Etudes Aequatoria 10
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MBANDAKA
Hier et aujourd’hui
Eléments d’historiographie locale
Centre Aequatoria B.P. 276 Bamanya Mbandaka Zaïre 1990
Présentation
Le présent ouvrage sur Mbandaka est une reprise partielle des Annales Aequatoria 7 (1986). Epuisée après quelques semaines, que cette ébauche d’une histoire de Mbandaka répondait manifestement à un réel besoin.
Aussi l’avons-nous reprise en y insérant des éléments nouveaux et quelques amendements. Il est toutefois certain que seulement un fragment de la réalité historique de la ville a été abordé. Il est tout aussi vrai que l’historiographie de Mbandaka n’est qu’à son début. La rédaction de ce livre nous en a donné la preuve. Il reste donc évident qu’il contient beaucoup de lacunes. Qu’on veuille nous envoyer des addenda et corrigenda, car nous pensons déjà à une réédition.
Que tous ceux qui ont contribué financièrement à la réalisation de cette édition en soient ici remerciés.
La Rédaction
Bamanya, le 13 mars 1990
Ont collaboré à ce livre
1. BOELAERT Edmond (posthume)
2. ELEMA Maleka - Professeur Lycée Nsang’ea Ndotsi - B.P. 453 Mbandaka
3. ESSALO Lofele dj’Essalo Documentaliste Aequatoria
4. HULSTAERT Gustaaf (posthume)
5. IBOLA Yende Assistant ISP
6. IYOKU Likimo Assistant ISP B.P. 116 Mbandaka
7. KIMPUTU Baibanja Directeur général ISP
8. LONKAMA Ekonyo Bandengo Secrétaire Aequatoria
9. LUFUNGULA Lewono Chef de Travaux ISP
10. MAYOTA Ndanda Assistant ISP
11. MEINERTS Eva Préfet Lycée Nsang’ea Ndotsi
12. MOLA Motia Bikopo Chef de Travaux ISP B.P. 116 Mbandaka
13. MUZURI Feruzi Chef de Travaux ISP B.P. 116 Mbandaka
14. NABINDI Guatili Dena Directeur général ISDR B.P. 118 Mbandaka
15. NISET Joseph Bd des Quatre Journées 17 B- 1030 BRUXELLES
16. ODIO Ons’Osang Assistant ISP B.P. 116 Mbandaka
17. TSHONGA Onyumbe Secrétaire général académique ISDR B.P. 194 Mbandaka
18. VINCK Honoré Directeur Aequatoria
Articles répris avec amendements
1. G. Hulstaert, ‘Aux origines de Mbandaka’. Annales Aequatoria 7 (1986) 75-147
2. G. Hulstaert, ‘Tswambe notable à Coquilhatville (Mbandaka Zaïre)’. Annales Aequatoria 7 (1986) 167-171
3. Lufungula L., ‘Les gouverneurs de l’Equateur : 1885-1960’. Annales Aequatoria 7 (1986) 149-166
4. Lufungula L., ‘Bongese. Chef des Ntomba (Mbandaka, Zaïre)’. Annales aequatoria 7 (1986) 173-183
5. Lufungula L., ‘La mort d’Ikenge des Wangata et ses conséquences (Mbandaka, Zaïre)’.
Annales Aequatoria 9 (1988) 201-217
6. Lufungula L., ‘Les gouverneurs de l’Equateur (Zaïre) : de 1960 à 1988’. Annales Aequatoria 10 (1989) 65-89
7. Lufungula L., ‘Ilonga Boyela et Ibuka y’Olese, grands chefs coutumiers de Mbandaka moderne’. Annales Aequatoria 10 (1989) 241-257
8. J. Niset, ‘Ancien Musée de l’Equateur à Mbandaka : souvenirs de son fondateur’. Annales Aequatoria 11 (1990) 440-442
9. H. Vinck, ‘Essai de bibliographie sur Mbandaka’. Annales Aequatoria 4 (1983) 137-150
10. H. Vinck, ‘La presse à Mandaka’. Annales Aequatoria 4 (1989) 137-150
GÉNÉRALITÉS
Milieu géographique
Chef-lieu d’abord du District (1888-1917), ensuite de la Province (1917-1972), et depuis 1972 de la Région de l’Equateur, Mbandaka est situé dans la Cuvette Centrale, au confluent du Zaïre et de la Ruki, et suivant la borne Verlinden installée près la résidence du Gouverneur, à O°03’49’’ L.N. et à 18°16’40’’ L.E. L’Altitude moyenne de la ville varie entre 355 et 340 m. Entourée d’une végétation de forêt et de marais, Mbandaka subit un climat équatorial caractérisé par une chaleur torride augurant par moments des pluies torrentielles. Bien que la saison sèche soit quasiment inexistant, on remarque cependant une courte baisse d’eaux due à la diminution des précipitations. Pourtant, la température ne descend que rarement en dessous de 20° C. Signalons aussi que Mbandaka a été institué circonscription urbaine depuis le 23 février 1895, et élevé au statut de ville en septembre 1958.
La ligne de l’Equateur
Où passe la ligne de l’Equateur à Mbandaka ?
En tout cas pas par le bloc de limonite érigé en 1954 à l’occasion du 50è anniversaire de la mort de Stanley (Voir Bibliographie n° 21) à Wangata. Les touristes, ou tout autre personne de passage, ont été longtemps trompés par l’inscription y accrochée, mais heureusement enlevée en 1983 : ‘Ici passe la ligne de l’Equateur’.
En effet, ni Coquilhat (un des fondateurs d’Equateurville), ni Lemaire (le 1er Commissaire de District) ne situent la ligne de l’Equateur à Wangata, mais bien ailleurs comme ils l’attestent à travers les extraits suivants. D’après Coquilhat : ‘Nous sommes dans la région de l’Equateur et pour longtemps. Notre lieu d’arrêt (Bojia) est à moins d’une minute de latitude sud de la ligne’ (Sur le Haut-Congo, p. 134).
Et Charles Lemaire de préciser : ‘Le district de l’Equateur doit son nom à ce que son territoire est traversé par l’Equateur astronomique, sur lequel se trouve son chef-lieu Coquilhatville. Exactement, la ligne de l’équateur passe dans la mission américaine de Bolengui (Bolenge) à 2 lieues environ au sud de Coquilhatville’ (Bulletin de la Société d’Etudes Coloniales 1 (1894) 113).
Une carte du service hydrographique de 1918, ayant pour échelle 1/50.000, situe Wangata à 0°2’0’’.
Nous ne possédons malheureusement pas les résultats de la mission géographique de (1973-74) qui a vérifié par satellite la situation exacte de plusieurs endroits de la région.
H.V.
Population
1. Evolution
Il ne fait pas l’ombre d’un foute qu’à la fin du 19è siècle la population du futur Mbandaka était relativement dense. Déjà en 1895 Charles Lemaire, le premier Commissaire de District de l’Equateur, en témoignait en ces termes : ‘La vérité est qu’à partir de Stanley-Pool on ne trouve que de fortes agglomérations, ainsi (.....) Ikengo-Nganda-Wangata-Bandaka-Loliva 30.000 âmes sur un développement de rives de 30 kilomètres’ (1).
En 1898, M. Thiery ‘réduit’ sensiblement cette population on ne sait suivant quel critère. A.J. Wauters, qui a lu ses enquêtes, nous rapporte ceci : ‘Gonda, Equateur, Bandaka (rive gauche) 6.000 habitants. Gonda, Equateur, Bandaka (rive droite) 3.000 habitants’ (2).
En 1905, le Père Antonius, curé à Boloko wa Nsamba, écrit : ‘Coquilhatville (....) avec les villages environnants qui en dépendent, comme Boloko wa Nsimba, Wangata, Bandaka, Boyela, Bakusu, compte environ 1800 habitants dont 800 hommes et 1000 femmes. Ces chiffres, tirés de bonne source, sont sujet à caution car beaucoup de païens ne se sont pas encore inscrits au registre de l’Etat Civil, ainsi que leurs enfants’. Il ajoute encore les chiffres suivants : ‘200 soldats et 20 blancs’ (Het Missiewerk 2 (1905-1906) 210). Plus loin (p. 227), nous lisons : ‘le nombre de chrétiens de Coquilhatville et environs (18 villages) est de 1500 et de 500 catéchumènes’.
En 1910, le chef de secteur Engels abonde dans le sens de la diminution de cette population lorsqu’il constate : ‘Ce territoire (Wangata) couvre une superficie de près 600 km². La population varie entre 2.500 et 2.800 habitants, ce qui donne une population moyenne de 4 à 5 habitants par kilomètre carré’ (3).
En 1911, le Père R. Dries constate aussi une sensible diminution de cette population. Il l’explique en ces termes : ‘En quelques années la maladie du sommeil dispersait et anéantissait en tout ou en partie ces villages populeux : Loliva qui comptait avant 3 à 4000 habitants diminuait à 3 à 400 âmes ; à Boyeka et à Boangi aussi de grands villages auparavant, il ne reste qu’un nègre sur dix, de Bonsoto, ce qui était moins grand, il n’en resta plus rien et le lieu a été envahi par la forêt. Ainsi cela allait pour plusieurs autres villages importants dans les environs et plus loin’ (4).
Les chiffres présités relèvent des observations faites sans préoccupations scientifiques de la part des auteurs. Mais il reste vrai que la maladie du sommeil a impitoyablement décimé la population de ce qui correspondrait actuellement à la ville de Mbandaka et ses annexes. Deux autres facteurs ont certainement influencé cette dépopulation, mais en moindre mesure : les effets de la récolte du caoutchouc (5) et de la pacification européenne autrement appelée ‘expéditions punitives’ (6). A Mbandaka, les deux derniers éléments n’ont pas été aussi néfastes qu’à d’autres contrées plus à l’intérieur.
Voici par ailleurs des statistiques de l’évolution de la population de Mbandaka selon des études scientifiques plus ou moins récentes. Nous les reproduisons telles quelles bien qu’elles soient contradictoires par endroit.
Source Année Population Urbaine Périphérie Total.
J. Denis 1908 3.000 - 3.000
(7) 1925 5.995 - 5.995
1952 24.248 - 24.248
1955 29.805 - 29.805
F.M. De Thier 1925 5.035 960 5.995
(8) 1930 7.442 1.438 8.880
1935 6.948 1.855 8.803
1940 8.012 1.941 9.953
1945 9.576 2.191 11.767
1950 13.705 2.998 16.703
1953 22.294 3.329 25.623
1954 23.668 3.524 27.192
A. Romaniuk (9) 1957 - - 32.000
L. de St. Moullin (10) 1970 89.458 18.452 107.910
SICAI (11) 1956 30.000 - 30.000
1960 40.000 - 40.000
1965 47.000 - 47.000
1970 71.000 - 71.000
1976 93.106 19.775 112.881
Recensement
Scientifique (12) 1984 - - 125.263
Perspective (13) 1989 - - ±133.356
1990 - - ±135.036
1991 - - ±136.738
Notes
1. Ch. Lemaire, lire sa note dans Le Mouvement Géographique (1895), col. 111.
2. A.J. Wauters, La densité et la répartition de la population au Congo, dans Le Mouvement Géographique (1898), col. 104-105.
3. Lire Engels, les Wangata, dan La Revue Congolaise 1 (1910) 439.
4. R. Dries, Onze Kongo 1 (1910-1911) 193 et 2 (1911-1912) 352-353.
5. D. Vangroenweghe, Du Sang sur les lianes, D. Hatier, Bruxelles, 1986, 293 p.
6. D. Vangroenweghe, Charles Lemaire à l’Equateur. Son journal inédit 1891-1893, dans Annales Aequatoria 7 (1986) 7-73.
7. J. Denis, Coquilhatville. Eléments pour une étude de géographie sociale, dans Aequatoria 19 (1956) 137-140.
8. Fr. M. De Thier, Le centre extra-coutumier de Coquilhatville, ULB, 1956, p. 110-111.
9. A. Romaniuk, Evolution et perspectives démographiques de la population au Congo, dans Zaïre 13 (1959) 571.
A la même année, Pierre Gourou évalue la population de Coquilhatville à 52.889 habitants. Nous n’avons pas retenu ce chiffre étant donné qu’il ne correspond probablement pas à l’espace géographique visé par la présente étude.
10. L. de Saint Moulin, Atlas des collectivités du Zaïre, P.U.Z., Kinshasa, 1976, p. 45.
11. Enquêtes démographiques et budgétaires des villes de l’ouest du Zaïre, Mbandaka, SICAI, 1977, pp. 17, 23, 25,43. (Voir Bibl. n° 267).
12. Combien sommes-nous ?, Kinshasa, 1984, p.33
13. Ibi. P.49. Le recensement administratif de 1987 a par contre avancé le chiffre de 208.393 habitants. En 1988, la population de Mbandaka comptait 214.645 habitants suivant la même source. Lire aussi : Diagnostic régional de la Région de l’Equateur, Octobre 1989, p. 116 (inédit). Cependant, il faut noter l’écart de plus de 20% qui existe entre un recensement administratif (enclin à gonfler les chiffres) et un recensement médical dit ‘de fait’ (maison par maison et opéré par le médicaux seuls).
LONKAMA E.B. et H. VINCK
2. Composition ethnique
Au terme de leur voyage d’études à Mbandaka en 1976, les membres de l’équipe de SICAI constatèrent que cette ville, contrairement à d’autres agglomérations du Zaïre, était peuplée des membres d’un grand nombre d’ethnies. ‘Ainsi, écrivaient-ils, Matadi est une ville Mukongo : plus de 90% de ses habitants parlent des patois en intercompréhension et ont des coutumes et une histoire communes. Ainsi encore, conclurent-ils, Kananga, ville des Bena-Lulua, et Mbuji-Mayi, ville des Baluba du Kasai comptent elles plus de 90% d’habitants de divers patois Tshiluba (Mbandaka a, p. 186).
De fait, nous remarquons qu’en 1958 déjà, la population de la commune de Mbandaka (ce qui correspond à peu près à l’espace visé par la présente étude) comptait 35.588 habitants repartis en 4 groupes : Les Bantu, les Soudanais, les Batswa et les Etrangers africains. Pour la cohérence de cet exposé, nous le répartissons en 2 principaux groupes : les Mongo représentaient 66% de la population, soit 23.624 âmes. En 1976, ils n’étaient plus 57%, soit environ 64.342 habitants sur une population globale estimée à 112.881 habitants.
1. Les Mongo
Ils se répartissent en 4 fractions principales : les Mongo-móngó, les Mbole, les Ekonda et les autres.
1.1 Les Mongo-móngó, appelés aussi Nkundo, proviennent de Basankusu, Bolomba, Ingende, Monkoto, kiri et Bongandanga. En 1958, ils étaient 15.012 (42%) et en 1976, environs 30.000 (27%).
1.2 Les Mbole proviennent de Boende, Bokungu et Monkoto. Ils étaient 5.724 en 1958 (16%) et 13.000 en 1976 (11%).
1.3 Les Ekonda proviennent du centre-est de Bikoro. Ils étaient 2.359 en 1958 (7%) et 10.000 en 1976 (9%).
1.4 Les autres groupes mongo sont moins représentés. Il s’agit entre autres des Bongando, des Bolia d’Inongo, des Nsongo de Befale, des Ekota et des Bakutu de Boende, les 2 derniers préfèrant se ranger parmi les Mbole. En 1958, ils n’étaient que 529 (1%), mais 11.324 en 1976 (10%).
Chacun de ces groupes a ses caractéristiques propres et conserve par conséquent une certaine identité culturelle : folklore, coutumes alimentaires, habitudes sociales aux grands moments de la vie (naissance, mariage, décès, etc.). Le lomongo, leur langue, tel que standardisé par le Père G. Hulstaert semble inter-compréhensible malgré des particularités dialectales importantes. A l’heure actuelle, cette langue n’est plus d’usage ni dans l’enseignement ni dans l’apostolat à Mbandaka, la tendance étant d’être à la ‘mode’ avec le lingala.
2. Les non-Mongo
Ce sont les Riverains du Fleuve, les non-Bantu, les Allogènes à l’Equateur, et les Batswa.
2.1. Les Riverains du Fleuve. Ils se composent de sous groupes suivants :
a. Les Ngombe venus de Basankusu, Bolomba, Budjala, Bosobolo et Lisala. Ils étaient 4.878 en 1958 (13%) et 11.000 en 1976 (10%).
b. Les Libinza, parmi lesquels on classe abusivement des Baloi, des Bakutu, des Bamwe, des Lobala, des Likoka, des Balobo, etc. Ils proviennent de Bomongo, Budjala et Mankanza. Ils habitent presque exclusivement le quartier Basoko. Ce sont de pêcheurs passant des jours et des mois dans les campements (nganda). Ils étaient 3.512 en 1958 (10%), et 6.000 en 1976 (5%).
c. Les Riverains de l’Est : plus de la moitié sont des Lokele, les autres étant des Basoko, des Topoke, des Baboa, etc....Ils étaient 431 en 1958 (1%) et 4.000 en 1976 (4%).
d. Les Mbuja, rarement pêcheurs, mais plus souvent cultivateurs. Ils proviennent de Bumba et sont disséminés parmi les Mongo. Ils étaient 590 en 1958 (2%), et 323 en 1976 (3%).
2.2. Les non-Bantu : il s’agit des Ngbandi, des Ngbaka et d’autres populations apparentées. Ils étaient 1.175 en 1958 (3%) et 6.500 en 1976 (6%).
2.3. Les Allogènes zaïrois provenant des régions du sud et de régions du sud et de l’est, ainsi qu’une infime partie de l’ouest. Ils étaient 884 en 1958 (2%) et 11.000 en 1976 (10%). Ce dernier recensement tient aussi compte des étudiants de l’I.S.P. et les cadres administratifs (l’I.S.D.R. n’existait pas encore).
2.4. Les Allogènes non zaïrois, Européens mis à part, étaient essentiellement en 1958 des ressortissants ouest-africains et angolais (181 sujets, soit 1%).
En 1976, et encore maintenant, l’élément allogène non-zaïrois est devenu négligeable. Il ne reste plus que quelques missionnaires (belges surtout), et quelques commerçants pakistanais.
2.5. Les Batswa se déclarent Mongo ou Ekonda selon qu’ils proviennent d’Ingende ou de Bikoro.
Récapitulation
Peuples Lauwerys (1958) Sicaï (1976)
Nombre % Nombre %
Mongo-móngó 15.012 42% 30.000 27%
Mbóle 5.724 16% 13.000 11%
Ekonda 2.359 7% 10.000 9%
Autres Móngo (Elíngá) 529 1% 11.342 10%
Bolia...)
Ngombe 4.878 14% 11.000 10%
Libinza 3.512 10% 6.000 5%
Riverains Est (Lokelé) 431 1% 4.000 4%
Riverains Ouest (Bobangi) 289 0,8% 4.500 4%
Mbujà 590 2% 323 3%
Non-Bantu 1.175 3% 6.500 6%
Allogènes Zaïrois 884 2% 11.000 10%
Ouest-africains... 181 1% - -
Batswa 24 0,1% 35 0,31%
Total 35.588 100% 107.665 100%
(99,9%) (99,31%
Sources : J. Denis, Coquilhatville, Aequatoria 19 (1956) 138-139
J. Lauwrys, document conservé dans le Archives Aequatoria, FH 10, 13.
SICAI, voir Bibl. n° 267
LONKAMA E.B. et H. VINCK.
La dénomination de la ville
1. Coquilhatville
Qui a donné le nom Coquilhatville à l’emplacement du poste de l’Etat à l’embouchure de la Ruki, sur le terrain de Mbandaka-Bonkena ? Nous reproduisons ici une note du Père Boelaert (1) et quelques extraits des témoignages des responsable du déplacement.
‘Aucune décision du Roi Souverain n’est intervenue en 1891 ou plus tard (en tout cas rien n’a été publié à ce sujet) pour appeler dorénavant le chef-lieu du district de l’Equateur ‘Coquilhatville’.
Ce nom apparaît pour la première fois, dans les textes légaux, dans l’article 5 de l’arrêté du 6 décembre 1892 du Gouverneur Général relatif à la récolte du caoutchouc et à la redevance domaniale (Bulletin Officiel (B.O.) p. 3)
Le nom y est orthographié en deux mots : Coguilhat-Ville. En 1893 et 1894 le textes légaux reviennent cependant à l’ancienne dénomination ‘Equateur’.
- l’arrêté du 10 novembre 1894 du Secrétaire d’Etat mettant en vigueur le Recueil Administratif pour le Département de l’Intérieur (Recueil usuel, Tome II, P. 210 et suivantes). L’annexe 1 de cet arrêté qui établit le tarif applicable au transport des marchandises et voyageurs par le steamers de l’Etat naviguant sur le Haut-Congo et ses affluents fixe notamment à 100 frs. pour le Blancs le voyage en aval de Stanley-falls à Equateur.
En fait ce n’est qu’à partir de l’arrête du 20 août 1895 du Gouverneur Général réorganisant les bureaux d’état civil (B.O. 1896 p. 368) que l’appellation de Coquilhatville (en un mot) se substitue définitivement à celui de Equateur dans les textes légaux (2).
- Extrait d’une lettre de Vangele (non datée) publiée par J.M. Jadot, Blancs et Noirs au Congo Belge, Bruxelles 1929, p. 267-268 : ‘Quant au nom de Coquilhatville, voici quelle est son origine : Après les acquisitions de terrains obtenus des Wangata, l’assiette d’Equateurville fut transformée et l’on voulut glorifier le nom de Coquilhat. A mon avis ce fut une double erreur. D’abord, on a tort, en général, de modifier le désignations géographiques et les noms de race. La science géographique est assez vaste pour ne pas la compliquer et Equateur désignait parfaitement la position. En second lieu le grand titre de gloire de Coquilhat c0est son triomphe sur la plus belliqueuse des peuplades que nous avons rencontrée sur le Congo : les Bangala. La station qu’il a élevée aurait dû être désignée par son nom et non par celui de Nouvelle-Anvers’.
- N. Laude, le biographe de Charles Lemaire, dans la Biographie Coloniale Belge, II, 603 nous éclaire un peu plus : ‘En souvenir du Vice-Gouverneur Général Coquilhat, décédé à Boma le 24 mars de la même année (1891), Lemaire proposa de donner au chef-lieu du district le nom de Coquilhatville’. Mais selon Masui, D’Anvers à Banzyville, Bruxelles 1894, I, 325, le nom aurait été proposé par le Gouverneur Général Wahis, le 28 septembre 1891 lors de sa visite à Mbandaka en compagnie de Lemaire’.
2. Mbandaka
L’étymologie de cette localité n’est pas claire. G. Hulstaert l’atteste aussi en ces termes : ‘Le cas de Mbándáká n’est pas obvie. Toutefois on pourrait proposer la dérivation du radical verbal bánd- (empêtrer, garrotter)...’(3).
Il est cependant certain que ce nom désignait 2 grandes sections composant presque l’actuelle étendue de la circonscription urbaine de Mbandaka, et dont d’importantes fractions mongo étaient occupants. Il s’agit principalement de Mbandaka ea Mbula, et de Mbandaka ea Mbata (4).
1. Mbandaka ea Mbula
C’est l’espace compris entre l’ancien Secli Wendji et le village Ikengo, et celui s’étendant actuellement sur la route vers Bikoro, dans le groupement Boléngé-Bofijí. Mbula serait le nom d’un individu, peut-être fondateur de ce clan.
2. Mbandaka ea Mbata
C’est l’espace correspondant à l’actuel centre de la ville de Mbandaka. Il est subdivisé en : Mbandaka-Inkole et Mbandaka-Ekombe.
2.1. Mbandaka-Inkole : à partir du camp Ikongowasa jusqu’à la prison centrale et alentours, ainsi que l’ancien Boloko wa Nsamba (Office des Routes) et ce qui fut le village Boyela (Chantier Onatra).
2.2. Mbandaka-Ekombe : à partir de Bonkena (actuelle résidence officielle du Gouverneur), tout le centre de la ville, jusqu’au quartier Bakusu, camps Ngashi et Besingwa compris. C’est donc pratiquement le nom originel de la localité auquel on imposa depuis 1892 le nom de Coquilhatville. Déjà à partir de 1935, l’imprimerie des Missionnaires du Sacré-cœur, comme pour suggérer la reprise du nom authentique du lieu, commença à mentionner Mbandaka comme lieu d’édition ou d’impression de ses publications. Ainsi, en 1937, dans sa Praktische Grammatica van het Lonkundo...(p. 114), G. Hulstaert traduisait comme suit une phrase néerlandaise en lomongo : ‘Coq en Basankusu wie overtreft (in) verheid namelijk Basankusu : Mbádáká la Basánkoso òlekí bosíká ô Basankoso’. Ce qui signifie Basankusu est plus éloigné que Coq.
Les pages 66 et 124 du même livre parlent aussi de ‘Mbandaka’ dans des contextes différents.
L’on remarque, soit dit en passant, le souci des premiers évangélisateurs de respecter la culture des autochtones. Ce qui est tout à fait recommandable aujourd’hui.
La mémoire collective locale n’avait pas encore renié ses sources, et à partir de 1946 un périodique local était lancé sous l’appellation Mbandaka (Lire détails dans ce volume sous rubrique La Presse).
L’ordonnance n°12/357 du 6 septembre 1958 éleva Coquilhatville au statut de ville (Bulletin administratif 1 (1958) 2, p. 1792). En conséquence, des le 1er janvier 1959, cette ville comprenait deux communes : celle de Wangata (pour les Blancs), et celle de Mbandaka (l’ex-C.E.C. pour le Noirs). Une reprise progressive du vrai nom de la localité dont l’ultime étape sera une ordonnance présidentielle, de mai 1966, changeant désormais le nom de Coquilhatville en celui traditionnel de Mbandaka (5).
Notes
1. Archives Aequatoria, Fonds Boelaert, Histoire 1,6.
2. Un arrête ultérieur, du 19 février 1896, portant organisation d’un service public postal de transport sur le Haut-Congo reprend par deux fois l’appellation Equateur (Bulletin Officiel, 1896, p. 19). Equateur désignait aussi l’ancien emplacement de l’Equateur-station devenu le camp d’instruction de la Force Publique. Nous supposons donc que Equateur a perduré encore un peu coexistant ainsi avec Coquilhatville tant dans les documents officiels que dans l’usage courant.
3. - G. Hulstaert, Aux origines de Mbandaka, (voir Bibl. n° 89) et repris dan ce volume, p. 68
- Lufungula Lewono, Vieux souvenirs du R.P. Gustave Hulstaert, (voir ibi, n° 137)
4. Plus d’une localité dans l’espace mongo de l’Equateur portent le nom Mbandaka (ibi). A Bokakata, par exemple, une sous-localité de Bobangi jouxtant la sous-localité Bolongo w’Enkoto s’appelle aussi Mbandaka. Autant d’atouts pour qui veut approfondir l’histoire des migrations mongo par l’onomastique.
5 Mandjumba M.M., Chronologie générale de l’histoire du Zaïre, p. 60 (voir Bibl. addenda n° 25)..
LONKAMA E.B. et H. VINCK.
Mbandaka Traditionnel
1. La population autochtone
Lorsque les agents de l’Association Internationale Africaine (A.I.A.), devenue ensuite l’Association Internationale du congo (A.I.C.), Stanley, Vangele, Coquilhat et Roger créèrent la Station de l’Equateur, ils trouvaient la rive gauche du Fleuve Congo (Zaïre) occupée par une population nombreuse, tant à Inganda puis à Wangata, qu’enfin et définitivement à Mbandaka. Les premiers Européens venus s’établir dans l’Equateur congolais-zaïrois ne se sont pas trouvés dans un désert ou une forêt vierge impénétrable. Tout cela se déduit clairement tant des écrits que des traditions orales qui ont pu être recueillies.
L’Equateur Station de Wangata a dû s’établir tout près du clan Ikoyo, fraction locale des Wangata. Ainsi elle se trouvait plus ou moins serrée entre ce village et la partie du marais Isondange qui le sépare de Bolenge (1).
Les agents de l’Etat Indépendant se trouvent dans une situation semblable lors du déplacement de la Station plus au Nord juste sur le bords des ‘eaux noires’ comme les appelaient les Riverains Eleku en opposition avec les ‘eaux blanches’ qui coulent plus à l’Ouest, au-delà de la deuxième île, et qui constituent le lit du Fleuve Zaïre proprement dit dans sa branche principale.
Ce fut la pointe où se trouve l’actuelle résidence du Gouvernement de Région qui fut choisie pour recevoir le noyau de la nouvelle ville, nommée Coquilhatville en mémoire de celui qui venait de mourir à Boma et qui fut l’un des fondateurs de la station de l’Equateur avant d’aller établir la Station des Bangala.
Le nom autochtone de cet endroit est Bonkena. Ce mot désigne toute sorte d’arbres dont les fruits sont recherchés par le oiseaux, en particulier le Rauwolfia vomitoria Afz (lomponju ou ikuke). A l’arrivée des Européens la rive servait de lieu de marché qui portrait le même nom (2). Le plateau était occupé par le village Boyela, selon le surnom du fondateur Ilonga (3).
Le gros des Inkole était établi plus à l’intérieur, avec les déménagements locaux habituels dans la forêt équatoriale, d’après les nécessités de l’assolement périodique à cause de l’épuisement des terres par manque d’engrais. Les détails concernant cette division de Mbandaka suivent.
Une autre fraction des Mbandaka, Ekombe, vivait plus au centre de la ville actuelle. D’abord à l’aval du lieu Bonkena vers le Rond-Point de la Flamme, puis plus loin en direction du Sud : Bakusu, Camp Militaire, l’ex-Bruxelles (le terrain s’appelait alors Bompakama), se déplaçant selon le nécessités, comme expliqué ci-dessus. De plus amples détails manquent.
Souvent on compte parmi les Mbandaka le groupe Bloko wa Nsamba. Ce nom est écrit de diverses façons fautives dans les documents et les publications : Boloko wa Simba, Boroukwansamba, Buruki N’Simba, etc. (Le nom authentique qui signifie : cœur de la plante vénéneuse Strychnos, se retrouve encore appliqué à d’autres groupements chez les Mongo). Il vivait à côté, derrière et en aval, du village Eleku (cf. ci-après) englobant les terres qui sont ensuite occupées par le quartier Coq II. Bien que rangé avec les Mbandaka, il n’en fait pas partie selon la meilleure tradition, qui le dit originaire des Bongonde, groupement des Bolenge mais rangés par certains parmi les Ntomb’Eanga.
La lignée masculine (Etoo) (4) du clan Inkole occupait les terres du quartier Basoko et environs vers l’actuelle prison centrale, l’ancien Jardin zoologique, le Champ de Tir, c’est-à-dire le terrain Bofunga (%). Là se trouvaient (encore debout) dan les années 50 deux arbres bokungu (Piptadeniastrum) et des troncs de parasoliers bombambo (Musanga) abattus, qui indiquaient la limite avec le clan féminin. La limite avec Ekombe était marquée par le marais Bonkwankwa, entre la Regideso avec l’ancien marché et le quartier Basoko.
Le clan féminin (Jomoto) avait sa propriété foncière à l’Est de celle des Etoo. Le nom authentique de ces terres est Bokondanjika. C’est là que se trouvait la ‘Cité Otraco’ devenue à présent camp de la Gendarmerie jusqu’à la rive, englobant la prairie Ikongowasa et l’actuel village traditionnel du même nom (appliqué faussement). Les terrains d’extension exploités (cultures, cueillette, chasse) s’étendaient au-delà du marais avec le ruisseau Botemaofankele. Là ils comprenaient (à l’ouest) Bongolo (plus tard : Météo) et en face (à L’Est) Besoi ; vers l’actuel jardin d’Eala, puis Mbok’Oleke au-delà du ruisseau Bonkoto, près de l’entrée de ce jardin, où se trouvait la limite avec les Boloki (villages Bokoto-Bantoi et Boleke) qui vivaient là où est situé le Jardin Botanique.
Concernant le terrain Bekolongo ou Bafake au-delà du ruisseau Bonfolo, voir plus loin (ch. 6).
A côté des Mbandaka, le territoire de l’actuelle ville était occupé encore par d’autres populations.
Il y avait un groupe de Riverains Boloki, nommé Bongoi. Ils habitaient á la rive là où se trouve maintenant la cathédrale St. Eugène. Ce clan fait partie d’une subdivision de Lolifa : Bosonga, mais parents par alliance (bakilo) des Inkole. Après l’arrivée de l’Etat qui voulait établir des plantations (surtout caféiers) sur leur terrain et environs ils, surent se fixer près des autres Lolifa sur la Bonkele, près de son embouchure dans la ‘Ruki’. Mes fiches de 1950 indiquent qu’il en reste un seul survivant, mais le nom n’y est pas conservé.
La tradition signale un village de Riverains Nkole établi près de la rive de la ‘Ruki’ en amont de la Résidence et de Régideso, là où se trouve maintenant le port-marché du quartier Basoko, exactement où était établi le premier poste de T.S.F. Ils voisinaient là avec les Inkole-Etoo dont les maisons s’étendaient jusque derrière la prison et le ‘Camp Otraco’. Ces Nkole habitaient là grâce à leurs liens de parenté par alliance et au pacte consécutif avec Ekenga, ancêtre de la section Etoo. Leur union avec ceux-ci était telle qu’ils avaient part aux distributions communes des animaux ‘royaux’ (léopard, python, etc.) et de la nouvelle bière ; Nkole et Etoo recevaient ce qu’on nomme une seule et même quote-part (liondo) (6). D’ailleurs à l’époque où ces informations ont été notées (1957), l’un des descendants, Bompanje Antoine, était apparenté même personnellement ; les Etoo le considéraient comme isé (père). Le domaine foncier qu’ils avaient reçu des Mbandaka ayant été occupé par le quartier Basoko, ils se sont installés individuellement selon les possibilité et les situation données.
Le dernier groupe à signaler, mais très probablement le premier par ancienneté d’installation (7) appartient à la tribu riveraine Eleku ; c’est ainsi que ces gens étaient habituellement appelés par leurs voisins. Len nom propre du village établi sur l’actuelle territoire de la ville est Basengo, peu connu par ailleurs (pour l’ensemble des Eleku cf. plus loin 4.B.). L’emplacement était à la rive, en aval du ravin Bosomba qui les séparait des Ekombe près du chantier Onatra. Leurs anciens emplacements ont été occupés par l’extension de la ville qui a conservé le nom de Boyéla, sous lequel ce quartier était connu lorsque j’arrivai à l’Equateur (1925) et qui tirait son origine de l’installation de ce clan Mbandaka lors de son déménagement à partir de Bonkena (cf. ci-dessus) et plus loin ch. 3.B. et F. Pendant les années 1937-40 une église catholique avec le catéchiste Longondo Robert se trouvait là où sont établis maintenant les bureaux de l’armée et de l’Office des Routes. Les Eleku voisinaient avec les Boloko wa Nsamba mentionnés ci-devant.
D’Après le témoignage des vieux que je visitais souvent à cette époque-là, c’était exactement l’endroit où la mission catholique avait été construite par les Pères Trappistes (1901-02). Cet emplacement est marqué clairement sur le plan de Coquilhatville annexé à l’étude de williams et Norgate : La Prophylaxie de la Malaria, London 1906 (p. 43) et repris dans les Annales Aequatoria 4 (1983) 157.
Les premiers Européens ont appliqué aux populations proches de la Station de L0Equateur le nom de Oukouti, c’est ainsi qu’il est orthographié p.ex. sur la carte de Vangele, citée ci-dessus. C’est ce nom qui leur avait été communiqué par les trafiquants de l’aval. Sur d’autres cartes et dans d’autres contextes, on lit aussi Bakuti, plus rarement Bakutu. Ailleurs, on trouve Bukuté, plus rarement Bokote.
Voici ce que note C. Coquilhat à ce sujet dans son livre Sur le Haut Congo (1888) p. 146 en parlant de Makouli et Borou-kwasamba : ‘C’est le point que les négociants d’Irebou et de Loulanga appellent Oukouti’.
Il est donc possible que le nom provient des Mpama de Lukolela qu’on nomme aussi Bakutu, nom porté par plus d’une section mongo. Plus probable me semble la déformation de Bokote, nom donné e.a. par le Bombwanja aux autres Nkundo. Demeure pourtant la question : où et comment ces Européens ont-ils entendu ce nom ?
2. Activités et culture
Les habitants de ce qui allait devenir Coquilhatville menaient le même genre de vie que les autres populations de la forêt équatoriale. Les Riverains pratiquaient la pêche ; les femmes s’occupaient de la poterie et de l’extraction du sel. Les Terriens s’adonnaient à la chasse et à l’agriculture. A cette dernière activité les femmes prenaient une grande part ; en même temps elles pratiquaient la pêche dans les marais aux eaux basses et étaient infatigables à la cueillette en forêt (légumes, fruits, chenilles). Les métiers pratiqués étaient les même qu’ailleurs dans cette contrée : forge, tissage, vannerie, sculpture de bois.
Comme partout dans le pays mongo, on tenait des marchés hebdomadaires sur la base de pactes conclus entre les Riverains et les Terriens (8).
Sur le plan local, une particularité à signaler : les expéditions commerciales, d’une part vers l’intérieur sur les affluents pour l’approvisionnement en ivoire et en esclaves, d’autre part sur le Fleuve vers l’aval jusque Tshumbiri, pour le troc des marchandises citées plus quelques produits locaux, parmi lesquels on mentionne spécialement le fard rouge ngola, contre les importations d’Europe : tissus, fusils, poudre-à-canon, miroirs, verroteries, ustensiles et outils métalliques ou faïence, etc. (9).
Pour se faire une idée encore meilleure des activités de ces populations avec leurs relations loin de chez eux, on peut se rappeler la tradition sur les expéditions guerrières et esclavagistes entreprises même au-delà du Fleuve. Ces razzias sont attribuées spécialement aux Ikengo, mais elles comprenaient des participants des autres Ntomba, de sorte qu’on peut à bonne raison y inclure des membres des Mbandaka et des Eleku.
On raconte donc que des pirogues descendaient le Fleuve au-delà de Lokolela jusque Mosombi et Bonga pour ensuite remonter l’affluent de droite Ikwala (dans ce nom on peut reconnaître ce que les cartes françaises nomment Likouala-aux-herbes). Là ils attaquaient le peuple Gada surnommé Libumuintaba (ventre de chèvre). Le but était de s’enrichir en pillant et en faisant des prisonniers qu’ils pourraient vendre au retours. Ils y étaient connus comme Byonge monto, mot nkema (le corps est d’un homme, mais la tête est d’un singe) à couse de leur coiffure typique encore en vogue longtemps après l’arrivée des Européens (10). Le chef Tswambe ajoutait qu’au-delà de l’Ikwala vivaient les Bongilima. Son oncle maternel Eanga e’Entombo avait participé à ces expéditions et en avait ramené une prisonnière nommée (Ekota) Mbisa donnée en mariage à Bobenja d’Ikengo père de Lokolo et membre de la famille (probablement adoptive) du narrateur. Il a ajouté qu’à cette époque (vers 1937) vivait encore une descendante Bingoji font il avait connu aussi la mère Bokelele fille de Lokolo nommé ci-dessus.
J’estime possible que le cercueil anthropomorphe avec son association de sculptures est un autre acquis de ces expéditions, d’autant que le langage cryptique est d’origine bobangi (11).
Selon Coquilhat (12) : ‘Les marchands sont surtout concentrés à Makouli et à Boroukwasamba que les négociants d’Irebou et de Loulanga appellent Oukouti’. Les traditions citent parmi les chefs de ces expéditions Ibuka et Is’ea Mpolu de Wangata et Iyoma (graphie correcte : Ioma) de Boyeka (Boloki) (13).
Le document n° 468 écrit par Bangeli Leo cite Ioma comme grand trafiquant d’ivoire (14).
Les premiers agents de l’Etat faisaient appel à eux pour la récolte de l’ivoire, puis du caoutchouc. Ainsi Sarrazyn envoya Ngolo de Wangata (15), tout comme Lemaire envoyait Nkake de Bokele (16).
Certaines traditions expliquent même que les propriétaires des esclaves ramenés des expéditions dans les affluents Lolongo, Jwafa, Loilaka en retenaient une partie pour leur service personnel, principalement comme ouvriers agricoles, car ils en manquaient grandement dans leurs milieux, étant eux-mêmes tous gens d’eau et donc non accoutumés à travailler la terre. C’est ainsi que le P. Boelaert pouvait écrire (o.c. p. 195) : ‘Du temps des premiers Européens les riverains des environs de Coq avaient tant d’esclaves qu’ils devaient acheter du terrain aux Nkundo pour caser leurs ‘hommes’ (17). Boyela et Wangata avaient leurs rues d’esclaves’.
De fait, de l’ensemble des traditions recueillies à ce jour, il appert que ces populations avaient un réel besoin de nombreux esclaves, non seulement pour le trafic vers l’aval, mais aussi pour l’approvisionnement. Il doit y avoir eu un accroissement général de la population, même avant la venue des Européens qui avec leurs aides, militaires et civils, devaient vivre en grande partie des produits locaux.
Cette situation unie aux relations commerciales appelaient un accroissement de la production agricole. D’où les traditions concernant l’extension des champs au-delà des limites des domaines fonciers propres, avec le transfert de droits temporaires voire définitifs sur des parties de terrain et, corrélativement, l’acquisition d’esclaves pour le travail agricole extensif (il en reste des descendants bien connus dans le milieu).
Cette situation particulière et ses conséquences au niveau social et juridique seront détaillées plus loin (ch. 6).
3. La ville en extension
3.A. BONKENA
Comme il est dit ci-dessus (ch.1), le berceau de Coquilhatville se trouvait au plateau Bonkena.
Voici comment la tradition raconte la fondation (je traduis fidèlement le texte lomongo tel que je l’ai noté de la bouche de membres du clan Inkole) (18) :
‘Lorsque le Blanc vint demander de lui céder un terrain chez eux, les patriarches n’étaient pas favorables à la demande. Là-dessus le patriarche Ilonga Boyela envoya son fils Ibuka poser la question à son oncle maternel Bokilimba. Celui-ci répondit : ‘ Ce sont des mânes ; qu’ils restent à Wangata où l’on les a repêchés dans le fleuve’. Entre-temps le bateau demeurait accosté. Un jour l’Européen circulant sur la rive séduisit le jeune Ibuka. Celui-ci dit à son père : ‘Je vais chercher des lianes à lier’. Or il monta sur le bateau du Blanc et celui-ci commanda à ses hommes : ‘Tirez la planche’. Il dirigea le bateau vers le milieu du fleuve. Là-dessus les gens sur la rive se mirent à pleurer. Le Blanc leur cria : ‘Je pars avec l’enfant pour toujours. Allez dire à son père que c’est parce qu’il ne veut pas me céder un ‘terrain’. Le bateau demeurait immobile dans le fleuve. Alors Boyela envoya un message au tam-tam à Bokilimba pour convoquer une assemblée. Il dit à l’oncle : ‘L’enfant ou la terre, qu’est-ce qui est préférable ? Il vaut mieux céder la place pour une résidence, pour qu’il n’emmène le garçon et le tue’. Ainsi le Blanc débarqua le garçon et donna des verroteries, , des boutons, des clochettes. C’est ainsi qu’il acheta le terrain’.
Plus tard les autochtones ont cédé les terres gratuitement, parce qu’ils avaient conclu un pacte d’amitié (boseka), ils étaient devenus comme frère aîné et puîné. Comme le raconte le même témoin : ‘Le blanc ne nous faisait pas la guerre ; nous étions en paix, on commerçait ; la guerre n’est venue que par la suite : ‘Donnez-moi des travailleurs, de la nourriture pour mes soldats, du caoutchouc, etc.’. Ces redevances de toute sorte ont causé les batailles.
Lorsque Boyela avait fui son clan paternel (Eleku Bondo sur l’Ikelemba), il avait trouvé refuge dans sa famille maternelle Inkole sur la terre Bofunga.
Quand après un certain temps il se trouva à l’étroit, il demanda un meilleur emplacement. L’oncle maternel lui offrit Bonkena qui appartenait à Ekombe. (Mes notes ne disent pas sur quelle base s0est faite cette cession, sans doute à couse de la proche parenté).
3.B. DEPLACEMENT DES BOYELA
Ayant laissé la place aux Blancs, Boyela se retira un peu dans la direction de l’actuelle Régie des Eaux. Sa maison se trouvai tout près de la clôture et de la maison du Blanc. Entre la parcelle de la Résidence et la Régie des Eaux se trouvait encore un gros arbre qui avait été un des pieux de la maison de Boyela. L’indication d’un village indigène sur le plan dressé par Lemaire semble bien se référer à ce nouvel emplacement des gens de Boyela.
Cette proximité ne pouvait durer. Les traces des difficultés courantes se trouvent dans les traditions comme dans les écrits de l’époque. La séparation ne tarda pas à s’imposer. Les Boyela se retirèrent plus à l’intérieur. Ici mes notes ne sont pas très claires. Je pense pouvoir en déduire qu’ils se fixèrent sur le terrain qui a été refoulés, probablement vers 1912, sous la direction d’un sergent de la Force Publique, jusque sur la terre Ikonda, derrière le chantier naval (19). De là ils ont (quand ?) rejoint le groupe eleku au-delà du ravin Bosomba, passant à toute l’agglomération de cet endroit le nom de leur fondateur Boyela.
On peut ajouter en corollaire que la garçon Ibuka, dont il est question dans le paragraphe précédent, a toujours été fidèle à l’amitié avec les Blancs. Etant en même temps courageux et énergique, il fut institué premier chef médaillé des Ntomba et Bolenge. Dans cette fonction, il a aidé l’administration à établir les chefs subalternes.
Après sa mort, il n’y a plus eu de chef de cette compétence ; son frère et successeur Bolukandoko n’a été qu’un chef inférieur (décédé environ 1910).
3.C. INKOLE
Dans le tradition de ce groupe, c’est surtout le nom de Bofunga qui est cité comme domaine foncier (20) soit du groupe entier soit de la branche masculine en opposition avec la branche féminine qui se réclame de Bokondanjika (cf. ci-dessus 3.1 et plus haut ch. 1). Aussi est-ce dans cette direction générale NO-SE qu’on place les deux branches.
On fait aussi état de la résidence près des Nkole, là où se trouve l’actuel quartier Basoko, au temps de l’épidémie de la maladie du sommeil (mpongi) on ajoute parfois aussi longombe, qui est le nom générique pour toute épidémie, le syntaxe indiquant pourtant une seconde sorte (21) et de l’abandon de cet emplacement lors de l’inondation de 1908 (l’un des informateurs, Bokilimba Wijima, rapporte qu’en ce temps, il se trouvait à la colonie scolaire de Nouvelle Anvers (Mankanza ; c’est ainsi qu’il pouvait dater ces événements). C’est alors que les Inkole ont émigré vers Ikonda, terre des Ekombe (cf. ci-dessus). Les notes ajoutent que cette migration eut lieu sous la conduite du capita Efambe (Etoo) qui avait succédé à Bolonjo (Jomoto) successeur de son père Nkota. L’informateur ajoute : ‘par défaut d’un membre de la même classe d’âge dans la branche masculine Etoo’. En effet, en ce temps, les deux branches avaient un même capita, pris dans l’une ou l’autre branche (sans doute imposé par l’administration). C’est à Ikonda que l’informateur les trouva quand il était soldat en 1912.
Mes notes contiennent encore ce détail : Avant le départ de Bofunga pour Ikonda, il y avait dans les parages un Européen éleveur de cochons et qu’on appelait ‘le Blanc au perroquet’ on en parle aussi plus loin (5.A.3). Ces animaux se rendaient au cimetière fouiller les tombes. Le texte dit crûment : déterrer les cadavres. Ce fut un des motifs pour déménager.
Quand j’arrivai à Coquilhatville en 1925, un colon, Mr. De Parade, avait une maison avec magasin-boutique et buvette, au lieu appelé alors par le Blancs Bandak’Inkole : on s’y rendait les dimanches après-midi pour se rencontrer entre amis. Cette maison existe toujours. Elle est maintenant transformée en école (Institut de l’Equateur), sur la route d’Eala, face au Camp de la Gendarmerie, qui n’existait pas encore à cette époque.
Ikonda a dû être abandonné sus la pression de l’extension de la ville, spécialement pour le chantier naval. Ainsi tous les groupes de l’ancien Mbandaka réunis à Ikonda par l’administration coloniale ont été finalement placés à ‘Boyela’ (nom souvent graphié Boyera). Selon l’informateur nommé ci-dessus, cela s’est passé en 1917 pendant qu’il était moniteur à l’école H.C.B. Alberta (Ebonda), sous la direction du P. Dereume Albert. Les détail suivants peuvent être utiles pour la chronologie. Ayant fini son contrat de moniteur, Bokilimba revint d’Ebonda en 1919. Il retourna habiter sur la terre Bofunga. A cette époque l’administration ne l’interdit pas. Il fut rejoint par son frère Ibuka Bernard.
Mais lorsque plus tard l’informateur partit à Bokote servir de magasinier à Mr. Fissent (si je me rappelle bien, c’était un agent de la S.A.B.) le commissaire de police Bambenga (De Bisschop) renvoya Ibuka à Boyéla, parce qu’il vivait seul en dehors d’un village.
Lorsque Bokilimba revint de Bokote en 1920, il ne voulut pas se fixer à Boyela. Il ne parvint pas à entraîner Ibuka à le suivre à l’emplacement ancestral, à cause des départs réitérés de son frère au service d’Européens. Mais six autres membres de la lignée féminine se joignirent à lui pour relever l’ancien village. Ma fiche porte cinq noms : Yoka Fr, Bolanga Pierre, Botuna Sisa, Bolota, Bolanga Sisa, tous décédés depuis.
3.D. EKOMBE
Ayant vécu sur le plateau septentrional jusqu’à la venue de l’Etat, les Ekombe, après avoir cédé Bonkena à Boyela, ont dû reculer devant l’installation des Blancs qu’ils gênaient par leur proximité avec les bruits des voix et des tam-tams, ainsi que les petits accrocs et palabres inévitables (basse-cour, animaux domestiques).
Ils s’éloignèrent donc de la rive, jusqu’au-delà du marécage-ruisseau Bonkwankwa : Bakusu, camp militaire, voire Bompakama (plus tard : Bruxelles) pour y voisiner avec les Inkole. Plus tard, eux aussi devaient trouver place sur une autre partie de leurs terres ancestrales, Ikonda, où ils furent rejoints par les autres sections, avant d’être rejetés au-delà du ravin Bosomba, pour y former le quartier Boyela. Lors de l’absorption de cette agglomération par la ville européenne, les survivants Ekombe s’éparpillèrent définitivement.
L’emplacement à Ikonda est marqué avec précision sur le plan de Coquilhatville par le Cap. C. Rimini (1903) avec le nom Bandaka Moke à côté des carrés dénotant une agglomération, le long de l’avenue transversale qui vient de l’avenue principale Bonsomi (cf. Annales Aequatoria 4 (1983) 157).
3.E. NKOLE
Là où ce petit groupe était établi depuis des temps immémoriaux. (cf. 1), les Européens attirèrent des pêcheurs isolés pour leur approvisionnement. Les premiers, quatre, établirent un campement provisoire. Leur nombre augmenta progressivement sous la protection des Blancs, grâce aux immigrés du Fleuve (e.a. Basoko et Lokele) et de la Ngiri (Libinja, Balobo, Monya, etc. .) jusqu’à englober puis déloger les autochtones, qui suivirent leurs alliés Inkole, devenus des frères, vers le S.E. au-delà du ruisselet, laissant aux étrangers le quartier appelé dès lors de leur nom Basoko. Eux-mêmes ont, à partir de là, suivi partout les Inkole Etoo dans leurs migrations.
Contrairement à l’emplacement Bonkena, le gouvernement n’a offert aux Nkole, pas davantage au Inkole, aucune sorte d’indemnisation, ajoute le chroniqueur.
3.F. L’EVACUATION DE BOYELA
L’évacuation du quartier Boyela pour faire place à l’extension de la cité européenne a eu lieu pendant la deuxième guerre mondiale ; j’ai oublié la date précise. Le Bulletin Administratif ne contient aucun texte là-dessus. Cependant je crois supposer que l’arrêté n° 190 AIMO du 25 novembre 1942 s’y rapporte en partie. L’exécution a pu pendre des années, je ne me le rappelle plus bien. Je me souviens pourtant avoir appris des habitants que le gouvernement les a indemnisés pour les habitations abandonnées, mais pas pour les propriétés foncières.
Une quantité importante de la population s’est éparpillée individuellement pou se reclasser dans le centre extra-coutumier ou émigrer vers Kinshasa. C’est le cas pour les Eleku et les Boloko wa Nsamba comme pour un nombre d’Ekombe.
Une autre partie s’est réinstallée sur le domaine foncier traditionnel des Inkole. Ce sont essentiellement les survivants de ce groupe, suivis par certains Boyela. Ils ont retrouvé les anciens emplacements partiellement sur le domaine Bofunga du groupe Etoo et sur la terre de la branche féminine : Bokondanjika, derrière le camp Otraco. Le reste du domaine de la branche masculine ayant été occupé par la ville (quartier Basoko, jardin zoologique, champ-de-tir, prison centrale) ; le village s’est agrandi par l’arrivée de nombreux ‘étrangers’ en s’étirant vers la rive et la plaine herbeuse Ikongowasa, dont le nom a été appliqué (erronément) par l’administration, qui l’a étendu même au quartier Bruxelles.
Le retour aux terres ancestrales a surtout été l’œuvre de Bkilimba Wijima Pius de la branche féminine. Déjà avant, il n’avait cessé de défendre les droits fonciers coutumiers. Il était souvent du chef Tswambe et de l’administration coloniale, dont il favorisait la politique foncière. Malgré ces oppositions, Bokilimba n’en continuait pas moins à protester contre ce qu’il considérait comme atteintes à la propriété clanique, tant de la part de l’administration (terrain Météo) que d’Européens individuels (De Bois exploitant une carrière, Vanderveken coupant le bois de la terre Besoi avec ses détenus pour le vendre à la Régie des Eaux, Vrancken faisant de même plus tard avec également l’autorisation du gouvernement). Tout cela lui a causé beaucoup de difficultés au niveau familial et, surtout, 3 ans de relégation 1947-50 à Booke sur la haute Loilaka. Sans parler de nombreux procès dont il a été l’objet ou qu’il intentait lui-même, quoiqu’il ne pût les gagner contre l’interprétation de la législation coloniale qui ne reconnaissait le droit foncier coutumier que partiellement, limité aux habitations et cultures vivrières en exploitation. Finalement c’est à force de ténacité qu’il a pu conserve une partie du domaine ancestral, et cela jusqu’à ce jour H (22).
4. Parenté ethnique
Il semble utile de situer les populations autochtones de la ville dans le cadre plus large de leur appartenance ethnique. Cela parait important surtout pour les Mbandaka et les Eleku. Pour les Nkole et les Boliki, on peut se contenter de ce qui est dit plus haut (ch. 1) et pour les derniers ce qui est exposé ci-après (5.B.).
4.A. Les Mbandaka
1. En général
Dans le pays mongo, je connais quatre groupements de ce nom. A côte de la section dont il a été question jusqu’ici, il y a l’autre section habitant jadis entre Wenje (officiellement Wendji) et Ikengo, installés à présent sur la route de Bikoro, aux confins de la circonscription urbaine de Mbandaka, avant d’arriver au village de Bongonde dans la zone actuelle de Bikoro, groupement autochtone Bolenge-Bofiji.
Cette dernière fraction est nommée Mbandaka ea Mbula. Mbula étant compris comme le nom d’un individu. L’autre fraction s’intitule Mbandaka ea Mbata (peut-être également le nom d’une personne par ailleurs inconnue).
Les subdivisions ou clans de ce dernier groupe ont été détaillées plus haut (ch. 1). Celles de l’autre section sont : Bafeka la Simba (23), Jingunda, Lotakemela et (un autre) Inkole.
D’autres Mbandaka sont connus : 1) chez les Ekota ea Ngele où une plantation Hévéa a été installée, 2) au Sud de la Jwafa, près des Mbole-Lwankamba, comprenant les villages Bonkoso, Bekotefe, Efee et Isaka, 3) chez les Boyela de la haute Jwafa, divisé en Bokolonge et Lingunda (cf. l’homonyme chez les Mbandaka ea Mbula). On n’a aucune indication sur une éventuelle parenté entre ces divers groupes. De toute façon, ceux du confluent Zaïre-Ruki ignoraient totalement leurs homonymes. Ce qui est sûr d’autre part, c’est que chacun des quatre groupes était et est parfaitement inculturé dans le milieu environnant.
Les Mbandaka de l’actuelle ville et le groupe Mbula sont rangés dans la tribu Ntomba de Eanga (on y reviendra ci-après ch.5). Dans cette tribu, ils occupent une place à part. En effet, ils ne sont pas cités parmi les grandes divisions (qui seront exposées au ch. 5). C’est que la tradition les considère non comme frères ou neveux, mais comme bonkita (24) du groupe Bonsole (ci-après) ; on spécifie qu’il signifie ici : descendant d’une femme prise comme butin de guerre (j’ignore à quel événement précis on se réfère). L’existe de pareille situation sociale n’est exceptionnelle chez les Mongo. Les Mbandaka ne sont pas considérés comme esclaves ou inférieurs ; leurs relations avec leurs voisins ne sont nullement influencées par leur ascendance. Ils sont entièrement autochtones, possédant leurs propres domaines et biens. L’égalité est observée p.ex. aussi pour les mariages. Ce qui est en cause, c’est uniquement le souvenir de leur origine étrangère d’ou dépend leur rang dans la hiérarchie de la tribu (ordre dans les assemblées, dans la marche des migrations et dans une guerre rarissime concernant la tribu prise globalement).
La même règle s’applique aux Boloko wa Nsamba vis-à-vis des autres sections Mbandaka (son extraction a été donnée au ch. 1).
2. Un cas d’espèce
La situation de groupes étrangers assimilés on pourrait la comparer à la naturalisation en usage les Etats européens se trouve à une échelle inférieure, à l’intérieur de sections mineures. Tel le cas de la famille Bokilimba des Inkole Jomoto. L’äieul Bokilimba, l’ancien originaire de Bonganjo (Injolo), était venu en visite chez le patriarche Bosenga, ancêtre de la branche masculine des Inkole (25). Bokilimba, célibataire, obtint de ses hôtes (sur quelle base) une épouse nommée Boyoo (un puits d’eau près du village sur la terre Bokondanjika a retenu le nom de cette aïeule ancienne propriétaire. Dans le droit coutumier c’est un titre de propriété. Leur fils Nkota (marié avec Bosembe) fut le père de Wijima Pius, de ses frères Bolonjo (cf. ci-dessus 3.C.) et Ibuka Bernard. En 3.A. on voit l’autorité du vieux Bokilimba lors de la venue des agents de l’Etat à Bokena. Quand plus tard son petit-fils Wijima défendait les droits coutumiers contre l’administration coloniale et que les autorités officiellement constituées tel que Eanga (voir ci-dessus 3.F.) voulaient l’écarter comme étranger n’ayant aucun droit sur la terre, il proclamait son droit en se déclarant membre des Inkole Jomoto à part entière et en appliquant l’adage : Bukungu batambuna besenga bafaombuna (les arbres forts et durs ne m’ont pas brisé, les arbres faibles et mous ne me briseront point) ; c’est-à-dire : comme les anciens (par nature plus puissants et plus sages) m’ont accueilli comme membre et ont reconnu mon droit, ce ne sont pas les descendants (par définition plus faibles) qui peuvent m’écarter (26).
La situation locale rappelée ici est une application d’une règle de droit générale et de ses conséquences chez les Mongo, où se trouve plus d’une cas pareil (27).
3. Boyela
Les Boyéla font partie des Mbandaka en tant que branche féminine spéciale es Inkole. Cela provient du fait que le fondateur Boyéla était le fils de Mpembe fille de Yoka ya Bamala lui-même fils de Bokela qui était la fille de Ekenga, ancêtre des Inkolo. Cette branche est donc doublement féminine, ce qu’on nomme : jomoto ja jomoto dans la double application donnée dans mon Dictionnaire Lomongo p. 899 no° 1 et 2. On la dit parfois aussi jomoto ja nkasa (cf. ibi. p. 900 et 1456). Cette dernière application à ce cas n’est pas correcte. Car Boyéla était issu d’un mariag