotso se classent comme Molira (31) parmi les chefs mongo modernes dont la modération facilita aux agents coloniaux l’accomplissement de leur visées en Afrique noire.
En ce qui concerne Ilonga Boyela, nous pouvons dire que, l’un de ses grands gestes, la cession de son propre domaine, le magnifique plateau de Bonkena fut, après tout, une perte temporaire. Tout compte fait, ne sont-ce pas nous, ses propres arrière-petits-fils, qui en sommes les derniers bénéficiaires ?
Notes
1. Bonkena : selon le Père Hulstaert, ‘ce mot désigne toute sorte d’arbres dont les fruits sont recherchés par les oiseaux, en particulier le Rauwolfia vomitoria Afz (lomponju ou ikuke). A l’arrivée des Européens, la rive servait de lieu de marché qui portait le même nom’. Lire son article : Aux origines de Mbandaka, dans : Annales Aequatoria 7 (1986) p. 78. Il semble que les Ntomba ey’Eanga se réunissaient régulièrement dans cet endroit en vue de prendre de grandes décisions. L’arbre précis sous lequel ils se réunissaient, Buma, existe encore de nos jours.
2. Voir Lufungula Lewono, ‘Il y a cent ans naissait Equateurville, l’ébauche de l’actuelle ville de Mbandaka’, dans Zaïre-Afrique (1983) n° 175, 301-312.
3. il fut le premier véritable responsable de la région (province) de l’Equateur (1890-1893).
4. Eanga Ngonji : notable de Mbandaka-Inkole, âgé de 85 ans, il est le seul vieillard de Mbandaka en vie !
5. Voir son étude : Aux origines de Mbandaka, dans Annales Aequatoria 7 (1986) 74-147, et dans le présent volume.
6. Eale ey’Obodji, notable de la ville de Mbandaka, est né à Bokala (Bamanya), le 30.1.1935. Diplômé de l’Ecole Normale de Bamanya (1952) et de l’Ecole Nationale d’Administration, il fut un stage fructueux en Belgique (Office Belge de Coopération au Développement) avant de se spécialiser au Centre Permanent de Comptabilité au Zaïre (Kinshasa). Il a travaillé successivement dans l’enseignement (Bokuma 1953, Mbandaka 1955) et à l’Economie Nationale et Industrie (1965) où il devint sous-directeur en 1966. De là il embrassa la territoriale (1968) à Lubero, puis à Walikale, au Nord-Kivu, avant de se retrouver aux services du Domaine Présidentiel de la Nsele (1975). En 1982, le Groupe Lombo l’embauche à Kinshasa en qualité de Comptable. Et en 1984, il devint conseiller économique et financier á l’Assemblée Régionale de l’Equateur à Mbandaka.
7. Mbao eya Ntsotso, littéralement le fusil (pupu) qui crépite pendant les nuits.
8. G. Hulstaert, Art. Cit., p. 85.
9. Ibidem, p.93-94; 145-146. On y ajoutera aussi les informations reçue du Citoyen Lokula Bongeye Nkenge, agent de la Banque Commerciale Zaïroise à Mbandaka, âge de 53 ans, et celles du notable Eanga Ngonji.
10. G. Hulstaert, Les Mongo. Aperçu général, Tervuren, 1961, p. 41.
11. G. Hulstaert, Aux origines de Mbandaka, dans Annales Aequatoria 7 (1986) p. 86. Mais selon la tradition, il fut plutôt un négrier redoutable.
12. bidem, p. 94.
13. Lufungula Lewono, Op. Cit., p. 308.
14. Hulstaert, Aux origines de Mbandaka, dans Annales Aequatoria 7 (1986) 84-85.
15. Voici une interprétation plausible basée sur l’expérience de Mgr Augouard concernant la raison de ne pas aller y habiter :
‘Je m’occupe de l’achat d’un terrain, et je projette d’aller en prendre un à 5 kilomètres de la station, à l’embouchure de la rivière Ruki, qui paraît être une des branches du Kasaï. Mais Monsieur Pagels, Chef de la station de l’Etat, me dit que ce serait très imprudent de partir sans une escorte bien armée, car très certainement nous seront attaqués. Lui-même, à 10 kilomètres de sa station, a reçu une grêle de sagaës, a eu un homme blessé, son domestique tué. Il a brûlé de village et tué une dizaine d’hommes. Les gens de la station, blancs ou noirs, ne peuvent sortir de l’enceinte que bien armées, car les indigènes tuent infailliblement ceux qui tombent entre leurs mains. La garde est sérieusement faite la nuit et les quatre fortins d’observation construits par Monsieur Van Gele prouvent qu’on a eu besoin de surveiller les environs pour prévenir les attaques ; et c’est là que Monsieur Van Gele aurait été nommé chef de la station. Que serait-ce donc s’il n’avait pas été le chef de ces fidèles sujets qu’on ne peut aller voir sans être armé jusqu’aux dents ? De fait , leur mine est peu engageante et ils se montrent d’une insolence peu ordinaire. Cependant j’insiste encore pour aller à l’embouchure de cette rivière, pour m’éloigner des protestants ; mais ils me prouvent que ce serait bien imprudent de ma part et que, pour lui, il ne le ferait pas. Les autres blancs me parlent dans le même sens et me conseillent de rester sous la protection de l’Etat. Je crois enfin devoir me ranger à cet avis’ Les Missions catholique (Lyon) 18 (1886) p. 95-96.
16. Voir Le Mouvement Géographique, (1891) p.110.
17. Papiers Lemaire, Carnet 6, p. 87 (62.45.18), Tervuren Département d’Histoire. Disponible en photocopie dans les Archives Aequatoria.
18. Papiers Lemaire, Carnet 3, p.7 (62.45.149), Tervuren Département d’Histoire. La visite a eu lieu le dimanche 28 septembre 1902, après 14h.30. Photocopie disponible dans le Archives Aequatoria.
19. Papiers Lemaire (62.45.149), Tervuren, Département d’Histoire. Egalement disponible en photocopie dans les Archives Aequatoria.
20. Lire Lufunga Lewono, Les Gouverneurs de l’Equateur (1885-1960), dans Annales Aequatoria 7 (1986) p. 151. Voir aussi Annexe II du même article, p. 163, et dans le présent volume.
21. Lire G. Hulstaert, Tswambe, notable à Coquilhatville (Mbandaka-Zaïre), dans Annales Aequatoria 7 (1986) 167-171. Je parle brièvement de lui dans mon travail : Bongese, Chef des Ntomba (Mbandaka-Zaïre), dans Annales Aequatoria7 (1986) p. 180, repris dans le présent volume.
22. Lufungula Lewono, Les Gouverneurs de l’Equateur (1885-1960) dans Annales Aequatoria 7 (1986) p.163 : Annexe II, et dans le présent volume.
23. Ibidem, p. 150, et dans le présent volume.
24. Déjà, Boyéla avait laissé une bonne place aux Européens en se retirant avec les siens vers la station de la Regideso-Ruki. Cfr. G. Hulstaert, Aux origines de Mbandaka, dans Annales Aequatoria 7 (1986) p. 85.
Le premier marché public moderne de la ville de Mbandaka ainsi que le premier bureau du Territoire de Coquilhatville furent érigés de ce côté-là, c.à.d. à l’endroit où se pratiquait jadis le troc entre les terriens et les riverains.
25. Ibidem, p. 85.
26. E. Boeleart a judicieusement étudié ce colonial. Lire son article : Ntange, dans Aequatoria (1952) 58-62 et 96-100.
27. G. Hulstaert, Aux origines de Mbandaka, dans Annales Aequatoria 7 (1986) p. 86, et dans ce volume.
28. Archives Aequatoria, Fonds Boelaert, Histoire, 4.2., p.1 (Doc. Dact. s.d. vers 1927), s.a., titre : Comment et pourquoi nous créons des secteurs’ ?
29. Revue Congolaise (1911) p. 40.
30. G. Hulstaert, Aux origines de Mbandaka, ibidem, p. 86.
31. Lire : D. Vangroenweghe, Les premiers traités avec les chefs indigènes par Vangele à Equateur-Station en 1883-84. D’après les documents inédits, dans Annales Aequatoria 1 (1980) 191-192 et H. Vinck, Notes sur le contrat entre Augourd et Bolila de Wangata (Equateur-Zaïre) en, 1885. Textes inédits du journal de voyage d’Augouard, dans Annales Aequatoria 2 (1981) 121-127.
LUFUNGULA Lewono.
BONGESE Chef des Ntomba
Ill ne s’agit pas ici d’une biographie systématique du chef Bongese is’Ifale, mais d’un premier rassemblement des renseignements si peu nombreux soient-ils, sur ce grand chef coutumier. L’intérêt de ces quelques documents est fondé sur la confiance dont jouissait ce chef auprès Blancs et de ses administrés, et surtout sur le fait qu’il incarnait l’histoire de son groupe. Et c’est justement cette histoire que nous voulons dégager de quelques intéressantes sources privées aujourd’hui á notre portée (1).
1. Enfance
Nous lisons sous la plume de Bongese is’Ifale (Eugène) (2) qu son père Bongese fut polygame de seize femmes.
Sa mère Tuka (Ntuka) était la première épouse. Elle jouissait des droits et privilèges reconnus par la coutume à la première épouse, bomatsa (3). Il s’en suit que son fils, Bongese is’Ifale devait bénéficier d’une attention paternelle particulière, d’autant plus qu’il était de bonne heure orphelin de mère. Celle-ci avait succombé à l’accouchement. Boongama (4), son isomoto (tante paternelle) l’éleva.
Un jour, pendant qu’il raillait avec d’autres enfants, quelques passants en déconfiture, l’un de ces derniers fit un geste avec son bâton qui par mégarde abîma son oeil gauche.
Peu après, son père meurt. Bongese is’Ifale, qui avait l’âge de sept ans, n’avait retenu de lui que sa virtuosité dans la danse esombi.
Il ne pouvait accéder directement au pouvoir étant donné son jeune âge. Sur foi du procès-verbal d’investiture n° 30 établi le 11 avril 1917 à l’occasion de l’élévation de Bongese is’Ifale au titre de sous-chef de Wangata, nous croyons que le successeur immédiat du père de Bongese is’Ifale fut un certain Bolembo (5).
2. Père de famille nombreuse
L’année probable de la naissance du chef est 1883. Bongese is’Ifale est né alors au moment crucial de l’histoire des Mongo. En effet de nouvelles perspectives s’étaient ouvertes à la bourgade riveraine de Wangata Ibonga depuis le débarquement des Blancs : Stanley, Vangele, Coquilhat avec leur suite (6a).
Le nom de Bongese (Bounguesse ou Moungesse) (Père) revient 5 fois dans le Carnet de notes de Ch. Lemaire. Le 19 mars 1891, il se présente avec Itunda y’is’elembo (Issolimbou ou Issoloumbe) comme les Chefs de Wangata. Il est spécifié que Issoloumbou était chef de Bonkamba (Baseka Nkamba). On a peut ainsi identifier ce dernier avec le père de Bongese et grand-père de Bongese is’Ifale comme nous le montre la généalogie (6b). Bongese, fils d’Itunda est donc déjà en 1891 considéré comme un des chefs de Wangata bien que, selon le généalogie, il est le troisième fils d’Itunda. Bekwela Ifoji est également mentionné par Lemaire : le 16 mai 1891, il avait réglé une palabre pour Lemaire qui lui paie 300 mitako pour ce service (7).
A cette époque où les missionnaires rivalisaient de zèle, et la chrétienté se confondait avec la civilisation aux yeux des colonisés, Bongese is’Ifale ne pouvait, de par son statut social, ne pas se faire baptiser. L’événement s’accomplit le 12 juillet 1903 à la mission catholique de Boloko wa Nsamba (Bolokwa Nsimba) où l’année suivante il se mariait religieusement avec Eugénie Ntsimbo (8). Mais l’heureuse élue mourut peu après. Bongese is’Ifale se remaria alors avec Marie Wengele, le 23 mai 1908, devant l’officier de l’Etat Civil et 31 mai à l’église.
L’administration de l’époque était assez indulgente en matière de polygamie traditionnelle (9). Ainsi Bongese is’Ifale en dépit de son mariage religieux dut se réconcilier avec la coutume en épousant plusieurs femmes.
Béni par ses ancêtres, le chef Bongese is’Ifale eut une grande progéniture qui lui donna un nombre important de petits-enfants.
3. Un grand chef coutumier
Le 11 avril 1917, Bongese is’Ifale succéda à Bolembo au poste de sous-chef de Wangata. Le procès-verbal de l’investiture n° 30, en fait foi. Comme Bolembo était encore en vie, son remplacement doit avoir été suffisamment justifié. En le faisant, le Commissaire de District avait estimé le situation conforme aux dispositions du décret du 2 mai 1910 sur les chefferies et sous-chefferies indigènes. Le corollaire du cette conclusion est la légitimité du pouvoir de Bongese is’Ifale (10).
La même année, soit le 31 décembre 1917, Bongese is’Ifale fut hissé au sommet de la hiérarchie administrative ‘indigène’ de l’époque. Il devenait chef de la Chefferie des Ntomba (voir procès-verbal n° 119). Cette ascension rapide prouve que Bongese avait obtenu de ses supérieurs une haute appréciation pour ses fonctions antérieures.
Conformément aux exigences administratives de l’époque, le procès-verbal de l’investiture de Bongese cite les noms de tous les villages sous dépendance du chef établi : Wangata (fleuve), Bolenge, Inganda, Bolongwankoi, Lofosola, Bandaka, Lombo, Monsole, Wangata-Watziko, Ipeko et Bokala (11). A l’annexe du procès-verbal, un tableau statistique nous renseigne sur le nombre d’habitants des villages cités. Il recevait la médaille du chef investi selon l’ordonnance du 23 août 1910.
Statistiques
Villages sous l’autorite du chef Sous-Chefs Population
H F G F
1. Wangata Bongese 111 174 47 50
2. Bolenge Iso 84 136 44 29
3. Monsole-Engundu Iso 45 111 41 17
4. Inganda Boloko 91 168 26 28
5. Bolongwankoi Bauto 57 142 25 26
6. Lofosola Ekofo 61 111 36 11
7. Bandaka Elimisenge 106 150 39 21
8. Lombo Bulia 51 80 17 13
9. Ikengo Mambenga 141 245 51 33
10. Monsole Bokingo 123 246 67 48
11. Wangata-Watziko Balaka 95 215 52 40
12. Ipeko Djukulu 128 263 73 55
13. Bokala Bolembo 25 53 22 13
1118 2094 540 384
Tout travail mérite récompense. Nos anciens maîtres en étaient conscients. Le chef Bongese is’Ifale recevait pour les services de l’Etat un salaire et des primes qui lui permettaient de mener une vie d’aisance en rapport à sa fonction. Il recevait aussi d’autres payements en sa qualité de juge.
Il était détenteur de distinctions honorifiques suivantes :
- Médaille de mérite en bronze (le 1.6.1933)
- Médaille de bronze de l’Ordre Royal du Lion (le 14.4.1937)
- Médaille de l’Effort de Guerre (le 2.9.1948)
4. La fin
Le premier septembre 1953 Bongese is’Ifale Eugène rendit l’âme après avoir servi loyalement ses supérieurs et dirigé comme il se devait ses frères noirs. Sa mort fut mal interprétée par les siens à cause des ambitions politiques de l’un de ses secrétaires et greffiers, le notable Tswambe. En effet ce dernier décéda le 15 septembre 1953. Les gens trouvèrent dans cette mort survenue quelques jours après celle de son chef, le châtiment implacable de ce dernier. D’où l’expression de ‘mourir comme Bongese et Tswambe’ qu’on utilise couramment à Mbandaka pour mettre sévèrement en garde son ennemi.
Notes
1. Ces archives nous ont été fournies par Isso Bokuma Boja, petit-fils de Bongese is’Ifale par sa mère Marie Bongese Bokaki. Né à Kinshasa, le 23.6.1949, Isso est actuellement fonctionnaire à l’Office Zaïrois de Radiodiffusion et de Télévision (OZRT) à Mbandaka.
2. Il s’agit d’un papier non daté mais ancien et retrouvé parmi les Papiers Bongese.
3. Voir G. Hulstaert, Le mariage des Nkundo, Bruxelles 1937, 341-344.
4. Ne serait-elle pas celle dont parle De Thier : Le Centre extra-coutumier de Coquilhatville, Bruxelles 1956, p. 14 : une fille des Baseka Nkamba, épouse de Bomboko fils de Bolila ?
5. Des notes éparses de E. Boelaert, nous tirons quelques précision : ‘Ngolo (Bekakalaka) était chef au temps de Ntangé (Fievez) et Wilima (Sarrazijn). Il est enterré là où habite Agathe. Quand Bongese revenait, Ngolo était destitué et Ifoji Bonsanga recevait, la palata du temps de Polo (De Baw). Après Mr Borms cherchait une autorité et le grand frère de Bongese : Bolembo recevait l’autorité. Du temps de Engels c’est le petit frère (bonkune) c.à.d. Bongese qui a été investi Archives Aequatoria, Fonds Boelaert H.1.6.
6a. Lire Lufungula Lewono, il y a cent ans naissait Equateurville : l’ébauche de l’actuelle ville de Mbandaka (juin 1883-jui 1983) dans : Zaïre-Afrique n° 175, mai 1983, 301-312.
6b. Arbre généalogique reconstitué par E. Boelaert. Archives Aequatoria, Fonds Boelaert H.1.6.
WANGATA
BASEKA NKAMBA BEKAKALAKA BONSANGA
Ndangi Ejimokondo
Itunda y’is’Olembo Bokwela Ifoji
Ndangi Itunda y’Oila Bongese Ifamb’y’Engunde (2)
Bolembo Bongese is’Ifale Ngolo Ngila
(3) (4) (1)
Noms en italiques: les personnes qui ont été instituées chefs ; chiffres entres parenthèses : l’ordre dans la succession effective. A Bonsanga, Ejimokondo se trouve au niveau de Ndangi de Baseka Nkamba.
7. Voir D. Vangroenweghe, Charles Lemaire à l’Equateur. Son journal inédit. 1891-1895, dans Annales Aequatoria 7 (1986) 26-27.
8. Archives de la paroisse de Bakusu (Mbandaka I).
9. Effectivement l’administration n’était pas sévère en ce domaine. Par ses instructions, elle essayait de combattre cette institution traditionnelle, avec peu de succès d’ailleurs.
10. Pour devenir chef, il fallait remplir les trois conditions suivantes : 1. appartenir à la lignée du groupe politique ; (2) á la génération supérieure ; (3) être le doyen d’âge de ceux qui remplissent ces conditions. Cependant l’administration coloniale avait souvent faussé la réalité en plaçant de chefs dans les villages. Une enquête administrative, non datée et non signée, nous apprend : ‘A Wangata-Bongonjo le droit revient á Eugène Bongese, patriarche du clan, puis à Ifambe qui est juge actuel ; Mpongo ne vient qu’après Bongese actuellement conseiller’ (Ronds Boelaert, H.4.2.). Mais le responsable de l’administration, E. Verhegge en pensait différemment en 1926 : ‘En tous cas je ne puis souscrire à la destitution de Bongese ; il n’est pas coutumier, cela est vrai mais il n’est malheureusement pas seul dans son cas ; son autorité laissait à désirer en effet, mais ce n’est pas tout à fait de sa faute : se sentant abandonné par l’A.T., ne pouvant se défendre contre les menées de Tchoambe, qu’il savait soutenu à outrance et qui s’intitulait pompeusement à toute a occasion du titre de ‘Chef des Bonsole’, qui décidait de maintenir ou de déplacement de village, il se terrait chez lui. J’ai dû intervenir énergiquement à l’occasion des travaux de la route Coq-Ikengo, depuis cela va bien mieux(...). Nous devrions garder Bongese comme chef jusqu’à sa mort, et confier alors la médaille au coutumier du clan Ikengo’. Notes sur la réorganisation sur des bases coutumières projetée dans le Territoire de Coquilhatville, Archives Aequatoria F.H., 1, 21, p. 21 (fin 1926).
11. Nous suivons l’orthographe des documents.
LUFUNGULA Lewono
TSWAMBE Notable
Benoît Ngombe d’Ifeko, raconte à ce sujet sur une bande enregistrée, ce qui suit ici en traduction :
‘Moi et Tswambe (1) n’avons pas grandi ensemble. Eux étaient dans le grand Bonsole (2). Mais celui que j’ai vu c’est cet homme qu’il disait être son père : Belongo l’Isoku. Je n’ai pas vu que son père allait avec lui.
Pendant que j’étais boy chez un juge, je fus surpris quand il arriva un jour de la colonie scolaire (3). Il se trouvait dans un bureau et nous ignorions qu’il était des nôtres. Lorsqu’il quitta le bureau, il alla peut-être chez lui. De toute façon il partait chez les Injolo ; il y alla enquêter sur les droits coutumiers des chefs, là chez les Injolo. Ils le chassèrent : ‘Nous ne te connaissons pas ; tu es venu lié comme un esclave et tu es allé à la colonie scolaire’. Il est alors revenu ici chez les Ntomba’s installer et préciser ses droits : ‘ Moi je suis un enfant des Bompanga’. Mais on mit ses affirmations en doute. Et nous, ses compagnons d’âge, nous ne le connaissions pas bien du tout (4). Lorsqu’il n’y avait pas encore chez nous de chef investi, il vint vexer les gens, questionnant les patriarches dans leurs résidences, comme chez Yoka y’Entombo à Bonsole. Il les importunait ainsi : ‘Moi je suis le fils de Belongo l’Isoku : papa m’a lié et m’a envoyé à la colonie scolaire chez les Injolo (5) et me voici revenu,. J’appartiens au groupe Bompanga’. Mais beaucoup d’entre les patriarches ne l’ont pas cru. Il était seulement venu briguer le pouvoir.
Comme lui et Bongese (6) ne cessaient de discuter, on le relégua. Revenu de la relégation, il devint greffier chez Bongese, parce qu’il savait lire et écrire. Plus tard on le nomma chef de secteur, mais pas pour longtemps, comme quelqu’un qui a usurpé le pouvoir (7).
Mais nous ne le connaissions pas comme homme libre chez les Bompanga. Ce n’étaient que des suppositions ; quelques uns l’admettaient, mais la majorité le récusait.
Origine
Belongo l’Isoku était un vieux de Bompanga. Il s’était épris d’une femme d’Ikengo : Mpande. Mais cette Mpande avait deux enfants à elle : une fille Efetsi et un garçon Bonjusa. Ceux-là, je les ai connus. Mais ces enfants n’étaient pas de Belongo l’Isoku. Tswambè était l’aîné de Bonjusa et de sa sœur. Comment pouvait-il être le fils de Belongo l’Isoku ? Mpande était la maîtresse de Belongo l’Isoku. Lui était une chose prise en possession (8). Il n’était un enfant libre ni de Mpande ni de Belongo l’Isoku : il brouillait les pistes ; on le supposait seulement. Peut-être Mpande l’avait-elle su par une liaison avec quelqu’un, et ensuite on embrouilla les choses (9). Mais il n’était pas l’aîné de Mpande et il n’était pas chez Belongo l’Isoku auparavant. Mpande allait partout pleurer lors des décès. Elle a engendré ses deux enfants avec d’autres hommes que je n’ai pas connus. Mais j’ai connu Mpande même. Elle avait la peau claire, elle portait comme tatouage la ligne horizontale sur le front (10).
Chez les Injolo
Voici comment Tswambe est arrivé chez les Injolo. Le vieux Belongo l’Isoku, s’étant épris de Mpande, alla avec lui chez les Injolo, où il avait une affaire parmi les affaires graves, p.e. impôt de l’Etat, livraison du caoutchouc. Si tu n’en avais pas assez quelqu’un livrait pour toi le caoutchouc p.e. disant : ‘Tu me dois de l’argent car j’ai porté ta contribution’. Lorsque devant payer, tu n’as pas assez, tu as une palabre avec moi. Si tu n’as plus rien, tu deviens esclave’ (11-12).
Notes
1. Tswamba était l’homme de confiance de l’administration coloniale, vaincu par ses ruses audacieuses, son bagout, son flair politique, surtout sa dureté. Cette dernière ‘qualité’ est un fort argument en faveur de la thèse de son origine étrangère à la région et son statut d’esclave, thèse à laquelle se range le présent témoin, à côté de beaucoup d’autres. Son témoignage mérite d’être versé au dossier d’histoire. C’est pourquoi, il est reproduit ici. Le manuscrit original de la transcription de la bande enregistrée se trouve dans les Archives Aequatoria HH 18, 41-7. Tswambe écrivait une ‘Histoire de Coquilhatville’ publiée partiellement dans E. Boelaert, Equateurville, dans Aequatoria 15 (1952) 3-4 et Idem dans Bulletin de l’ARSOM 24 (1953) 521-529.
2. Le grand Bonsole établi près de la rivière Nsoji, par opposition aux autres groupements assemblés dans le village d’Ifeko. Le témoin est origine d’Ifeko.
3. La Colonie Scolaire soit de Boma soit de Nouvelle-Anvers près du Poste Militaire des Bangala. Les agents de l’Etat Indépendant y envoyaient des jeunes gens sur lesquels ils pouvaient mettre la main lors des expéditions pour soumettre les populations. D’autres leur étaient remis par des patriarches, soi-disant comme leurs propres enfants. Plus tard, ces jeunes gens pouvaient devenir chefs investis. Au besoin on falsifiait les généalogies. Le bruit a couru que tel était le cas pour Tswambe.
4. Ici le texte manque de clarté.
5. Il n’ya jamais eu de Colonie Scolaire chez les Injolo. Ou bien c’est un lapsus de conteur, ou bien c’est un mensonge du personnage décrit. La première supposition me paraît la plus plausible. D’autant plus qu’il est plus loin question d’un voyage chez les Injolo.
6. Bongese e été pendant de longues années chef investi des Ntomba voisins de Coquilhatville, avec résidence à Bongonjo-Wangata. Voir l’article de Lufongula.
7. Le narrateur croit que Tawambe n’a pas été chef longtemps parce que les Blancs auraient découvert les supercheries sur lesquelles il basait ses prétentions. Il n’en est certainement rien. Car Tswamne a continué à être leur homme de confiance jusqu’à sa mort. Les cas de falsification connues et pourtant maintenues par l’administration coloniale pour conserver certains collaborateurs ont été trop nombreux pour admettre la raison donnée par le témoin. Tswambe est loin d’être le seul exemple de ces personnages proprement intouchables et inamovibles.
8. Expression pour signifier qu’il n’était pas un homme libre.
9. On embrouille les généalogies pour que en haut lieu le personnage soit reconnu comme membre du lignage principal, pouvant donc être candidat chef.
10. A une autre occasion B. Ngombo a encore ajouté les détails suivants : Mpande avait une très belle voix et était ainsi souvent invitée aux chants funéraires, dans lesquels elle excellait. Ce qui lui avait valu beaucoup de relations. Ainsi, on peut facilement expliquer qu’elle eu l’enfant Tswambe. De bons amis se cédaient ainsi mutuellement des enfants à titre de cadeau pour renforcer leur amitié. On achetait même des enfants pour les élever comme des siens propres.
11. Voici ce que raconte au sujet e Tswambe, Pius Wijima Bokilimba de Mbandaka Inkole.
‘Moi et Tswambé sommes du même âge. Nous avons été ensemble à la Colonie Scolaire de Nouvelle Anvers. Je l’ai ramené ici. Mais nous ignorons ses parents. Il n’avait pas un père. Mpande d’Ikengo, mère de Bonjusa Pierre, était sa mère adoptive. Il se donnait comme fils de Belongo l’Isoku de Bompanga. Et certains ont cru cette histoire. Mais pour moi, nous ne lui avons connu ni père ni mère. Belongo l’Isoku était son maître. Sur ces deux points, il n’y a pas de doute. Son appartenance à Ifeko est douteuse. Certains le croient originaire de la région de Bikoro, d’où Mpande l’aurait amené lorsqu’elle y allait danser. A la Colonie Scolaire, il était connu comme le fils de Bonkonju. De fait, il avait été donné à un patriarche des Infolo, nommé Bonkonju, père de Ntoko’.
12. De son côté, Tswambe m’a exposé vers 1940, sa généalogie. Sa mère Mpande était fille de Ingenji fils d’Eanga. Il ajoutait que son oncle maternel Eanga ea Entombo avait encore participé aux razzias organisées par les Ntomba (surtout Ikengo) avec les Eleku dans l’affluent de droite Ikwala (Likouala-aux-herbes) chez les Gada d’où on ramenait métaux et esclaves. Parmi celles-ci il citait Ekota Mbisa donnée comme épouse à Bobenja d’Ikengo, que Tswambe comptait parmi ses parents. Il ajoutait qu’une de leurs petites filles (Bonkekele) et une arrière-petite-fille (Bingoji) étaient encore en vie en ce temps-là.
G. HULSTAERT
BOKILIMBA Witshima (Pius), le controversé
Nous ne présentons ici que quelques faits importants de la vie de Bokilimba, notable des Mbandaka-Inkole (Ikongowasa et une partie des bords de la Ruke). Sa vie durant, il a combattu l’expropriation des terres des autochtones par l’administration coloniale. La presque totalité des éléments biographiques suivants ont été puisés dans les Archives Aequatoria (Fonds Hulstaert 9, 1-10).
***
Bokilimba Witshima est né le 17 octobre 1882 de P. Nkota, son père, et de M. Wanga, sa mère. Il est mort le 15.12.1979 (1a). Sa jeunesse a été sans doute profondément marquée par le nouvel ordre socio-économique : la colonisation belge et ses conséquences. Son éducation, supposons-le, se situe à cheval sur le modèle traditionnel et sur l’école occidentale. Par un concours de circonstances, il fréquente la Colonie Scolaire de Boma avant de s’incorporer dans la Force Publiques le 1.6.1911. Démobilisé, le 31.12.1913 (1b), il est moniteur aux Huileries du Congo Belge à Ebonda (Alberta). En 1919, il rentre à Mbandaka avant de se faire engager comme vendeur à Bokote chez Mr. Frisset. En 1920, il entame une oeuvre de développement de son milieu en cultivant la terre. Déjà à cette époque, et peut-être inspiré par l’expérience d’Ebonda, avec ses travailleurs, il plante 400 palmiers et autres arbres fruitiers entre la S.D.C. et L’interfina à Boloko wa Nsimba. En 1922, il fait planter encore 300 palmiers à Bofunga (actuel Ikongowasa), village fondée par lui et ses frères. De 1921 à 1946, sur conseil de ses frères, il alla s’installer à Mbandaka-Inkole qu’il fit débroussailler complètement. En 1951, Mr. Gobert (A.T.A.) visita ses palmeraies et lui en reconnut la propriétés exclusive.
Pour protéger ses plantations contre les voleurs, il engagea des ‘sentinelles’ vêtues d’une uniforme spécial. Cet acte fut qualifié de création d’une police parallèle, et partant, contraire l’ordre public établi. Il fut aussi accusé de percevoir des redevances sur des terres cédées aux habitants du C.E.C.
Le 23 avril 1947, il perd le procès dans une affaire l’opposant aux chefs Eugène Nsaka de Boyeka et Pierre Mokondjo de Boyela, accusés par lui d’accaparement des terres lui appartenant de droit coutumier. Le tribunal du territoire de Coquilhatville, présidé par l’A.T. Crocket, assisté des juges Jean Botoli et Maurice Lenga, ainsi que du greffier Joseph Tswambe, le condamne à 2 mois de servitude pénale principale et propose ‘la relégation du prévenu dans un endroit très éloigné de Coquilhatville, et de préférence dans un centre de relégation pour relégués dangereux’ (2).
Notons qu’au début du procès, Bokilimba avait refusé de comparaître devant les deux juges susnommés, étant donné qu’ils n’étaient pas originaires du secteur des Elinga, ce qui a été qualifié par le tribunal d’injure á l’égard de ces juges dans l’exercice de leur fonction.
Le 22 mai 1947, il interjeta appel auprès du parquet : sans résultat escompté, sauf annulation d’une amende de 500 francs à verser à titre de dommages et intérêts à la caisse de la chefferie Tumba (3).
Une autre raison de refus non exprimée par Bokilimb peut être le fait que Tswambe avait le soutien de Eanga Lucien (frère ennemi de Bokilimba), de la branche masculine qui, reconnu capita et notable conseiller, avait le soutien de l’administration coloniale dont il favorisait la politique expropriatrice des terres. Ces menées étaient considérées par Bokilimba comme atteintes à la propriété foncière (4).
Manifestement sévère, le verdict contre Bokilimba témoigne de sa personnalité tenace, et s’inscrit tout à fait dans la logique du sort réservé à tout opposant à l’ordre établi. Cela peut s’expliquer ainsi, car la seule revendication des terres ne pouvait pas entraîner la relégation de cet homme, loin des siens à Boóké (Kasai oriental), de 1947 à 1950 (5).
Ce n’est pas l’unique fois que Bokilimba était victime de mesures pareilles. De Thier en fait allusion en ces termes :
‘Quoi qu’il en soit, étonnés des nouvelles tergiversations des autorités européennes, une fraction des habitants du centre, composée en ordre principal de notables et le clercs, proposa, par lettre en date du 2 mai 1935 et signée de 50 noms, le nommé Bokilimba Witshima Pius comme chef du centre de la cité indigène de Coquilhatville. Bien qu’ayant été condamné en 1932 pour dénonciation calomnieuse et détention illicites de munitions, ce Bokilimba avait déjà été proposé une première fois, en janvier 1934, pour remplir les mêmes fonctions, il le fut une seconde fois en mai 1935, alors qu’il se trouvait également pour la seconde fois, en détention’ (6).
Au candidat de la majorité, le pouvoir colonial préféra Ernest Itela (1934-1953) dont une étude est en préparation par Monsieur Lufungula.
Une avenue, qui porte aujourd’hui le nom de Bokilimba au quartier Ikongowasa (ex. Bruxelles), honorera certainement, et pour longtemps, la mémoire de ce grand combattant, défenseur des droits fonciers à une époque où il était trop oser et très compromettant de les revendiquer.
Notes
1a. Ces dates nous ont été données à Mbandaka, le 30.5.1990 par son fils Witshima Yende Ibuka (Donat), né le 28.8.1923. Il a ajouté que les documents officiels mentionnent plutôt 1892 comme date de naissance de son père qui, de son vivant, ne cessait de dénoncer cette erreur. D’après la même source et suivant l’orthographe admis en lomongo, son père s’appelait Wijima, et non Witshima comme attesté par certains documents.
1b. Son livret militaire faisant foi, Bokilimba a porté successivement les grades suivants ; caporal (1.6.1911), sergent (1.4.1912), premier sergent (1.6.1913).
2. Archives Aequatoria FH, 9-1-10 : Feuilles d’audience et de jugement n° 122, 6 pages dactylographiées (copies)
3. ibi., 2 pages dactylographiées (copies)
4. G.Hulstaert, Aux origines...p. 90 (voir Bibliographie n° 89)
5. Ibidem
6. F.M. De Thier, Le Centre Extra-Coutumier de Coquilhatville, p. 41.
BOFONGE, premier noir bourgmestre de Mbandaka
1. Introduction
Joseph Bofonge, nommé depuis 1972 Bofonge w’Ekila Esende, est né à Euli (Sone de Bolomba), le 21 mars 1914 de Bofonge Intuka et de Ekila Efekele. Après ses études primaires en 1931 chez les Missionnaires protestants de la Congo Balolo Mission (C.B.M.), il est engagé le 1er janvier 1935 comme Secrétaire-greffier de la Chefferie des Lingoy sous l’autorité du Chef de Secteur Gustave Boyenge. Il quitte cet emploi pour Coquilhatville où il est engagé le 1er octobre 1945 au Commissariat Maritime en qualité de clerc. Il y fait connaissance de Mr. Jean Comes alias Limbombo et Mr. Léon Fraikin (1).
Le 31 août 1946, le Commissariat Maritime est supprimé. Bofonge se réengage au Centre Extra-Coutumier (C.E.C.) où il travaille sous les ordres de Mr. Crocket surnommé ‘Bolomba likolo’ (2). Au C.E.C. Bofonge découvre le Chef Ernest Itela ainsi que d’autres agents coloniaux, notamment, Mr. Joseph Stoop (3), nom associé au programme de construction des maisons de Fonds d’Avance à Coq II (Mbandaka II). Clerc recenseur à l’Etat-Civil et exerçant ses fonctions à l’entière satisfaction de son Chef direct Ernest Itela, Bonfoge fut aussi chargé de la perception des impôts. De là se forgera son expérience pour des responsabilités qui l’attendent.
2. Choix minutieux
En 1951, Mr. Arthur Rooman (4) est devenu Administrateur du Territoire de Coquilhatville. Bofonge gagne son estime. En 1953, le Chef Iitela souffrant de cécité, il fallait choisir son successeur parmi les 3 candidats suivants : Antoine Sambwa, Laurent Eketebi, et Joseph Bofonge. Devant l’alternative, le Commissaire de District Schollaert (5), sans douté influencé par Mr.A . Rooman, opta pour la candidature de Bofonge. Il se mit à convaincre ce dernier d’accepter les lourdes responsabilités qu’il tenait à lui confier. Il lui expliquait aussi la structure de l’administration, le rôle des conseillers et des juges. Avant de conclure, Mr. Schollaert se rendit à Bolomba chez le Chef Gustave Boyenge plaider le faux pour le vrai sur la conduite antérieure de Bofonge. Il l’informa que son ancien secrétaire-greffier avait commis une grave infraction et devait être prochainement relégué. Le Chef Boyenge s’en étonna, remit tout en question et réclama le retour de son ancien collaborateur. Stupéfait, Mr. Schollaert fixa définitivement son choix sur Joseph Bofonge.
3. Chef du C.E.C. de Coquilhatville (1953-1958)
Trois mois après son retour de Bolomba, Mr. Schollaert signa la décision n° 60/53 du 18mai 1953 portant nomination de Joseph Bofonge en qualité de Chef du C.E.C. de Coquilhatville en remplacement du Chef Ernest Itela.
Il fut installé par Mr. Georges Taelman (6) en présence de Mr. Rooman. Sous son mandat, Coquilhatville connut une intense activité socio-économique. Ce fut pour ainsi dire le début de la modernisation de la ville et de son industrialisation avec son corollaire la prolétarisation. Beaucoup de visiteurs vinrent honorer de leur présence le ‘Coq Belge’ (la cité indigène). Comme nous le verrons, le fait dominant de la politique de Bofonge fut l’essor de l’enseignement. En guise de récompense, l’autorité coloniale l’immortalisa en baptisant l’édifice scolaire sur l’avenue Ndoko à Coq I (Mbandaka I) du nom de ‘Ecole Communale Bofonge’ (aujourd’hui abandonnée).
ANNEE 1954
De 28 au 30 septembre 1954, le Ministre des Colonies, A. Buisseret (7) séjourna à Coquilhatville. Bofonge marqua de son empreinte les manifestations organisées à cette occasion comme l’atteste la Gazette de l’Equateur :
‘Monsieur Bofonge, Chef du Centre, en une adresse fort bien tournée, souhaita la bienvenue à l’illustre visiteur et exprima la conviction que l’intérêt que porte le Ministre aux populations autochtones contribuera à resserrer davantage les liens, déjà solidement établis, qui unissent blancs et noirs au Congo et particulièrement à Coquilhatville. Il remit ensuite á Mr et Mme Buisseret une magnifique garniture de bureau en ivoire et fit exécuter en leur honneur une danse indigène évoquant la chasse et la pêche qui furent longtemps les principales occupations de la population du pays’ (8).
L’événement qui fit date à Coquilhatville avant l’arrivée de Mr. Buisseret fut l’émouvante organisation des festivités marquant le 50è anniversaire de la mort de Stanley (1904-1954), cofondateur d’Equateurville, le berceau de Coquilhatville (9). Une grosse pierre en limonite fut dressée à l’endroit où se trouvait le quartier résidentiel des pionniers (Stanley, Vangele et Coquilhat). Michel Bamala y prit la parole. L’année 1954 connut aussi un fait important : l’inauguration le 11 octobre des bureaux de la SABENA sur l’avenue Dubreucq (actuellement Bonsomi) (10).
Vers la fin de l’année, A.R. Bolamba (11) vint se ressourcer dans son patelin ; mais il émit une opinion négative sur les relations entre Blancs et Noirs à Coquilhatville (12).
ANNEE 1955
Cette année s’ouvrit en beauté avec les débuts de l’asphaltage de la ville. La Gazette de l’Equateur y consacra des précisions suivantes :
‘Sur la première tranche de 10.240.000 frs, trois kilomètres d’avenues environ seront asphaltés. Les travaux commenceront dès le début de 1955. Voici les tronçons par lesquels on commencera : l’avenue Dubreucq, depuis le carrefour de la Sedec-Détail jusqu’à l’intersection avec l’avenue des Flamboyants ; l’avenues de la Mission, depuis le Cercle Sportif jusqu’à l’intersection avec l’avenue Dubreucq ; l’avenue Jean-Marie Jadot, depuis l’avenue Royale jusqu’à l’intersection avec l’avenue Duchesne, en face des magasins Jacquart ; l’avenue Reine Elisabeth, depuis le carrefour de la Sedec jusqu’à l’intersection avec l’avenue Duchesne, depuis le beach OTRACO jusqu’à l’intersection avec l’avenue Vankerkhoven, devant le bâtiment des travaux publics. Une nouvelle tranche de 10 millions est prévue d’ores et déjà pour permettre la continuation de ces travaux...’ (13).
Les responsables imprimèrent un rythme rapide à ces travaux, car la ville s’apprêtait à recevoir S.M. le Roi Baudouin. En effet, l’illustre hôte arriva à Coquilhatville le dimanche 22 mai 1955, accompagné de Mr. Pétillon, Gouverneur Général (14). Mr. N. Mulle (15), Gouverneur de province, les reçut en compagnie de la notabilité locale. Du côté des autochtones, on remarqua la présence de Joseph Bofonge, Chef du C.E.C. et celle des membres du Conseil de Province comme Michel Bamala, Commis-chef de la Banque du Congo-Belge, Valentin Iluku, Chef de Secteur du Territoire de Bikoro, Jean Bobwa, Chef de Secteur du Territoire de Bokote, Octave Veda, Chef de Secteur du Territoire de Budjala (16). Au Cercle Léopold II (17), le Chef Bofonge prononça le discours suivant en l’honneur du Roi avant de lui offrir différents cadeaux.
‘Sire,
Au nom de toute la population de la Province de l’Equateur, j’ai l’honneur de présenter respectueusement à Votre Majesté nos sincères souhaits de bienvenue.
La présence de Votre Majesté au Congo nous offre une fois de plus l’occasion de témoigner à la Belgique, notre loyal et indéfectible attachement et de vous exprimer, Sire, notre reconnaissance, pour les bienfaits innombrables nous apportés par les Belges, nos civilisateurs. Aussi nous ne pouvons cacher à Votre Majesté combien nous sommes contents d’eux et nous leur demandons de continuer à prendre à cœur cette grande oeuvre humanitaire et civilisatrice que leur a léguée le Souverain Génial, Sa Majesté Léopold II, Fondateur de l’Empire Congolais.
En signe de reconnaissance, nous prions Votre Majesté de daigner accepter ces modestes cadeaux qu je me permets de lui offrir au nom de la population de la Province, représentée par les chefs et notables ici présents.
District du Congo-Ubangi : 1 léopard et un costume d’initiation ‘Gaza’.
District de la Tshuapa : 2 anneaux en cuivre ‘Ikiyake’.
District de l’Equateur : 1 pointe d’ivoire travaillée par un de nos congolais...’
Vive le Roi ! Vive la Belgique ! Vive le Congo’ (18) !
La fête se poursuivit au Stade Baudouin (actuellement Stade Mobutu) où divers jeux et danses furent exécutés : jebola, esio kolomba, boluku lokombe, etc.
Au cours d’un entretien, le Roi demanda à Bofonge son opinion sur l’existence de deux cités séparées, l’une pour les Noirs en l’autre pour les Blancs. Bofonge répondit audacieusement qu’il répugnait cette situation. Ensuite il porta à la connaissance du Roi qu’il était interdit aux Noirs de circuler en ville (entendez quartier européen) au-delà des heures de service, à l’exception des domestiques, et qu’aucun Noir non- pouvait y avoir un logis !
Le Roi exprima par après son idée de faire construire un home des vieillards à Coquilhatville. Bofonge ne put que s’en réjouir. Quelques temps après le voyage du Roi naquit l’Union des Femmes Coloniales, réunissant tous les jeudis le épouses des Européens et celles des évolués chez chacune d’elles à tour de rôle.
Vers la fin de l’année Bofonge reçut au Cercle Léopold II le nouveau Gouverneur de Province, Mr. Schmit (19) à qui il exposa le problème du logement dû à l’augmentation de la population (20).
Le dernier fait éclatant de l’année fut l’ouverture d’une classe de l’école de moniteurs avec 30 élèves et de l’école officielle laïque pour enfants européens (21). La suite nous démontrera que Bofonge ne s’échinera pas pour décrier les écueils qui empêchaient les enfants noirs d s’inscrire à l’école belge.
ANNEE 1956
Le 24 août, Bofonge accueillit de nouveau Mr. A. Buisseret, Ministre des Colonies, et Mr. Lilar, Ministre de la Justice, en provenance de Lisala, à bord du M/S Huy (22). Bofonge ne put profiter de cette belle occasion pour exprimer ses vues sur l’enseignement à Coquilhatville. Cependant il y parvint en novembre à Elisabethville (Lubumbashi) lors de la cérémonie d’ouverture de l’Université Officielle du Congo par le Ministre Buisseret (23). En effet, Bofonge put s’entretenir avec lui et en profita pour solliciter la création des écoles officielles laïques dans la Province de l’Equateur. Bofonge était accompagné de Nicolas Bolia du territoire de Kungu. Il y rencontra les délégations des autres parties du pays. Il y fut reçut par Pascal Luangi et Isaac Kalonji. Ensuite il se rendit à Bujumbura et à Stanleyville (Kisangani).
A son retour à Coquilhatville, Bofonge fut accueilli à l’aéroport par Mr. Cobut, fonctionnaire aux Affaire Indigènes et Main-d’Oeuvre (AIMO) (24).
Le 15 novembre, un groupe d’évolués, parmi lesquels Bofonge, adressa une lettre au Ministre Buisseret lui sollicitant la création des écoles officielles laïques dans les C.E.C.
Enfin, les bureaux du C.E.C. furent transférés de Coq I à Coq II dans les nouveaux bâtiments construits par MM- Delinte et Boudart (25).
ANNEE 1957
Ayant constaté la ségrégation qui existait à l’Athénée Royal de la place, au cours de la 2è session du Conseil de Province, Bofonge souleva la question de la création d’un athénée pour enfants congolais comme dans d’autres chefs-lieux de Provinces. Il déplora le fait que l’Equateur n’avait pas encore de candidats à l’université (26). Son intervention attira l’attention de l’autorité coloniale qui la jugea pertinente, car non seulement elle répondait à une attente réelle, mais aussi et surtout elle anticipait la concrétisation d’un programme en cours (27).
Le 18 juin, le Ministre Buisseret répondit à la lettre des évoluées de Coquilhatville :
‘Messieurs,
Votre lettre collective du 15 novembre 1956 m’est parvenue avec quelque retard mais elle n’en perd pas pour autant ni son grand intérêt, ni son actualité. Prévenant en quelque sorte vos souhaits, j’ai déjà avisé les autorités d’Afrique que le principe de limiter aux centres la création d’écoles officielles devait pouvoir comporter certaines dérogations, notamment lorsque la nécessité s’en ferait sentir ou lorsque les populations elles-mêmes en feraient la demande. Le même élargissement du principe a été porté à la connaissance du Fonds du Bien-être.
Toutefois, aussi excellentes que soient nos intention, il faut tenir compte d’un importante difficulté de caractère passager, j’ose le croire. L’insuffisance du recrutement du personnels enseignant qualifié ne permet pas de suivre les besoins. Il convient donc de vous armer de patience avec la certitude que vos aspirations légitimes sont connues et comprises.
Veuillez croire, Messieurs, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs’ (28).
Sous le gouvernorat de Mr. Spitaels (29), Bofonge devint membre du Conseil du Gouvernement Provincial. Il en profita pour faire procéder au changement du niveau et de la qualité des programmes scolaires, surtout des écoles pour filles. Il combattit aussi la ségrégation raciale dans l’enseignement. MM. Spitaels, Devaux (30) et Maître Herman (31) l’exhortèrent à la fermeté.
Grâce à l’installation de l’éclairage public, on nota ‘une importante modification aux heures de couvre-feu dans le C.E.C. de Coquilhatville’. Au point de vue social, le chômage diminua par la présence des sociétés de constructions qui ont réalisé l’érection du grand marché de Coq II, de l’hôpital général, des maisons d’habitation du plateau T.P., de l’actuel Banque du Zaïre, de la Grande Poste et la poursuite du programme des maisons Fonds d’Avance sans oublier l’asphaltage des avenues, etc.
En juin, l’actuel Président de la République du Zaïre, le Maréchal Mobutu, alors journaliste à l’Avenir, rencontra à Léopoldville J. Bofonge et Lambert Kapinga, membres du Conseil du Gouvernement Général. Ce fut à l’hôtel Palace, en face de la Banque du Congo (B.C.Z.), au bord du fleuve. Il les photographia pour son journal.
ANNEE 1958
Le mandat de Bofonge fut marqué en cette année par l’exode rural et la création de nouveaux quartiers (33). Le 11 mars, Bofonge participa à la session du Conseil de Province où l’on interpella les autorités de la ville sur ce fléau. La réunion eut lieu au Cercle Sportif (34). Le 1er mars, Mr. Buisseret revint un 3e fois á Coquilhatville accompagné de Albert Zinga, commis adjoint de 1ère classe au service du personnel du Gouvernement Général à Léopoldville.
En mai, le Journal Mbandaka sous la plume de Louis Ilufa annonça : ‘Bientôt, Radio Coq...’ (35). Mais l’inauguration se fit attendre pour quelques mois encore.
Le 20 septembre, Bofonge fit partie de la délégation de Coquilhatville pour l’Exposition Universelle à Bruxelles. Il en fut vivement impressionné. Au Musée de Tervuren, il retrouva les cadeaux offerts au Roi Baudouin lors de son passage á Coq en 1955 ! De retour à Coquilhatville, il s’affronta aux conséquences de l’Ordonnance n° 12/357 du 6 septembre 1958 élevant Coq au rang de ville. Les élections furent organisées sur l’étendue de la ville afin de nommer les 2 bourgmestres ( de Mbandaka et Wangata). A l’époque la Commune de Mbandaka comprenait la population noire, tandis que celle de Wangata la population européenne. Le 1er octobre, Mr. P. Ahrens fut provisoirement nommé Premier Bourgmestre de Coquilhatville ; il sera confirmé dans ses fonctions le 15 décembre par l’arrêté n° 111/370.
Le 16 décembre, l’arrêté n° 111/371 nomma R. Lermusieaux (36) et Joseph Bofonge, respectivement Bourgmestre de Wangata et de Mbandaka.
4. Bourgmestre de la Commune de Mbandaka
ANNEE 1959
J. Bofonge fut installé le 4 janvier par Mr. Ahrens, tandis que l’écharpe de maire lui fut ceinturée par Mr. Locus (37). Lokole Lokiso en fit écho et publia les différents bureaux des édiles communaux (38).
Le 12 avril eut lieu les émissions expérimentales de la Radio (39). Le matin, le Bourgmestre Bofonge s’adressa à la population en français, et le soir en lingala.
Ce mois fut marqué aussi par la visite du Roi Léopold III et la Princesse Liliane (40). Lors de la randonnée à travers la cité, la voiture transportant la Princesse tomba en panne ! Bofonge lui prêta la sienne. Le geste valut à son auteur une invitation à l’Hôtel de Ville de Mbandaka.
Peu après, Bofonge se retrouva à Léopoldville pour une réunion des Bourgmestres congolais, réunion à laquelle les Bourgmestres de l’Abako ne prirent pas part.
La dernière institution à laquelle Bofonge fut membre est le Collège Consultatif Provincial. Il en fut Conseiller-Rapporteur. Et la dernière personnalité qu’il accueillit fut Mr. Van Hemelrijk (41), le Ministre du Congo-Belge et du Rwanda-Urundi.
Le mandat de Bofonge expira la veille des élections de décembre. Au même mois, le Roi Baudouin revint à Coquilhatville. Bien qu’élu conseiller, Bofonge préféra se retirer dans son village natal où il s’est converti en planteur jusqu’aujourd’hui.
Notes
1. J. Comes et L. Fraikin, voir Annuaire Officiel (A.O.) respectivement : 1954, p. 569 et 1930, p. 342.
2. C. Crocket, voir A.O., 1954, p. 572.
3. J. Stoop, ibi., p. 581.
4. A. Rooman, ibi., p. 587.
5. J. Schollaert, ibi., p. 558.
6. G. Taelman, voir A.O., 1959, p. 451
7. A. Buisseret, lire Biographie Belge d’Outre-Mer (BBOM) tome VI, p. 136-145.
8. Gazette de l’Equateur, n° 34, du 15 octobre 1954, p. 8. La même source signale qu’au cours d’une garden party, Mr. Kapinga, assis à une même table avec les Messieurs Vandresse et Flament, fut abordé par A. Buisseret. Mr. Kapinga lui posa la question de savoir où on en était avec la pétition en faveur d’une école laïque pour indigènes à Coq, le ministre répondit qu’il était un partisan convaincu de l’enseignement officiel, qu’il avait bien reçu la pétition et ne la perdait pas de vue, mais qu’il ne serait en mesure de prendre une décision officielle et formelle qu’en novembre prochain.....
9. Voir le programme des manifestations organisées à cette occasion dans Pax, 2ème Année, n° 5, mai 1954, page 1. Notre travail pourra aussi être utile : Lufungula Lewono, ‘Il y a cent ans naissait Equateurville, l’ébauche de l’actuelle ville de Mbandaka (juin 1883-juin 1983)’ dans Zaïre-Afrique, pp. 301-313.
10. Lire Gazette de l’Equateur, 1er nov. 1954, p.8.
11. Lire notes biographiques sur lui dans Mabi Mulumba et Mutamba Makombo, Cadres et Dirigeants au Zaïre, qui sont-ils ? Ed. C.R.P. 1986, pp. 62-64.
12. A.R. Bolamba, ‘Impressions de voyage. Coquilhatville en 1954’ dans La voix du Congolais, Janvier 1955, pp. 88-105. A la page 102, l’auteur écrit : ‘Hélas, on attend toujours les réunions du Cercle Léopold II. Des couples s’y rendent pour se rafraîchir. Les Blancs y viennent de temps à autre, pour causer avec de Noirs. Cela ne suffit pas à faire vivre un cercle. Ceux qui en sont les responsables devraient se montrer plus dynamiques, plus agissants et non pas indifférents, moqueurs et insouciants. Les discours occasionnels reconnaissent l’existence d’une élite autochtone à laquelle sont promis l’aide et l’appui des Européens, dans son acheminement vers le progrès. C’est tout. Les jours succèdent aux jours. Les contacts humains ne se multiplient point’.
13. Crf. Les commentaires sur la conférence de presse de Mr. Boey, Commissaire Provincial, le jeudi 14 octobre 1954, dans Gazette de l’Equateur, n° 35 du 1er novembre 1954, p. 10. Le même conférencier annonce la création du Marché ‘indigène’ de Coq II, au croisement de l’avenue Breuls de Tiecken et de la nouvelle route Coquilhatville-Wendji.
14. L. Pétillon, voir A.O., 1959, p. 76.
15. N. Muller, voir A.O., 1954, p. 533.
16. ‘Bokulaka nda Coq’, dans Lokolé Lokiso, n° 11 du 1er juin, 1955, p. 1 et p. 8. Quant à la date de l’arrivée du Roi à Mbandaka, on pourra lire l’article de Tourbillon, ‘Joyeuse entrée du Roi Baudouin à Coquilhatville’, dans Pax, de juin 1955, p. 1 et p.8.
17. Bâtiment en face de la Zone de Mbandaka I, actuellement occupé par le C.P.S. Lire surtout H. Vinck ‘Le Cercle Léopold II à Coquilhatville (Mbandaka) dans Annales Aequatoria 7 (1986) 337-344.
18. Archives privés de Bofonge. Le discours se retrouve aussi dans Pax n° 6, de juin 1955, p. 7, et dans La Voix du Congolais (1955) 553-555 (en extrait). La traduction en lomongo est l’œuvre de Empuli sous le titre : ‘Sefu Bofonge asombola Bakulaka’, dans Lokole Lokiso, juin 1955, p. 8.
19. G. Schmit, voir A.O., 1954, p. 533
20. Lire La Voix du Congolais, déc. 1955, p. 982-983.
21. Lire le reportage sur le conseil de Province 1956, dans Pax, avril 1956, p. 3.
22. L’hebdomadaire Mbandaka du 23 août 1956 en parle à la p.1, et Lokolé Lokiso du 15 août à la page 1 également.
23. D’après Mgr. L. Gillon, premier recteur de Lovanium, ‘Créée par décret du 26 octobre 1955, l’Université officielle du Congo (U.O.C :) ouvrit ses portes le 11 novembre 1956. Légalement parlant, et sur papier, il s’agit de la première ‘université’ du pays, puisque Lovanium portrait encore en 1955 le titre de ‘centre universitaire congolais’. Lire son livre : Servir. En actes et en vérité, Duculot, Paris-Gembloux, 1988, p.111.
24. R. Cobut, voir A.O., 1954, p. 574.
25. Tous deux, des colons bien connus à Mbandaka. Delinte est décédé le 30 janvier 1989 et con associé est mort bien avant lui.
26. Aux archives privées de Bofonge, la question est la 7e à l’ordre du jour.
27. Cet athénée est l’actuel Institut de Mbandaka non loin du Building administratif et du bureau de l’Assemblée régionale de l’Equateur à Mbandaka.
28. Archives de Bofonge.
29. O. Spitaels, voir A.O., 1954, p. 712.
30. Aucune mention dans le A.O.
31. Même observation.
32. G. R. Nkana, voir Bibl. N° 170.
33. Idem, voir Bibl. N° 175.
34. Lire ‘Première session du Conseil de Province de l’Equateur 1958’, dans Mbandaka, 15 mars 1958, p. 1 et 3 ; et dans le n° 22 mars, p.1.
35. Lire Mbandaka du 31 mai 1958, p.1 et3.
36. Pas de mention dans les Annuaires Officiels, et pourtant il est cité dans tous les quotidiens et actes officiels de l’époque. L’auteur de cet article occupe son ancienne habitation !
37. E. Locus, voir A.O., 1959, p. 481
38. Lire Lokolé Lokiso, 15 janvier 1959, p.1.
39. Précision donnée par Mosoko Mogala (Ambroise), 55 ans.
Le 12 avril 1959, Mr. Schartz, Directeur Régisseur, secondé par Mr. Lewbin, présenta l’équipe de la rédaction :
1. Mosoko (Ambroise) : rédacteur Speaker
2. Nzondomyo (Alfred) (+)
3. Ilofo (Simon) (+)
4. Bofunga (Nicolas)
Les peakerines furent:
1. Loola (Marie-Thérèse)
2. Maemba (Rosalie)
3. Amba (Cécile)
Et plus tard:
1. Bosilio (Marie Thérèse)
2. Ifoku (Joséphine)
3. Ikolo.
40. Lokolé Lokiso ‘Bokulaka Léopold III nda Coq’, avril 1959.
41. M. Van Hemelrijck, voir BBOM, tome VII.B., p. 186-190. Lokole Lokiso raconte aussi son arrivée à Coquilhatville (édition du 15 juin 1959, p.2). Cuvette Centrale en faut aussi allusion (15 juin 1959, p. 4-5). Lire aussi les Dossiers du C.R..I.S.P., Congo 1959, p. 56.
LUFUNGULA Lewono
Les Gouverneurs de l’Equateur (Zaïre) 1885 1990
Première partie : de 1885 à 1960
Se référant au premier décret du 16 avril 1887 portant organisation du gouvernement local de l’Etat Indépendant du Congo, décret qui reconnaît le District comme une division territoriale au Congo, le Roi-Souverain Léopold II fixa par décret du 1er août 1888, les limites du pays et le nombre de districts, onze au total, dont celui de l’Equateur. Les impératifs d’ordre administratif obligèrent le Roi-Souverain à créer le 5 août 1888 trois classes de Commissaires de Districts et leurs adjoints (1). Le 27 octobre de la même année, un décret royal publia les noms des premiers responsables de ces grandes entités administratives (2). Au début, le District de l’Equateur était dépourvu de tête. En effet, par arrêté du 25 juin 1889, le Gouverneur Général l’avait mis sous l’autorité de Van Kerckhoven, successeur de Coquilhat, au commandement du District de l’Ubangi et Uele avec résidence à Nouvelle-Anvers (l’ancienne station des Bangala, débaptisée Mankanza depuis le 30 juillet 1890). Le véritable premier chef de la Région de l’Equateur fut Charles Lemaire (Cuesmes 26.03.1863 Bruxelles 21.01.1925) (3). Sa promotion date de décembre 1890. Nous lui devons le transfert de la première Station d’Equateurville et l’attribution officielle du nom de Coquilhatville au nouvel emplacement. A son actif aussi la mise en valeur économique du District et de nombreux écrit sur le Congo. Les autochtones l’avaient surnommé Ikooka, c’est-à-dire, le tireur.
Son successeur fut Léon Fievez, connu sous le sobriquet de Ntange (Havré 30.04.1853 Bruxelles 27.05.1939) (4). Arrivé au Congo le 22 avril 1888, il ne prit le commandement du District de l’Equateur qu le 1er avril 1893. Ce commissaire de District de première classe s’imposa comme le véritable bâtisseur de Coquilhatville moderne : il y faisait construire les premières maisons en briques. Cependant les exigences du programme de développement administratif, de plantations, de récolte et d’entreposage du caoutchouc ternirent son honneur aux yeux des Congolais et des gens honnêtes (5). Il rentra en Belgique le 14 mai 1896.
De 1895 à 1898, Gustave Sarrazyn (Furnes 06.10.1864 Londres 03.12.1915) (6) prit la relève de Léon Fievez à la tête du District de l’Equateur. Les Congolais le connurent sous le nom de Wilima. Il exerça ses nouvelle fonctions en qualité de Commandant de 2ème classe. Plus tard, il quitta l’administration pour la Compagnie du Kasai. Il effectuait de nombreux voyages de recrutement dans le District.
De 1898 à 1901, le District de l’Equateur passa sous le commandement du Capitaine-Commandant de 2è classe, René Dubreucq (Flobecq 05.11.1869 Yser 09.10.1914), appelé Lomame par les Congolais (7). A son époque naquit le Jardin d’Eala (1900) sur l’initiative du professeur Emile Laurent. Le 30 octobre 1899, Dubreucq fut élevé au grade de Commissaire de District de première classe. Il fit en Belgique de nombreuses conférences et publications sur le Congo, fruit de son séjour dans le pays et de ses voyages dans son District de l’Equateur.
Le remplaçant de Dubreucq, Guillaume De Bauw (Bourg-Léopold 03.07.1865 Bruxelles 09.03.1914) (8) assuma les responsabilités de Commissaire de District de première classe à l’Equateur de 1901 à 1904. Les Congolais l’appelaient Polo. Pendant son exercice, il développa Coquilhatville, recruta la de main-d’œuvre parmi les Mbole, accorda une sérieuse attention à l’essor des postes agricoles de son District et explora les rivières Momboyo, Salonga et Lomela. Son adjoint Gustave Stevens (Bruxelles 13.08.1866 Bruxelles 18.01.1928) (9) se vit confier la direction du District de l’Equateur le 17 février 1902°4. Son passage à la tête de ce district fut éphémère. En effet dès la fin de fin de l’année ou au début du mois de janvier 1905, il céda la place à Albéric Bruneel. Retenons que Stevens avait reçu la fameuse Commission d’Enquête instituée par Léopold II le 23 juillet 1904 pour enquêter des abus que l’on reprochait à ses agents. Les autochtones surnommèrent ce colonial Tala-Tálá.
Le successeur de Stevens, Albéric Bruneel (Renaix 05.01.1863 Liège 06.08.1914) (10) fut placé le 18 décembre 1904 à la tête du District de l’Equateur avec le grade de Commissaire Général. Pendant ses trois années à l’Equateur, il s’occupa intensément des travaux d’assainissement et d’assèchement des marais de Coquilhatville. Il reprit pour l’Etat le patrimoine de l’A.B.I.R. (11) dans le territoire de la Maringa Lopori dont les habitants furent à maintes reprises brutale ment matés. Ses recherches botaniques lui valurent une grande renommée dans le monde scientifique. Le 11 septembre 1907, Bruneel regagna la Belgique. A. Bertrand (12) lui succéda. Avec l’aide d’Alphonse Engels, Commandant de la Force Publique avec résidence á Bokatola, il introduisit de force l’ordre colonial chez les populations du lac Tumba.
En novembre 1908, une ère nouvelle s’annonça pour le grand District de l’Equateur grâce à son nouveau titulaire, Fernand Borms (Laeken 07.05.1870 Liège 02.11.1952) (13). Il foula le sol congolais en avril 1896. Il exerça plusieurs fonctions notamment celles de Commissaire de District du Lac Léopold II (actuellement Maindombe). Nous lui devons le transfert du chef-lieu Kutu à Inongo (Ndongo). Il fut muté à L’Equateur toujours en qualité de Commissaire de District au mois de novembre 1908 jusqu’au mois de novembre 1911, date à laquelle il passa le commandement à Louis Sarolea (Hsselt 19.03.1874 Anvers 07.10.1914) (14).
Celui-ci était arrivé en Afrique en 1897. Après avoir assumé plusieurs responsabilités dans la Force Publique, il fut promu le 2 novembre 1911 au grade de Commissaire de District de l’Equateur jusqu’en avril 1912, date de retour de Borms à Coquilhatville, cette fois-ci, en qualité de commissaire Général. Il occupa de nouveau son ancien poste jusqu’au mois de juillet 1914, parce que rappelé dans l’armée métropolitaine lors de la première guerre mondiale. Nous ignorons le nom de son remplaçant. Deux ans plus tard, soit en avril 1916, il revint à Coquilhatville mais rentra au mois de juillet en Europe pour raison de santé.
En 1917, le District de l’Equateur devint la Province de l’Equateur du Congo Belge (15). Son gouverneur titulaire fut Georges Moulaert (Bruges 19.05 1875 Bruxelles 17.09.1958). Il apprit le 20 août 1917 la nouvelle de sa promotion au poste de Vice-gouverneur général de la Province de l’Equateur. Il quitta le front de l’Yser où il était affecté et s’embarqua au mois de novembre pour la Colonie. L’auteur de sa notice biographique, R. Vanderlinden nous apprend que :
‘Aussitôt arrivé à Coquilhatville, Georges Moulaert s’attaque à l’organisation administrative, à l’aménagement des centres urbains, à l’exploitation des richesses naturelles. Il visite successivement tous les centres de la province et essaie de résoudre les nombreux problèmes qui se présentent. Malheureusement ses initiatives sont bridées par l’esprit centralisateur et bureaucratique auquel il se heurte ; c’est pourquoi en 1919, il quitte le Congo sans attendre la réunion du Conseil du Gouvernement, estimant que les gouverneurs de province n’y avaient pas la place ni l’influence revenant à leurs fonctions’ (16).
Le départ brusque de Moulaert permit à Alphonse Engels (Shaerbeek 07.01.1880 Uccle 31.08.1962) (17) d’assumer son intérim et de lui succéder en définitive. Cet agent colonial ne fut pas nouveau à l’Equateur. Il y entra en 1906 et évolua dans l’armée pour déboucher dans l’administration à partir de 1916. Et le 15 août 1916, il devint Commissaire Général assistant du Vice-Gouverneur général de la Province de l’Equateur et le remplaça effectivement jusqu’au 25 octobre 1921. En mars 1922, il fut affecté à la Province du Congo-Kasaï.
Après Engels, vint le tour d’un grand colonial, Charles Duchesne (Molenbeek Saint-Jean 01.09.1881 Saint-gilles 17.11.1945) (18). Son mandat fut le plus long de tous les gouverneurs de l’Equateur : de 1921 à 1933. Il fut aussi le premier gouverneur non militaire à diriger le gouvernement provincial á Coquilhatville. Sa carrière coloniale débuta le 30 octobre 1907 dans la magistrature. Ayant vécu longtemps à Coquilhatville, il connut parfaitement cette région à cause de ses nombreux déplacements d’inspections judiciaires. Ses services loyaux lui valurent 11 novembre 1917 la nomination par le Ministre Renkin au poste de Secrétaire Général. Le 17 août 1919, après avoir été Commissaire Général Assistant le Gouverneur de la Province Orientale, (il le remplaça un moment), il devint Commissaire Général Assistant en titre. Et dès le retour à Stanleyville (Kisangani) d’A. De Meulemeester, Duchesne rentra à Coquilhatville pour y prendre la direction du gouvernement provincial de 1921 à 1922. Peu après son arrivée, il reçut le grade de Vice-Gouverneur Général par intérim de la Province de l’Equateur (19). Au cours de ce mandat, il eut la visite du Gouverneur Général Lippens et résolut beaucoup de problèmes fonciers. De janvier à septembre 1922, il séjourna en Europe pour un repos statutaire. L’intérim fut confié à Georges Van Der Kercken (Ixelles 16.10.1888 Woluwé-Saint-Lambert 03.12.1953) (20). Un grand homme de droit qui exerça de 1919 à 1924 des fonctions administratives dans la Province de l’Equateur en qualité de Commissaire Général a.i. ou de Vice-Gouverneur ff. Il se fit aussi un des grands théoriciens de la politique coloniale en prônant avec ferveur l’application de l’Administration indirecte.
Après son congé prolongé en Europe, Duchesne regagna ‘sa chère province pauvre’, cette fois-ci en tant que Gouverneur de la Province (21). L’essor de la ville de Coquilhatville et le contrôle du comportement des agents des sociétés commerciales installées dans sa province le préoccupèrent au plus haut point. Pendant cette période, il fut honoré de la visite d’hommes de marque tels que le Ministre d’Etat, le Comte Carton de Wiart, le Gouverneur Général Lippens, Martin Rutten, De Heem, etc. Le 4 octobre 1924, Duchesne prit légitimement son congé après avoir remis l’intérim à W.E. Parker, le Commissaire Général de Province.
Alors qu’il était encore en congé, un arrêté royal fit de Duchesne le 20 décembre 1924 Vice-Gouverneur Général et Gouverneur titulaire de la Province de l’Equateur. Rentré à l’Equateur en 1925, il y reçut successivement S.A.R. Le Prince Léopold, l’écrivain André Gide (22), l’ancien Gouverneur Général Lippens, etc. Au bout de son mandat, il reprit le chemin de l’Europe pour un congé statutaire qui s’acheva en 1928. Par dérogation ministérielle, Duchesne assuma un autre mandat de 1928 à 1933, pendant lequel il reçut les souverains belges, le Roi Albert et son épouse conduits par le Gouverneur Général Tilkens. IL combattit les abus des agents commerciaux envers leurs travailleurs pour obtenir plus de copal. En 1927, Duchesne se retira en Europe pour se reposer, et le Commissaire Général J.Jorissen assuma son intérim jusqu’en 1928. Le 24 mars 1933, Duchesne fut admis à la retraite. Avant de s’en aller, Duchesne remplaça momentanément le Gouverneur Général Tilkens de 1929 à 1930. Son propre intérim fut assumé par le Commissaire Général Jorissen comme ce fut le cas en 1927-28. Il eut aussi le bonheur de présider à l’inauguration des routes d’intérêt public à Libenge et à Lisala et de recevoir le Duc de Brabant accompagné de la Princesse Astrid. Le successeur Duchesne, J. Jorissen gouverna de 1933 à 1934 et porta le nouveau titre de Commissaire de Province de Coquilhatville (23). Il en fut de même de son remplaçant E. Van de Cappelle (Liège 12.0.1881 Schaerbeek 12.06.1937) (24). Sa carrière territoriale débuta au Congo en 1931. Le 31 juin de la même année, il devint Commissaire Général et le 11 juillet 1934 Commissaire de Province. Il consacra la plupart de son temps à résoudre les problèmes de politique indigène et de recrutement de la main-d’œuvre de sa province.
De 1935 à 1945, E. Henry était à la tête du gouvernement provincial de l’Equateur. D’abord Commissaire Provincial a.i., il fut titularisé peu après. Sa longue carrière administrative connut des intérim du Commissaire Provincial Van Hoeck. Après E. Henry, nous trouvons successivement : F. Wenner (1947-1950), L. Breuls de Tiecken, A. Gille, le nouveau Breuls de Tiecken (1950) et enfin Pierre Nauwelaert (Antwerpen 17.03.1903 Bruxelles 08.02.1969) (25).
Dans le Bulletin Administratif de l’époque, Pierre Nauwelaert signe ses arrêtés en tant que Gouverneur de la Province ff ou Gouverneur de la Province a.i. ! Sa relève fut assurée par Breuls de Tiecken, de 1951 à 1953 en qualité de Gouverneur de la Province de l’Equateur. Avant Maurice de Ryck (26), Gouverneur de Province de 1953 à 1954, trois Commissaires Provinciaux Comout, Desmet et N. Muller remplacèrent successivement le Gouverneur de la Province de l’Equateur. Ce dernier, Muller, remplit de nouveau les mêmes fonctions de la fin de 1954 à 1955. Ensuite, le gouvernement provincial fut dirigée par G. Schmit, comme Gouverneur de Province. Muller revint avant de céder la place au Gouverneur O. Spitaels (1956-1958). En 1957, son intérim fut confié à Alphonse De Valkeneer (Bruxelles 02.06.1898 Uccle 05.09.1973), le Commissaire Général de la province de l’Equateur. Ce nouveau chef oeuvra d’abord au sein de la Compagnie du Kasaï. Il s’en retira et embrassa la carrière territoriale le 21 juillet 1938. De 1957 à 1958, Spitaels revint à la tête de la province comme Gouverneur de Province pour laisser la place à A. De Valkeneer, cette fois-ci titulaire du gouvernement provincial du 1er avril 1959 au 30 juin 1960 (27). Son commissaire provincial s’appelait V. Brebant.
Deuxième partie : de 1960 à 1990 (28)
1. Présidents Provinciaux (1960-1965)
En vertu de la loi du 8 mars 1960 relative à l’organisation du pouvoir exécutif au Congo-Belge jusqu’au 30 juin 1960 (29), il fut institué à Coquilhatville (30) un Collège Exécutif Provincial composé de Laurent Eketebi, Sébastien Ikolo et Léon Engulu (31).
Cette équipe dut faire face aux diverses agitations engendrées par la campagne électorale de l’époque. A l’issue de cette dernière et grâce à un jeu ultime d’entente politique entre l’UNIMO (Union des Mongo) et le PUNA (Parti de l’Unité Nationale), le PNP (Parti National du Progrès) ayant volé en éclats (32), le premier gouvernement vit le jour et fut placé sous la présidence de Laurent Eketebi dont l’appartenance par ses parents aux deux grandes ethnies Mongo et Ngombe rassurait la majorité d’électeurs.
1. Province de l’Equateur
De 1960 à 1962, elle fut sous la férule de Laurent Eketebi, l’homme de compromis (33). Il entra officiellement en fonction avec son gouvernement dont voici la composition le 30 juin 1960, date de l’accession du pays à l’indépendance (34).
Noms Fonctions (35) Partis
1. L. Eketebi Président PUNA
2. L. Engulu Intérieur UNIMO
3. S. Kangayani Travaux Publics PUNA (36)
4. R. Kumugo Santé PUNA
5. O. Moussa Affaires Foncières MNC
6. D. Akundji Agriculture PUNA
7. S. Ikolo Finances PNC
8. F. Libengelo Enseignement PUNA
9. S. Mokemo P.T.T. PUNA
10. D. Nzeze Economie PUNA
11. R. Yangard Justice MNC
Certes, cette équipe n’était pas un gouvernement de toute épreuve. Dans l’ensemble, son mandat fut le reflet de la vie nationale d’un pays placé brusquement à la croisée des chemins. La panique persistante et la fuite des Blancs, les violents troubles de Djolu, la tentation de sécession énergiquement contenue par Eketebi, la redoutable grève de l’OTRACO (actuellement ONATRA), les conséquences de la surenchère électorale et la précarité des émoluments des fonctionnaires, furent autant de faits saillants de l’époque pour la Province de l’Equateur qui dut recevoir tôt, c.à.d., le 4 août 1960, une importante mission économique du gouvernement central (37).
Pendant ce temps, le gouvernement Eketebi, prenant au sérieux la dégradation de la situation politique du pays avec la sécession du Katanga (11 juillet 1960) et la proclamation de l’Etat autonome du Sud-Kasaï (8 août 1960), décida de demeurer dans le giron de la patrie et de mener par conséquent une intense activité pour soutenir le pouvoir central.
Sur le place le gouvernement ne négligea aucun secteur du développement de la province notamment l’Enseignement. En effet, dès décembre 1960, des candidats s’en allèrent en stage à l’étranger. Notons qu’au courant de ce même mois, la ville de Coquilhatville fut honorée de la visite du chef de l’Etat Kasa-Vubu et du Colonel Mobutu (38).
L’année 1961 s’ouvrit avec la tenue d’un congrès ethnique des Móngo à Boende en vue d’une table ronde nationale (39).
Celle-ci se tint successivement à Léopoldville (Kinshasa) du 25 janvier au 16 février, à Tananarive du 8 au 12 mars et à Coquilhatville du 24 avril au 28 mai (Tshombe y fut arrêté le 26 avril) aboutissant ainsi à l’adoption d’une résolution créant la République de Congo avec 23 ou 25 Etats et une assemblée fédérale (40).
Peu après d’état d’exception fut déclaré dans la Province de l’Equateur par ordonnance n° 45 du 7 juillet 1961, mesure qui fut levée par ordonnance n° 18 du 23 février, 1962 (41), exécutée par arrête ministériel n° 188 du 27 mars 1962 (42). Pendant ces huit mois de crise politique, le pouvoir provincial fut confié au Commissaire Extraordinaire Omari.
Avant le démembrement de la province, le dernier événement d’envergure nationale datant de Coquilhatville fut certainement la grande conférence y tenue par le premier ministre Cyrille Adoula le 15 mars 1962 (43).
2. Provincettes
Répondant aux exigences de la loi du 27 avril 1962 (44) relative aux critères de création de nouvelles entités administratives, le gouvernement central divisa la province de l’Equateur en trois parties : la Cuvette centrale, l’Ubangi et le Moyen-Congo. (Nous ne parlerons que de la Cuvette Centrale. Détails sur les autres dans Annales Aequatoria 10 (1989) 70-71).
Un Commissaire Spécial fut chargé de partager le patrimoine de l’ancienne province et de délimiter les trois nouvelles provincettes. Il s’agit de Arthur Mayamba (45) qui se rendit célèbre par sa propension à octroyer des crédits localement appelés ‘Fonds Mayamba’. Les débutés provinciaux parlèrent plus tard de ‘la dilapidation des deniers publics à Coquilhatville par l’ex-commissaire spécial Mayamba’ dans leur motion adressée au chef de l’Etat, au Premier Ministre et au Parlement le 12 avril 1963 (46).
La Cuvette Centrale
Issue de la loi du 14 août 1962, la Cuvette Centrale comprenait les territoires suivants : Basankusu, Bolomba, Coq-Kalamba, Ingende et Bikoro dans le district de l’Equateur ; Boende, Befale, Bokungu, Djolu, Ikela et Monkoto, dans le district de la Tshuapa, plus le secteur de Bongandanga en territoire de Bongandanga’ (47). Son chef-lieu : Coquilhatville. Son Président, Léon Engulu (48) et le Président de l’Assemblée, Raphaël Bokanga. A peine constituée, cette provincette dut abriter les assises de la conférence de Coquilhatville du 31 janvier au 10 février 1963 (49).
Parmi les problèmes politiques majeurs qui avaient ébranlé cette provincette, nous pouvons citer l’état d’exception dont elle fut frappée malgré les objections de ses responsables. Ainsi par ordonnance n° 80 du 22 avril 1963 (50), Joseph Ekombe fut désigné Commissaire Générale extraordinaire pour la province de la Cuvette Centrale. Mais il ne répondit pas à son affectation à cause de son appartenance à l’ethnie móngo. Victor Rutaha, un non originaire de l’ancienne province de l’Equateur (51), prit la relève en vertu de l’ordonnance n° 90 du 27 avril (52) et s’installa le 8 mai à Coquilhatville. Deux mois plus tard, soit le 8 juillet 1963, l’ordonnance n° 141 abrogea cet état d’exception (53). La levée de cette mesure n’apporta qu’une éphémère euphorie car une autre mesure vint désenchanter le gouvernement. Il s’agit de la réduction à moitié des frais de fonctionnement par le gouvernement central !
Comme réaction :
‘Les dirigeants de la Cuvette Centrale réagirent par des mesures d’austérité, ce qui constituait un fait assez rare. Parmi les mesures envisagées, il faut signaler la réduction de 60% traitements des membres des cabinets ; la suspension de la liquidation des indemnités des membres du gouvernement et de l’assemblée provinciale. Le gouvernement provincial protesta auprès de Léopoldville contre la politique adoptée à l’égard des provinces’ (54).
En dépit de cette strangulation, ils s’engagèrent à pacifier les régions de Boende Bokungu Ikela infestées par les rebelles. Le gouvernement central vint à la rescousse en envoyant des équipes administratives polyvalentes.
Cependant,
Conçues initialement pour réorganiser la vie administrative dans les zones reconquises par la rébellion, ces équipes ont étendu leur action à des régions où les rebelles ne s’étaient pas manifestés, mais où il s’agissait de pallier les déficiences d’une administration congolaise impuissante ou décomposée et de favoriser la relance de l’économie’ (55).
Ces heureuses initiatives furent différemment appréciées. Cependant une chose reste vraie : elles ne purent empêcher la dégénérescence de l’Etat en butte aux problèmes des élections législatives nationales (du 18 mars au 30 avril 1965) et des élections provinciales. Le Commissaire Extraordinaire Pierre Boyele envoyé pour les superviser connut un échec cuisant avec l’annulation des élections. Il avait fallu la désignation du Major Itambo en qualité de Commissaire Extraordinaire à Coquilhatville (56), pour assister au redressement de la situation. Ce qui permit à Léon Engulu, candidat de l’UNICENTRALE, de remporter la palme.
Le 6 janvier 1966, tous les Gouverneurs de Province se retrouvèrent à Kinshasa pour une réunion qui donna au Chef de l’Etat l’occasion de ‘prendre la mesure de sortir du gouffre dans lequel le pays était tombé’ (57).
II. Gouverneurs de Province
Le 6 avril 1966, le Chef de l’Etat réduisit le nombre de provinces de 21 à 12 ; et de 12 à 8, vers la fin de l’année (58). A l’instar de certaines autres provinces démembrées du pays, l’unité territoriale de l’Equateur fut refaite et placée sous la direction de Léon Engulu du 25 avril 1966 au 3 janvier 1967, grâce à sa victoire à l’Assemblée provinciale dont la présidence avait été confiée à Kengelenya de l’Ubangi. En effet, Engulu obtient 45 voix contre 33 pour Sakombi et 8 pour Denge (59). A cette période de changement fondamental, Engulu s’attela à rendre effective l’unité de la province. A cet effet, il créa le Ministère de la Reconstruction Nationale (60). L’entretien des routes, cheville de l’essor économique, fut un des points qui attirèrent l’attention du Gouverneur.
III. Présidents Régionaux du MPR et Gouverneurs de Province (1967-1972)
Le 24 décembre 1966, le Président de la République annonça ceci dans son message de Nouvel An : ‘Les gouverneurs de province deviendront des fonctionnaires de carrière ou des commis de l’Etat. Aucun gouverneur ne travaillera plus dans sa région d’origine’ (61). Cette nouvelle structure devint effective en janvier 1967. Jonas Mukamba (62), connu dans l’échiquier politique congolais depuis la fin de ses études universitaires, c.à. d., juste au moment où s’éteignaient les tisons de la lutte pour l’indépendance, fut envoyé à l’Equateur (actes de nomination cc.n° 253/249/67 de septembre 1967, ord. N° 68/241 du 10 juillet 1968), y inaugurant ainsi la nouvelle orientation politico-administrative de la Deuxième République. Il reste à la tête de la province de l’Equateur jusqu’au 09.08.1968. Sous son règne naquit le Mouvement Populaire de la Révolution (M.P.R.). En effet, ce fut le 22 mars 1967 que le Chef de l’Etat annonça à partir de la ville de Mbandaka, la création d’un Mouvement de masses dénommé M.P.R. Le 20 mai 1967, cette idée devint une réalité et le 13 octobre, les Gouverneurs de Province furent appelés Président Régionaux de M.P.R. A l’Equateur, Jonas Mukamba eut le bonheur de porter le premier ce titre. Il mit à l’honneur, durant son mandat, une politique sociale et sportive qui lui valut le surnom de ‘Mwanaya Equateur’ (Fils de l’Equateur). Il prit de nombreuses initiatives pour la survie de sa province. En guise d’exemple, la réunion qu’il initia à Mbandaka le 04.08.1967 à l’intention des directeurs provinciaux (actuellement Chefs de Division) en vue de ‘localiser les foyers de production agricole et d’étudier les moyens d’acheminer des produits vers les grands centres’ (63).
Un mois après, il se retrouva à Gemena pour ‘la deuxième conférence annuelle des responsables des districts de l’Equateur, consacrée à la relance des activités commerciales et industrielles, à l’accroissement de la production commerciales et industrielles, à l’accroissement de la production agricole et aux moyens d’évacuation des produits vers les centres’ (64).
Comme pour encourager le Président Régional du M.P.R. le ministre Kishiba vint à Mbandaka procéder à la répartition des 23 véhicules aux fins de la réussite de son programme économique. Avant la fin de son mandat, Jonas Mukamba assista à l’inauguration de l’Ecole Normale Moyenne, aujourd’hui Institut Supérieur Pédagogique, dans les bâtiments de l’Ecole Normale Primaire d’Etat, l’actuel Institut Motei. L’ordonnance créant cet Institut Supérieur fut signée le 15 janvier 1968.
Du 9 août 1968 au 12 mars 1969, Deni